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Après le tir : réaction de l’animal, indices de touche et recherche au sang

Ruban de balisage orange noué à une branche en sous-bois, au-dessus d'une empreinte de sanglier dans la terre humide

Après un tir sur un grand gibier, on considère l’animal comme touché tant qu’on n’a pas prouvé le contraire. On observe sa réaction, on reste au poste, on repère l’endroit exact où il se trouvait et la direction de sa fuite, puis, à la fin de la traque, on cherche les indices sans piétiner et sans suivre plus de 100 mètres. Au moindre doute, on appelle tout de suite un conducteur de chien de sang : il intervient bénévolement et gratuitement, et met son chien sur la piste après un temps d’attente de 2 heures pour un chevreuil, de 3 à 4 heures pour un cerf ou un sanglier, selon l’UNUCR. Les conducteurs de l’Union nationale pour l’utilisation de chiens de rouge ont rempli 30 071 fiches d’intervention sur la saison 2021-2022, avec 46,6 % de réussite. Ce chiffre cache un écart énorme : plus de 93 % des animaux touchés au thorax ou à l’abdomen ont été retrouvés, à peine plus d’un sur deux quand la balle avait atteint une patte.

Cet article est la référence de nos fiches gibier pour tout ce qui suit le coup de feu. Il s’appuie sur les documents de l’UNUCR, de l’Association nationale des chasseurs de grand gibier (ANCGG) et des fédérations départementales. Le tir lui-même, zones vitales et distances, est traité dans nos articles sur la chasse au sanglier et la chasse au chevreuil.

Lire la réaction de l’animal au coup de feu

Les réactions à guetter sont les mêmes dans les fiches de l’UNUCR et des fédérations : une plainte, une ruade, un dos voûté, un affaissement ou un saut en extension, une fuite anormalement rapide ou anormalement lente. Recoupez avec vos voisins de poste, qui ont souvent vu le comportement de l’animal sous un autre angle. La seule étude française de référence qui relie la réaction à la zone touchée porte sur le chevreuil tiré arrêté, à l’approche ou à l’affût : elle est signée par l’ANCGG, et son auteur prévient qu’en battue, sur un animal en mouvement, les réactions sont moins nettes, parfois inexistantes.

Zone touchéeRéaction décriteIndices au lieu du tir
Cœur haut, poumonseffondrement sur place ; une balle de poumons sans le cœur se recherchesang clair chargé de bulles, particules de poumon
Cœur basfuite, mort à quelques dizaines de mètres au plusnon précisé par l’étude
Foiefuite sur quelques centaines de mètressang très foncé, parfois des morceaux de foie
Panse, intestinsfuite quasi certaine, animal souvent vivant à la reposéecontenu verdâtre et odorant, mêlé de sang et de poils
Patte avantfléchissement de l’avant, fuite rapide sur trois pattesquelques poils coupés, esquilles d’os
Cuisseruade fréquente, patte pendante si le fémur est brisénon précisé par l’étude
Haut des vertèbreschute sur place, pattes non raidies, puis parfois relevé et fuitenon précisé par l’étude
Ratésecoue les oreilles, deux ou trois bonds, aboie, s’arrêteaucun, à vérifier malgré tout

Source : B. Audoin, « Réactions du chevreuil en fonction des zones atteintes », ANCGG, Grande Faune n° 118. Ces correspondances ne valent que comme tendance : un animal touché au cœur peut parcourir une bonne distance, un animal qui ne réagit pas peut être blessé. Une balle qui touche le haut des vertèbres est le cas le plus traître : l’animal semble mort, puis se relève, et il a alors peu de chances d’être retrouvé.

Juste après le tir : ne pas bouger, repérer, signaler

En battue, on ne quitte pas son poste avant le signal de fin, même pour aller chercher un animal tombé à vingt mètres. On profite de la fin de la traque pour fixer l’emplacement exact où se trouvait l’animal au moment du tir, avec un repère visible depuis le poste (un arbre, une souche, une touffe), la direction de sa fuite et le dernier endroit où on l’a vu. Au signal, on décharge, et on signale son tir au directeur de battue ou au chef de ligne, même si l’on pense l’avoir manqué.

La fédération de la Vendée décrit une méthode à deux qui évite les erreurs : armes déchargées, le tireur reste à son poste et guide un aide jusqu’à l’endroit où se trouvait l’animal. Le tireur voit la scène sous le bon angle, l’aide cherche les indices. Sans trace de fuite, on décrit autour du point des cercles de plus en plus grands.

