Le .450 Marlin est une cartouche de 2000, née chez Hornady et Marlin pour donner aux carabines à levier de sous-garde la balle du .45-70 avec 50 % de pression en plus. Sa ceinture n’est pas décorative : c’est un détrompeur mécanique. En France, il relève de la catégorie C et passe très largement les seuils légaux du tir des ongulés.
C’est le calibre qu’on croise en battue au sanglier derrière un levier, et celui dont on lit partout qu’il est « comme un .45-70 ». Les deux tirent bien la même ogive de 11,64 mm. Ce qui les sépare tient en un chiffre que les fiches C.I.P. publient et que personne ne cite en français : 2200 bar contre 3300.
Une ceinture sur une cartouche de levier, et ce n’est pas un détail
Le .450 Marlin est sorti en 2000 d’un travail commun entre Hornady et Marlin Firearms, mené côté Hornady par Mitch Mittelstaedt. Il ne descend pas du .45-70 mais d’un wildcat, le .458 x 2 pouces American, lui-même dérivé du .458 Winchester Magnum.
D’où la particularité qui saute aux yeux : un étui à ceinture sur une cartouche destinée à un levier de sous-garde, ce qui ne se voit nulle part ailleurs. La ceinture ne sert pas ici à assurer l’appui, comme sur les magnums africains. Elle est surdimensionnée exprès, pour que la cartouche ne puisse pas entrer dans une chambre de 7 mm Remington Magnum ou de .338 Winchester Magnum. C’est un détrompeur, au sens propre : une sécurité géométrique contre l’erreur de boîte.
La fiche C.I.P. en garde la trace jusque dans ses notes, où la feuillure est explicitement décrite comme celle d’un culot magnum. Voici ce qu’elle retient, relevé sur le document officiel.
| Cote C.I.P. | Valeur | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| Diamètre d’ogive | 11,64 mm | le .458 pouce, celui du .45-70 et du .458 Win Mag |
| Longueur d’étui | 53,34 mm | court, pour tenir dans un magasin tubulaire |
| Longueur hors tout | 64,76 mm | la cote qui commande la boîte de culasse |
| Ceinture et culot | 13,51 mm | le détrompeur, feuillure de culot magnum |
| Canon | 11,43 mm, 6 rayures | pas de 508 mm, soit un tour en 20 pouces |
| Pression maximale | 3300 bar | tout le sujet de cet article |
Ce que la C.I.P. autorise, et pourquoi le .45-70 plafonne si bas
Le chiffre qui explique tout est celui de la pression. Mis côte à côte, les quatre grosses cartouches de levier racontent une histoire limpide.
Le .45-70 Government est plafonné à 2200 bar par la C.I.P., et ce n’est pas une question de métallurgie moderne. Cette cartouche date de 1873, et des Springfield à bloc basculant de cette époque la chambrent toujours. Le plafond officiel protège ces armes-là, pas les carabines actuelles. C’est pour cette raison que le marché américain vend des .45-70 en trois niveaux de charge, du « trapdoor » au « Ruger seulement », une gymnastique que la norme européenne ne connaît pas.
Le .450 Marlin résout le problème autrement, et mieux : il met la même ogive dans un étui qui n’entre dans aucune arme ancienne, ce qui l’autorise à monter à 3300 bar sans jamais croiser un canon de 1873. Cinquante pour cent de pression en plus, sans niveau de charge, sans avertissement en petits caractères, sans dépendre de la lucidité du tireur devant son rayon de munitions.
.450 Marlin contre .45-70 et .444 Marlin
Les trois se croisent en battue et se comparent mal, parce qu’on compare en général des munitions plutôt que des normes. Voici les deux lectures.
| Cartouche | Ogive | Pression maxi C.I.P. | Énergie retenue | Fiche |
|---|---|---|---|---|
| .450 Marlin | 11,64 mm | 3300 bar | 4850 J | 2009 |
| .45-70 Government | 11,64 mm | 2200 bar | 3414 J | 1984, révisée 2002 |
| .45-70 Elko Magnum | 11,64 mm | 2950 bar | 6400 J | 1992, Belgique |
| .444 Marlin | 10,90 mm | 3550 bar | 3287 J | 1984, révisée 2002 |
Contre le .45-70, le .450 Marlin ne gagne rien en diamètre et tout en marge. Même ogive, même travail sur le gibier, mais une norme qui lui laisse pousser la balle plus vite sans zone grise. Si votre arme est moderne et que vous achetez des munitions d’usine en Europe, le .450 délivre d’emblée ce que le .45-70 ne donne qu’en chargements réservés aux armes récentes.
