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Le .375 Winchester : même culot que la .38-55, 1400 bar de plus

Cartouches de .375 Winchester à bourrelet et ogive à pointe plate sur un comptoir d'armurerie

Le .375 Winchester et la .38-55 Winchester portent exactement le même bourrelet, 12,85 mm, et des corps d’étui qui se tiennent en 0,02 mm. Le premier travaille à 3800 bar, la seconde à 2400. Mille quatre cents bars d’écart pour deux cartouches qu’on distingue mal à l’œil.

La fiche C.I.P. dit où passe la différence, et elle tient en un chiffre que personne ne publie : 0,305 mm de laiton à la bouche contre 0,190. Voici ce que ça change, et ce que ça interdit.

Quinze cartouches sur un seul bourrelet

Nous avons relevé les 145 fiches françaises du tableau II de la C.I.P., celui des cartouches à bourrelet. Quinze d’entre elles publient un bourrelet de 12,85 mm, à l’épaisseur près : c’est la tête de culasse des carabines à levier américaines, dessinée dans les années 1880 et jamais changée depuis.

CartouchePression maxiParoi à la boucheCorpsOgive
307 Winchester4150 bar0,435 mm11,96 mm7,85 mm
356 Winchester4150 bar0,375 mm11,96 mm9,11 mm
408 Winchester4100 bar0,305 mm11,33 mm10,31 mm
375 Winchester3800 bar0,305 mm10,71 mm9,55 mm
360 Buckhammer3535 bar0,265 mm10,74 mm9,12 mm
7-30 Waters3400 bar0,275 mm10,71 mm7,23 mm
22 Savage3300 bar0,330 mm10,74 mm5,79 mm
308 Marlin Express3300 bar0,360 mm11,96 mm7,84 mm
6,5 x 52 R K&S3250 bar0,290 mm10,72 mm6,72 mm
30-30 Winchester3200 bar0,265 mm10,71 mm7,85 mm
25-35 Winchester3050 bar0,300 mm10,73 mm6,55 mm
32 Winchester Special3050 bar0,265 mm10,72 mm8,18 mm
219 Zipper2850 bar0,350 mm10,72 mm5,70 mm
38-55 Winchester2400 bar0,190 mm10,69 mm9,58 mm
32-40 Winchester2350 bar0,230 mm10,77 mm8,15 mm
Fiches C.I.P. tableau II, relevées le 15 septembre 2026. La paroi à la bouche est calculée ainsi : bouche d’étui moins ogive maximale, divisé par deux. Fiche du 375 Win. et fiche de la 38-55 Win.

Lisez la colonne des pressions : elle va de 2350 à 4150 bar, du simple au double, sur des cartouches qui se montent toutes sur la même tête de culasse. Et la colonne d’à côté explique une bonne partie de l’écart : les parois les plus épaisses portent les pressions les plus hautes. La relation n’est pas parfaite, le 219 Zipper a une paroi épaisse pour 2850 bar seulement, mais elle est nette.

Le .375 Winchester est une .38-55 réarmée

Le .375 Winchester sort en 1978, dans le Winchester Model 94 XTR Big Bore produit jusqu’en 1986. Le Marlin 336 l’a proposé de 1980 à 1982, le Ruger N° 3 et le Savage Model 99 également. Sa fiche C.I.P. date du 14 juin 1984 et a été révisée le 26 mai 2010.

Le .375 Winchester et la .38-55 Winchester Profils et épaisseur de paroi comparés du 375 Winchester et de la 38-55 Winchester. Même culot, même corps, et 1400 bar d’écart Le .375 Winchester et la .38-55 vus à la même échelle, alignés sur le bourrelet. bourrelet 12,85 mm des deux côtés 375 Winchester 3800 bar · 2930 J étui 51,31 mm · ogive 9,55 mm 38-55 Winchester 2400 bar · 1580 J étui 52,96 mm · ogive 9,58 mm L’épaisseur de laiton à la bouche, agrandie 39 fois 375 Winchester 0,305 mm de laiton 3800 bar 38-55 Winchester 0,190 mm de laiton 2400 bar Bouche moins ogive, divisé par deux : (10,16 – 9,55) / 2 d’un côté, (9,96 – 9,58) / 2 de l’autre. Soit 61 % de laiton en plus, pour 58 % de pression en plus. Le reste de l’étui est le même : bourrelet 12,85 mm, corps 10,71 contre 10,69, ogive 9,55 contre 9,58. Profils à l’échelle vraie ; la bande de laiton est agrandie, sans quoi elle ferait deux pixels. Fiches C.I.P. tableau II, relevées le 15 septembre 2026.
Les deux profils sont construits point par point sur les cotes des fiches. Seule la bande de laiton du bas est agrandie, faute de quoi elle mesurerait deux pixels.