Le point le plus difficile, en battue, concerne les chiens de traque. L’ANCGG demande de les stopper au plus vite, si possible à la ligne, et la fédération d’Ille-et-Vilaine de ne pas les lâcher sur la piste. Le bilan 2021-2022 de l’UNUCR montre pourquoi : en battue avec chiens, la réussite des recherches tombe à 40 % sur le sanglier, 51 % sur le chevreuil et 48 % sur le cerf, et les conducteurs constatent que les chasseurs laissent ou remettent trop souvent leurs chiens derrière l’animal blessé. Un sanglier relevé et poursuivi par une meute s’éloigne, et sa piste se brouille.

Combien de temps attendre, et quand appeler

Deux consignes se combinent, et c’est souvent là que naît la confusion. La première : appeler le conducteur tout de suite, pour qu’il puisse s’organiser, selon la fédération de la Vendée comme l’UNUCR, qui souhaite « des chasseurs qui appellent aussitôt le tir ». La seconde : ne pas mettre de chien sur la piste trop tôt. L’UNUCR retient des temps d’attente de 2 heures sur le chevreuil et de 3 à 4 heures sur les grands cervidés et le sanglier ; l’ANCGG compte deux heures pour une balle de foie, plusieurs heures pour une balle de cuisse. Les fédérations varient : la Vendée parle d’au moins deux heures, la Dordogne d’au moins quatre heures, sans bruit. Un animal blessé qu’on dérange trop tôt se relève, et un animal relevé a moins de chances d’être retrouvé. L’outil ci-dessous situe les délais indicatifs publiés par l’UNUCR. Ce n’est pas une autorisation de commencer : appelez le conducteur sans attendre et suivez sa décision.

Après votre tir : repères à discuter avec le conducteur

Appelez le conducteur maintenant.

Repère indicatif à confirmer avec le conducteur .

Réussite observée par l’UNUCR selon le délai d’intervention, toutes blessures : 53 % en moins de 4 h, 46 % de 4 à 12 h, 36 % de 13 à 24 h, 36 % au-delà.

Ce que cet outil ne fait pas : il ajoute à l’heure du tir les temps d’attente recommandés par l’UNUCR (2 heures pour le chevreuil, 3 à 4 heures pour les grands cervidés et le sanglier). Le conducteur reste seul juge du moment où il engage son chien, selon la blessure supposée, la météo et le terrain. Les taux de réussite sont ceux d’une base nationale de 72 500 fiches sur quatre saisons publiée par l’UNUCR, pas une prévision pour votre animal.

Attendre ne veut pas dire renoncer : les chiens de sang suivent des pistes de 48 heures et plus, d’après l’UNUCR. Le délai pèse surtout sur les blessures difficiles. Sur une base de 72 500 fiches couvrant quatre saisons, la réussite toutes blessures confondues passe de 53 % quand le conducteur intervient en moins de 4 heures à 36 % au-delà de 13 heures ; sur une balle d’abdomen, elle reste autour de 90 % quel que soit le délai.

Au lieu du tir : lire les indices sans les détruire

Les conducteurs appellent l’endroit où se trouvait l’animal au moment du tir l’anschuss, un mot allemand passé dans le vocabulaire de la recherche. C’est là, et non au dernier sang trouvé, que le chien doit partir. On s’y approche lentement, on se baisse pour regarder, et on cherche la trace de la balle, des traces ou des empreintes anormalement marquées, des poils coupés, des os, des lambeaux de chair, du contenu stomacal, du sang, dont on note la couleur. Trouver l’impact de la balle dans la terre ne veut pas forcément dire raté, rappelle la fédération de la Vendée.

Ce que dit le sang au lieu du tir Une tendance, jamais une certitude Rouge clair, mousseux zone probable : poumons Rouge vif, abondant zone probable : muscle (venaison) Rouge vif, rare zone probable : coup superficiel Rouge foncé, abondant zone probable : cou Rouge foncé, grumeleux zone probable : foie Rouge sale, avec nourriture zone probable : panse ou intestin Les os trouvés os plats : côtes, bassin, épaule · os ronds : patte os plats avec des dents : mâchoire Pas de sang ne veut pas dire raté : appelez quand même.
D’après les fiches de l’association départementale de l’UNUCR dans la Vienne. Les couleurs sont indicatives : la lumière, le sol et le temps écoulé changent l’aspect du sang.