Contre le .444 Marlin, l’affaire est différente. Le .444 monte plus haut en pression, 3550 bar, mais avec une ogive plus fine de 10,90 mm et plus légère : la norme lui reconnaît 3287 joules contre 4850 au .450. Le .444 est plus tendu, le .450 frappe plus fort. Sur sanglier à courte distance, la seconde qualité compte davantage que la première.
Et le piège à ne pas commettre : ces trois cartouches ne sont pas interchangeables. L’étui du .450 Marlin est à ceinture, celui du .45-70 à bourrelet, celui du .444 à bourrelet également. Aucune ne se chambre dans l’arme d’une autre, et c’est précisément le but.
La balistique réelle, chiffres du fabricant
La munition de référence en Europe est la Hornady LEVERevolution à ogive FTX de 325 grains, soit 21,06 g, dont la pointe souple permet des ogives pointues dans un magasin tubulaire. Voici ce que le fabricant publie, sur canon d’essai de 24 pouces.
| Distance | Vitesse | Énergie |
|---|---|---|
| Bouche | 2225 pieds/s, soit 678 m/s | 3572 ft·lb, soit 4843 J |
| 100 yards, 91 m | 1887 pieds/s, soit 575 m/s | 2570 ft·lb, soit 3484 J |
| 200 yards, 183 m | 1587 pieds/s, soit 484 m/s | 1816 ft·lb, soit 2462 J |
Cette coïncidence entre la donnée du fabricant et le plafond de la norme n’est pas fortuite : elle dit que la munition d’usine exploite la cartouche à son maximum autorisé, et qu’il n’y a pas de gisement caché.
Le seuil légal du tir des ongulés, calculé
La France ne raisonne pas en calibre mais en énergie. L’arrêté du 1er août 1986 interdit à son article 3 « l’emploi pour le tir des ongulés de toute arme à percussion annulaire ainsi que celui d’armes rayées à percussion centrale d’un calibre inférieur à 5,6 millimètres ou dont le projectile ne développe pas une énergie minimale de 1 kilojoule à 100 mètres ». Deux seuils, donc, et l’outil ci-dessous calcule le second.
Le seuil du kilojoule à 100 mètres
Ce que cet outil ne fait pas : il ne calcule aucune trajectoire et ne devine pas la vitesse restante de votre munition, que vous devez lire dans la table du fabricant. Attention, les tables anglo-saxonnes donnent 100 yards, soit 91 mètres, et non 100 mètres : à 100 mètres l’énergie est un peu plus basse. Il ne dit rien non plus des arrêtés préfectoraux, qui peuvent ajouter des règles locales. Constantes : 1 grain = 0,064 798 91 g, énergie cinétique E = ½ m v².

Sanglier en battue : ce que le calibre vaut vraiment
C’est l’usage français du .450 Marlin, et il y est à sa place pour trois raisons qui n’ont rien à voir avec la puissance brute. La carabine à levier est courte, rapide à l’épaulé et se recharge sans quitter la cible des yeux. L’ogive de 11,64 mm laisse une trace de sang lisible, ce qui compte plus que la vitesse quand il faut suivre un animal blessé dans un roncier. Et à trente mètres, l’énergie n’est jamais le facteur limitant.
Le revers est double. Le recul est sérieux, et se paie à l’entraînement bien plus qu’à la battue, où l’on tire peu. Surtout, la trajectoire chute vite : au-delà de 150 mètres, ce calibre n’est pas fait pour ça, et l’ogive FTX de Hornady améliore les choses sans changer la nature de la cartouche. Le .450 Marlin est une arme de bois et de proximité, pas une arme de plaine.
Pour quel profil le .450 Marlin a un sens
Pour le chasseur de battue, choisir le .450 Marlin plutôt qu’un .45-70. À munition d’usine européenne, il donne d’emblée ce que le .45-70 ne délivre que dans ses chargements réservés aux armes modernes, sans avoir à vérifier le niveau de charge sur chaque boîte. C’est une sécurité d’usage autant qu’un gain balistique.
Pour le tireur qui possède déjà un .45-70 récent, rester au .45-70. Avec une arme moderne et des munitions adaptées, l’écart réel se réduit fortement, et l’offre de munitions et de composants est incomparablement plus large. Changer de calibre pour ça n’a pas de sens.
Pour qui hésite avec le .444 Marlin, trancher selon la distance. Le .444 est plus tendu et recule moins ; le .450 emporte une ogive plus lourde et plus large. En battue serrée, le .450. Sur des layons plus longs, l’écart se comble.