La parenté saute aux yeux, et les chiffres la confirment ligne à ligne : bourrelet 12,85 mm des deux côtés, épaisseur de bourrelet 1,60 mm des deux côtés, corps 10,71 contre 10,69, ogive maximale 9,55 contre 9,58. Ce sont deux versions du même étui, à quatre-vingt-quatorze ans d’intervalle.

Trois choses changent. L’étui du .375 est plus court de 1,65 mm, 51,31 contre 52,96. Son pas de rayure est de 305,00 mm contre 457,00, soit un tour en douze pouces au lieu de dix-huit, parce qu’il stabilise des ogives plus lourdes. Et surtout, sa paroi à la bouche passe de 0,190 à 0,305 mm : 61 % de laiton en plus, pour 58 % de pression en plus. La coïncidence des deux pourcentages n’est pas une preuve, mais elle dit bien où est passé l’effort de conception.

Ce que 0,17 mm interdit

C’est ici que la fiche devient un document de sécurité. Mettons côte à côte la cartouche .375 Winchester au maximum et la chambre .38-55 au minimum, les deux jeux de cotes que la C.I.P. publie.

CoteCartouche .375 Win. maxiChambre .38-55 miniVerdict
Bourrelet12,85 mm13,11 mmpasse
Corps10,71 mm10,73 mmpasse
Longueur d’étui51,31 mm53,80 mmpasse
Bouche d’étui10,16 mm9,99 mmbloque, 0,17 mm
Colonnes « cartouche maxi » et « chambre mini » des deux fiches C.I.P., relevées le 15 septembre 2026.

Le bourrelet passe, le corps passe, la longueur passe largement. C’est la bouche de l’étui qui coince : 10,16 mm de cartouche pour 9,99 mm de chambre. Et l’on comprend pourquoi, puisque c’est exactement le laiton qu’on a ajouté pour tenir les 3800 bar. L’épaisseur qui rend le .375 plus fort est aussi celle qui l’empêche d’entrer dans la chambre de son aînée.

Voilà pour la fiche. Maintenant, la réalité. Cette fiche a été écrite en 1984, et les carabines en .38-55 sortent de 1884 à 1930. Elles ont été chambrées bien avant que la cote existe, à une époque où les tolérances étaient généreuses. La fiche C.I.P. en porte elle-même la trace : la prise de rayures d’une chambre de .38-55 est donnée à 9,99 mm pour un fond de rayure de 9,63, soit 0,36 mm de jeu, quand le .375 Winchester se contente de 0,06. Une chambre de .38-55 est généreuse par construction.

La conclusion pratique n’est pas « ça ne rentre pas, donc pas de risque ». Elle est l’inverse : le .375 Winchester développe 3800 bar en service, quand la pression d’épreuve d’une .38-55 est de 3000 bar. Sa pression de travail normale dépasse de 27 % ce que l’arme ancienne a subi une seule fois, à l’épreuve. Et sa pression individuelle maximale, 4370 bar, la dépasse de 46 %. Aucune marge géométrique ne compense cela.

Dans l’autre sens, les cotes laissent la .38-55 entrer dans une chambre de .375, mais tout juste : son étui de 52,96 mm dépasse de 0,13 mm la longueur minimale d’une chambre de .375, 52,83. Un étui pincé dans le cône de raccordement, c’est une montée de pression. Les deux sens posent problème, et pour deux raisons différentes. La seule règle qui tienne est celle du marquage du canon.

Le comparateur du bourrelet de 12,85 mm

L’outil compare dix des quatorze autres cartouches de la famille au .375 Winchester, sur leurs fiches. Il ne dit pas ce qui se chambre : il dit ce qui se ressemble, et de combien.

Comparer au .375 Winchester

Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches. Il ne dit jamais ce qui se chambre dans quoi. Un bourrelet commun ne rend pas deux cartouches compatibles, et plusieurs de ces calibres entreraient géométriquement dans une chambre qui n’est pas la leur sans qu’il faille jamais les y mettre. Seul le marquage du canon fait foi. Les onze jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau II, relevées le 15 septembre 2026. L’énergie retenue n’est pas une performance mesurée : c’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée.