Le sang est l’indice le plus parlant, et le plus trompeur. Certaines blessures saignent peu ou bien après l’impact ; une fiche du canton de Vaud, en Suisse, ajoute qu’une balle haute ne saigne pas tout de suite, la graisse pouvant obstruer la plaie, et que la quantité de sang n’est pas proportionnelle à la gravité de la blessure. On ne ramasse rien : on protège les indices avec quelques branches ou des pierres, et l’on remet en place ce qu’on a dérangé. Les poils, coupés par la balle, renseignent aussi sur la zone touchée, et les os se distinguent en os plats (côtes, bassin, épaule) et os ronds (patte).

Baliser, puis ne pas suivre plus de 100 mètres

Avant le détail des gestes, la vidéo ci-dessous, tournée pour les chasseurs du Grand Est, fait répondre l’UNUCR aux questions qui reviennent le plus souvent.

« Quelques questions à l’UNUCR sur la recherche au sang », par la chaîne Chasseurs du Grand-Est TV.

La fiche « gibier blessé » de l’UNUCR tient en six étapes : repérer l’endroit du tir ; empêcher si possible les chiens et les traqueurs de suivre ; chercher les indices et les laisser en place ; baliser l’endroit du tir et la direction de fuite ; ne pas suivre plus de 100 mètres et ne pas piétiner ; remplir la fiche et appeler rapidement un conducteur. Le balisage se fait avec ce qu’on a sous la main : papier toilette, mouchoir, ruban de marquage forestier, de préférence biodégradable, ou une brisée. On marque le poste du tireur, l’anschuss, les indices et le sens de fuite.

La limite de 100 mètres est la plus dure à respecter, et la plus importante. L’ANCGG la ramène à 50 ou 100 mètres. Un animal blessé couché à quelques dizaines de mètres, s’il est relevé par un chasseur qui le suit, repart, et chaque relevé réduit les chances de le retrouver. Les chiffres de l’UNUCR le confirment à l’envers : quand le conducteur doit poursuivre un animal encore vivant, il réussit dans 68 % des cas, et 87 % des réussites se font dans les 1 000 premiers mètres. C’est un travail de chien, pas de chasseur.

Le conducteur de chien de sang

Un conducteur agréé par l’UNUCR est un chasseur, titulaire d’un permis validé, qui a suivi un stage de trois jours puis un parrainage, et dont le chien a réussi une épreuve sur une piste artificielle de 1 000 à 1 200 mètres posée au moins 20 heures avant. Il signe un code d’honneur, intervient bénévolement et ne fait pas payer ses recherches. L’UNUCR publie sur son site la liste des conducteurs agréés, département par département, et les fédérations relaient souvent les numéros de leur département.

Le bon comportement, au téléphone, est d’être précis. Quand vous l’appelez, donnez votre nom, votre téléphone, le lieu exact du tir, l’espèce, la réaction de l’animal, les indices trouvés et la direction de fuite, et fixez un rendez-vous dans un lieu facile à trouver, une église ou une mairie. Le conducteur vient avec son chien, souvent un rouge de Hanovre ou un rouge de Bavière, et parfois un accompagnateur armé : c’est lui qui décide du moment, de la piste et de la suite.

Sur la saison 2021-2022, 740 des 769 conducteurs agréés ont rendu leurs statistiques : 19 132 interventions sur le sanglier pour 6 356 réussites, 5 272 sur le chevreuil pour 2 377, 5 173 sur le cerf pour 1 684. Près d’un tiers des interventions étaient des contrôles de tir, c’est-à-dire la vérification d’un tir que le chasseur croyait manqué : en 2012-2013, 17 % de ces contrôles avaient révélé une blessure.

Chasseur observant aux jumelles un sanglier à distance depuis un poste en bois
Un sanglier touché ne s’effondre pas toujours sur place : chaque tir mérite un contrôle.

Pourquoi chaque tir mérite un contrôle

La règle vient de l’ANCGG, et elle résume tout ce qui précède : tout chasseur doit considérer l’animal qu’il a tiré comme blessé, et il lui revient d’apporter la preuve contraire. Elle n’a rien d’excessif. La fédération de la Vendée rappelle que certains animaux n’accusent pas la balle, et l’association départementale de l’UNUCR dans la Vienne précise que le sanglier, par exemple, réagit parfois très faiblement, ou pas du tout. Un animal qui repart avec sa compagnie n’est pas forcément manqué.

L’enjeu est connu. L’UNUCR estime que les grands gibiers blessés représentent 15 à 20 % du tableau : dans la Somme, sur la saison 2023-2024, 10 000 animaux prélevés laissaient supposer 1 500 à 2 000 blessés, pour 184 recherches demandées. La plupart de ces animaux n’ont donc jamais été cherchés.