Un calibre de battue se choisit avec l’arme, pas avant elle : la longueur du canon, le poids et la rapidité à l’épaulé comptent davantage que quelques centaines de joules sur le papier. L’essai en main, chez un armurier, tranche mieux qu’un tableau.
Recharger le .450 Marlin : composants et points de vigilance
Le .450 Marlin se recharge bien, et c’est même souvent la raison de le choisir, tant l’offre d’usine se résume à peu de références en Europe.
Les douilles. Elles se trouvent neuves chez Hornady et se récupèrent sans difficulté, l’étui étant droit et robuste. Le point d’attention est la ceinture : c’est elle qui assure l’appui, et non l’épaulement. Un redressage trop poussé repousse le problème vers la ceinture et fatigue l’étui plus vite qu’on ne le croit. Contrôler la longueur après chaque cycle, recouper au besoin.
Les ogives. Tout ce qui existe en .458 pouce convient mécaniquement, ce qui ouvre un catalogue immense, du plomb coulé à la monolithique. Deux réserves : les ogives à pointe dure sont proscrites dans un magasin tubulaire, où elles reposent sur l’amorce de la cartouche suivante, et une ogive prévue pour un .458 Winchester Magnum est souvent trop dure pour s’ouvrir aux vitesses du .450.
Les amorces et les poudres. L’amorce est une large rifle, magnum selon la poudre retenue. Côté poudres, les vitesses de combustion utiles sur ce calibre sont celles de la famille des Hodgdon H4198, IMR 4198 et Alliant Reloder 7, que toutes les tables couvrent. Aucune charge ne figure dans cet article et aucune ne doit être reprise d’un forum : elles se lisent dans la table officielle du fabricant de poudre, seule source qui engage une responsabilité. Partir de la charge de départ, monter par paliers, surveiller les signes de surpression, et se rappeler que l’arme, le lot et la longueur de canon changent le résultat.
Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche et notre comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée, ainsi que la lecture d’une table de rechargement.
À lire aussi : la balle de fusil en calibre 12, l’autre solution de battue, la chevrotine et sa réglementation, et le choke et ce qu’il autorise.
Questions fréquentes
Quelle différence entre le .450 Marlin et le .45-70 ?
La même ogive de 11,64 mm, mais deux normes très différentes : la C.I.P. plafonne le .45-70 à 2200 bar pour protéger les armes de 1873 qui le chambrent encore, quand le .450 Marlin monte à 3300 bar dans un étui qui n’entre pas dans ces armes.
Pourquoi le .450 Marlin a-t-il une ceinture ?
Elle sert de détrompeur. Volontairement surdimensionnée, elle empêche la cartouche d’entrer dans une chambre de 7 mm Remington Magnum ou de .338 Winchester Magnum. C’est une sécurité géométrique, pas un héritage esthétique des magnums africains.
Le .450 Marlin convient-il au sanglier ?
Oui, c’est son usage principal en France. Avec 4843 joules à la bouche et une ogive de 11,64 mm, il dépasse de loin le seuil légal du kilojoule à 100 mètres, et sa carabine à levier est rapide à l’épaulé en battue.
Quelle est la portée utile du .450 Marlin ?
Environ 150 mètres en conditions de chasse. La trajectoire chute vite au-delà, même avec l’ogive FTX de Hornady. C’est une cartouche de bois et de battue, pas une cartouche de plaine.
Un .450 Marlin est-il en catégorie C ?
Oui, dans une carabine à répétition manuelle à canon rayé, soumise à déclaration sur permis de chasser validé ou licence de tir. Le calibre n’entre pas dans le classement, c’est le mécanisme de l’arme qui le fixe.
.450 Marlin ou .444 Marlin ?
Le .444 monte plus haut en pression, 3550 bar, mais avec une ogive de 10,90 mm : la C.I.P. lui reconnaît 3287 joules contre 4850 au .450. Le .444 est plus tendu, le .450 frappe plus fort à courte distance.
Peut-on tirer du .45-70 dans un .450 Marlin ?
Non, jamais, et c’est mécaniquement impossible. Le .450 Marlin a un étui à ceinture, le .45-70 un étui à bourrelet : aucune des deux ne se chambre dans l’arme de l’autre, et c’est exactement ce que les concepteurs cherchaient.
Quelle munition trouve-t-on en .450 Marlin en France ?
L’offre se résume pour l’essentiel à la Hornady LEVERevolution à ogive FTX de 325 grains, distribuée par les armureries françaises. C’est l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de possesseurs de ce calibre rechargent.