2 930 joules, et une fiche produit qui en annonce 3 206

La fiche C.I.P. retient 2930 joules pour le .375 Winchester. La munition d’usine la plus répandue, à ogive à pointe plate de 200 grains, est annoncée à 2200 pieds par seconde par son fabricant américain, soit 670 m/s, exactement la vitesse que reprend le chargeur français qui la distribue.

Faisons l’arithmétique. Une ogive de 200 grains pèse 12,96 g. À 670 m/s, cela donne 2 909 joules, à moins de 1 % des 2930 joules de la fiche. Les deux sources se recoupent presque parfaitement.

Or une fiche produit française relevée le 15 septembre 2026 annonce, pour cette même munition, « Poids : 200gr / 14,3g » et « Energie en Joule à la bouche : 3206 J ». Les deux lignes ne sont pas compatibles entre elles : 200 grains font 12,96 g et non 14,3, et il faut précisément 14,3 g à 670 m/s pour obtenir 3206 joules. L’énergie a été calculée sur une masse qui n’est pas celle de l’ogive annoncée, ce qui la surestime d’environ 10 %.

Ce n’est pas un détail pour un chasseur : c’est sur ce genre de chiffre qu’on vérifie un seuil réglementaire. Prenez la vitesse et le poids d’ogive, et refaites le calcul vous-même, comme l’explique notre dossier sur la balistique du rechargement.

Prix et disponibilité du .375 Winchester en France

Le calibre est mort aux États-Unis, abandonné par Winchester en 1986 après neuf ans. En France, il survit grâce à un chargeur français. Relevé du 15 septembre 2026, sur une seule et même référence à ogive à pointe plate de 200 grains :

  • 110,00 € la boîte chez un armurier parisien, en rupture de stock.
  • 127,00 € la boîte chez un détaillant en ligne, disponible.

Aucune des deux fiches produit ne publie le nombre de cartouches par boîte, ce qui empêche de calculer un prix au coup honnête. Un seul chargeur, une seule ogive, deux points de vente : c’est une filière à fil unique, et c’est le vrai sujet pour qui envisage ce calibre.

Carabine à levier et cartouches de .375 Winchester sur un comptoir d'armurerie
Le calibre est né pour une carabine à levier, et il est mort avec elle : plus aucun modèle neuf depuis 1986.

Quelle arme en .375 Winchester

Aucune, en neuf. Les quatre modèles qui l’ont chambré sont tous sortis de production : le Winchester Model 94 XTR Big Bore en 1986, le Marlin 336 en 1982, le Ruger N° 3 et le Savage Model 99 également. Le .375 Winchester est un calibre d’occasion, et uniquement d’occasion.

Ce qui reporte tout le poids de la décision sur l’arme elle-même : son état, son marquage, sa chambre. Sur un calibre disparu depuis quarante ans, un contrôle d’armurier n’est pas une précaution, c’est le préalable.

Recharger le .375 Winchester

C’est la voie naturelle pour ce calibre, et la fiche donne les cotes utiles : ogive de 9,55 mm au maximum, fond de rayure 9,55, âme 9,30, six rayures de 2,92 mm, pas de 305,00 mm, section d’âme 70,16 mm², étui de 51,31 mm, longueur hors tout 65,02 mm.

Deux points méritent attention. Le premier est l’ogive : la fiche donne G1 = Z = 9,55 mm, c’est-à-dire une ogive maximale exactement égale au fond de rayure. C’est serré, et ça se sent au sertissage. Le second est l’étui : on ne reforme pas du .375 Winchester à partir de .38-55, malgré la parenté, parce que le laiton de la .38-55 est justement celui qui a été épaissi. Une douille de .38-55 raccourcie n’aura jamais la paroi du .375.

Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche et la lecture d’une table de rechargement.

En France : catégorie C

Une carabine à canon rayé en .375 Winchester, à répétition manuelle et de onze coups au plus, relève de la catégorie C : acquisition sur permis de chasser validé de l’année ou licence de tir en cours de validité, puis déclaration. L’ogive de 9,55 mm est très loin du seuil de 20 mm de la catégorie A1.