Ce que dit la loi

L’article L. 420-3 du code de l’environnement précise que ne constitue pas un acte de chasse le fait, pour un conducteur de chien de sang, de rechercher un animal blessé ou de contrôler le résultat d’un tir. L’article L. 425-2 impose que chaque schéma départemental de gestion cynégétique comporte des dispositions sur la recherche au sang du grand gibier : c’est donc dans le schéma de votre département qu’il faut lire les règles locales. L’Ardèche y écrit que tout grand gibier blessé doit faire l’objet d’une recherche au sang, la Charente qu’il faut contrôler chaque tir et en rendre compte à son chef de ligne.

Le conducteur n’a pas de statut légal à part : une réponse ministérielle publiée en août 2023 rappelle que l’agrément délivré par les associations ne procède d’aucun texte, et qu’il ne permet pas de détenir une arme de catégorie B. La suite sur le territoire voisin dépend du droit de chasse, qui appartient au propriétaire, et des schémas : plusieurs, comme ceux de la Haute-Savoie, de l’Ardèche ou du Nord, demandent aux détenteurs du droit de chasse de ne pas s’opposer au passage d’un conducteur. L’UNUCR indique que les refus de suite ne pèsent que 3 % des échecs.

Un animal retrouvé reçoit le dispositif de marquage du territoire où il a été tiré, et le tireur reste concerné par le plan de chasse : votre directeur de battue ou votre président de société règle ce point avec le conducteur.

BlackOpe est un média de tir. Les chiffres et consignes de cet article viennent de l’UNUCR, de l’ANCGG et des fédérations départementales citées ; votre schéma départemental et les consignes de votre directeur de battue priment. Enregistrez dès aujourd’hui le numéro d’un conducteur de votre département dans votre téléphone : c’est le meilleur réflexe à prendre avant la saison.

À lire aussi : la battue au grand gibier, la chasse au cerf, la chasse à l’approche et à l’affût et quel calibre pour le sanglier.

Questions fréquentes

Que faire après avoir tiré un grand gibier ?

Observer sa réaction, rester au poste, repérer l’endroit du tir et la direction de fuite, puis signaler son tir à la fin de la traque. Au moindre doute, on cherche les indices sans suivre plus de 100 mètres et on appelle un conducteur de chien de sang.

Combien de temps attendre avant une recherche au sang ?

L’UNUCR recommande 2 heures pour un chevreuil et 3 à 4 heures pour un cerf ou un sanglier avant de mettre le chien sur la piste. Mais il faut appeler le conducteur tout de suite, pour qu’il s’organise.

Comment savoir si l’animal est touché ?

Par sa réaction (ruade, dos voûté, affaissement, fuite anormale) et par les indices au lieu du tir : poils coupés, sang, os, contenu de panse. L’absence de réaction ou de sang ne prouve pas un raté : seul un contrôle le dit.

Que veut dire la couleur du sang ?

Selon l’UNUCR de la Vienne, un sang rouge clair et mousseux évoque les poumons, un rouge foncé grumeleux le foie, un rouge sale mêlé de nourriture la panse ou l’intestin, un rouge vif abondant le muscle. Ce n’est qu’une tendance.

Faut-il suivre un animal blessé soi-même ?

Pas au-delà de 100 mètres, et sans piétiner. Un animal blessé couché qu’on relève repart et se retrouve plus difficilement. La poursuite est le travail du chien de sang, qui réussit dans 68 % des cas selon l’UNUCR.

Une recherche au sang est-elle payante ?

Non. Les conducteurs agréés de l’UNUCR interviennent bénévolement et gratuitement, ce que rappellent aussi les fédérations. Leur liste est publiée par département sur le site de l’UNUCR et relayée par les fédérations.

Peut-on lâcher ses chiens de battue sur un animal blessé ?

C’est déconseillé : l’ANCGG demande de stopper les chiens au plus vite. L’UNUCR constate que la réussite des recherches tombe à 40 % sur le sanglier en battue avec chiens, contre 46,6 % en moyenne.

La recherche au sang est-elle un acte de chasse ?

Non. L’article L. 420-3 du code de l’environnement précise que rechercher un animal blessé ou contrôler un tir n’est pas un acte de chasse pour un conducteur de chien de sang. Les règles locales sont dans le schéma départemental.

Qu’est-ce qu’un contrôle de tir ?

La vérification par un conducteur et son chien d’un tir qu’on croit manqué. Près d’un tiers des interventions de l’UNUCR sont des contrôles de tir ; en 2012-2013, 17 % d’entre eux avaient révélé une blessure.