Côté chasse, l’arrêté du 1er août 1986 impose plus de 1 000 joules à 100 mètres pour les ongulés. Avec 2 909 joules à la bouche et un profil d’ogive à pointe plate, le .375 Winchester passe le seuil très largement à cette distance, mais il le fait comme toutes les cartouches de levier : en perdant vite. Attention aussi aux versions à canon court, qui basculent en catégorie B sous 45 cm de canon ou 80 cm hors tout.

Pour quel profil le .375 Winchester a un sens

Il en a un si vous héritez d’un Model 94 Big Bore ou d’un Marlin 336 dans ce calibre et que vous rechargez. C’est une cartouche de battue honnête, à moins de 120 mètres, avec une ogive large et un recul supportable pour l’énergie délivrée.

Il n’en a pas si vous cherchez un calibre à acheter. Aucune arme neuve, un seul chargeur, une seule ogive, deux points de vente. Le .30-30 Winchester et le .444 Marlin font le même travail avec une filière en place, et le .35 Remington offre la même ogive large avec plus de références.

Et il mérite d’être connu de tout propriétaire de .38-55, pour une seule raison : les deux se ressemblent, elles ne s’échangent pas, et l’écart se joue sur deux dixièmes de millimètre de laiton.

À lire aussi : la .30-30 Winchester, le .444 Marlin, et le .35 Remington.

Questions fréquentes

Peut-on tirer du .375 Winchester dans une carabine en .38-55 ?

Non. Les cotes C.I.P. disent que la bouche d’étui du .375, 10,16 mm, dépasse de 0,17 mm le collet minimal d’une chambre de .38-55, 9,99 mm. Et surtout, le .375 travaille à 3800 bar quand la pression d’épreuve d’une .38-55 est de 3000. Sa pression de service dépasse de 27 % ce que l’arme ancienne a subi une seule fois.

Et l’inverse, de la .38-55 dans un .375 Winchester ?

Les cotes laissent passer, mais tout juste : l’étui de .38-55 mesure 52,96 mm quand une chambre de .375 Winchester en admet 52,83 au minimum. Un étui pincé dans le cône de raccordement fait monter la pression. Seul le marquage du canon fait foi.

Quelle différence entre .375 Winchester et .38-55 ?

Même bourrelet de 12,85 mm, même corps à 0,02 mm près, même ogive à 0,03 mm près. L’étui du .375 est plus court de 1,65 mm, son pas de rayure deux fois plus rapide, et sa paroi à la bouche passe de 0,190 à 0,305 mm : 61 % de laiton en plus pour 58 % de pression en plus.

Quelle est la pression maximale du .375 Winchester ?

3800 bar selon la fiche C.I.P. du 14 juin 1984 révisée le 26 mai 2010, pour une pression individuelle maximale de 4370 bar et une pression d’épreuve de 4750. C’est la quatrième valeur des quinze cartouches qui partagent son bourrelet de 12,85 mm.

Quelle énergie développe un .375 Winchester ?

La fiche C.I.P. retient 2930 joules. Une ogive de 200 grains, soit 12,96 g, à la vitesse annoncée de 670 m/s, développe 2 909 joules : les deux se recoupent. Méfiez-vous des 3206 joules affichés sur certaines fiches produit, calculés sur une masse de 14,3 g qui ne correspond pas à une ogive de 200 grains.

Trouve-t-on des munitions .375 Winchester en France ?

Oui, mais d’une seule source. Relevé du 15 septembre 2026 : une seule référence, un chargeur français, une ogive à pointe plate de 200 grains, entre 110,00 et 127,00 € la boîte chez deux détaillants, dont l’un en rupture. Le nombre de cartouches par boîte n’est publié sur aucune des deux fiches.

Quelle carabine neuve en .375 Winchester ?

Aucune. Le Winchester Model 94 XTR Big Bore a été produit de 1978 à 1986, le Marlin 336 de 1980 à 1982, le Ruger N° 3 et le Savage Model 99 également. C’est un calibre d’occasion exclusivement.

Peut-on reformer du .375 Winchester à partir de .38-55 ?

Ce n’est pas l’idée qu’il paraît. Le laiton de la .38-55 est précisément celui qui a été épaissi pour faire le .375 : sa paroi à la bouche fait 0,190 mm contre 0,305. Une douille raccourcie garde sa paroi d’origine, et le plafond du .375 est de 3800 bar contre 2400.