Une cartouche moderne à percussion centrale se compose de quatre pièces : l’étui, qui solidarise l’ensemble, l’amorce logée dans son culot, la charge de poudre, et le projectile. Chacune porte un nom précis, et le vocabulaire courant les mélange allègrement. Remettre le bon mot sur la bonne pièce, c’est le premier pas pour comprendre ce qui se passe dans le canon de son arme.
Balle, cartouche, munition : la faute que tout le monde commet
Commençons par le plus utile, parce que ce sont trois choses différentes.
- La munition est le terme général. Elle ne comporte pas nécessairement une balle, comme le rappelle le cas des cartouches à blanc.
- La cartouche est la munition assemblée en un seul ensemble, prête à charger.
- La balle est uniquement le projectile, la seule partie qui sort du canon.
Dire « j’ai acheté une boîte de balles » pour une boîte de cartouches est donc un raccourci. La démonstration imparable, c’est la cartouche à blanc : c’est bien une cartouche, une munition complète, et pourtant elle ne contient aucune balle. Si les deux mots étaient synonymes, l’expression n’aurait aucun sens.
Étui ou douille ?
Étui et douille sont tous deux employés pour l’enveloppe d’une cartouche. Le CNRTL les donne comme synonymes dans cet usage. Une limite universelle à 14 mm ne permet pas de trancher tous les usages professionnels.
Mais deux usages parfaitement légitimes brouillent la règle. D’abord, l’étui tiré, ramassé au sol, se dit couramment douille, quel que soit le calibre, et c’est correct. Ensuite, l’industrie française de la cartouche de chasse dit « douille » pour du calibre 12 non tiré : Cheddite, premier fabricant français du secteur, vend bien des « douilles » plastique et carton. Ce n’est pas une faute, c’est un registre professionnel.
Ogive n’est pas synonyme de balle
Voici une précision que peu de gens font. L’ogive est la partie antérieure d’un projectile, son profil courbe avant, attestée dans ce sens depuis 1890. Une balle complète se compose d’une ogive, d’une partie cylindrique portante et d’un culot.
Quand les armureries vendent des « boîtes d’ogives » pour le rechargement, elles emploient un usage commercial répandu qui désigne en réalité des balles nues. Ce n’est pas grave, mais autant savoir de quoi on parle : dans un article technique, « projectile » ou « balle » sont plus exacts.
L’étui : anatomie et géométrie du culot
Il est presque toujours en laiton, alliage cuivre-zinc qui a l’immense qualité de se déformer élastiquement : il s’expanse contre la chambre au tir, assure l’étanchéité des gaz, puis revient légèrement pour permettre l’extraction. On rencontre aussi de l’acier laqué sur les munitions économiques et les surplus, de l’aluminium sur des cartouches non rechargeables, et du polymère sur des productions récentes.
De la bouche vers l’arrière, une cartouche de carabine comporte : la bouche, le collet qui tient la balle, l’épaulement, le corps, la gorge d’extraction et le culot, dans lequel se loge l’amorce.
C’est la forme du culot qui détermine tout le reste. Il en existe cinq familles, et le tableau suivant les rend évidentes : il suffit de comparer le diamètre du corps à la base et celui du bourrelet.
| Type de culot | Exemple | Ø base | Ø bourrelet |
|---|---|---|---|
| Sans bourrelet rimless | 9 × 19 Parabellum | 9,93 mm | 9,96 mm |
| .308 Winchester | .4709″ | .4728″ | |
| À bourrelet rimmed | 7,62 × 54 R | 12,37 mm | 14,48 mm |
| .30-30 Winchester | .422″ | .506″ | |
| Semi-bourrelet semi-rimmed | .32 ACP | .337″ | .358″ |
| Culot réduit rebated rim | 5,7 × 28 | 7,95 mm | 7,80 mm |
| .450 Bushmaster | .500″ | .473″ | |
| Ceinturé belted | .300 Winchester Magnum | .513″ | .532″ (ceinture) |
Le calage, ou jusqu’où la cartouche s’enfonce
Le mot anglais est headspace. Il n’existe pas d’équivalent français normalisé, on parle généralement de calage. Le principe est simple : c’est la distance entre la face de culasse fermée et l’élément de la chambre qui arrête la cartouche. Trop de jeu et l’étui s’étire au tir, avec un risque de rupture. Pas assez et la culasse ne ferme pas.
Quatre modes de calage existent, et ils découlent directement de la forme du culot :
- Sur le bourrelet, pour toutes les cartouches à bourrelet comme la .303 British ou la .30-30 Winchester.
- Sur l’épaulement, pour les cartouches de carabine à goulot sans bourrelet.
- Sur la bouche de l’étui, pour les cartouches de pistolet à parois droites comme le 9 × 19 ou le .45 ACP.
- Sur la ceinture, pour certains gros magnums.
Ce détail a une conséquence pratique majeure en rechargement. Une cartouche de pistolet à parois droites ne supporte pas un sertissage roulé : rouler le collet supprimerait précisément la surface sur laquelle elle se cale. C’est aussi pourquoi la longueur d’étui doit y être scrupuleusement régulière.
L’amorce : Boxer ou Berdan, et comment les reconnaître
L’amorce est une petite coupelle métallique dont le fond contient une composition détonante. Le percuteur l’écrase contre une enclume, la composition s’enflamme et la flamme traverse l’étui pour allumer la poudre.
Toute la différence entre les deux grands systèmes tient à l’emplacement de cette enclume.
- Boxer : l’enclume est une pièce séparée, montée dans la coupelle. L’amorce est donc complète en elle-même, et le culot de l’étui ne comporte qu’un seul évent central.
- Berdan : l’enclume est un petit téton formé dans l’étui lui-même. L’amorce n’est qu’une coupelle, et le logement comporte deux évents ou plus, décentrés de part et d’autre du téton.
Le test tient en trois secondes. Prenez un étui tiré, regardez par la bouche à contre-jour l’intérieur du fond. Un seul trou bien centré, c’est du Boxer. Deux petits trous décentrés autour d’une bosse, c’est du Berdan, et la bosse est l’enclume. Une variante autrichienne de 1902 fait exception avec un évent unique, mais vous ne la croiserez probablement jamais.
En pratique, on recharge du Boxer. Une simple tige de désamorçage suffit. Le Berdan est techniquement rechargeable, mais il faut un extracteur hydraulique ou à pince, des amorces spécifiques difficiles à trouver, et une inspection soigneuse de l’enclume avant chaque réamorçage. Les surplus militaires d’origine russe, tchèque ou yougoslave sont fréquemment Berdan : faites le test des évents avant d’acheter du laiton à recharger.

Les tailles d’amorce, et la règle qui surprend
Le système Boxer compte quatre tailles courantes. Les small, pistolet et carabine, font 4,45 mm de diamètre. Les large, pistolet et carabine, font 5,33 mm. À diamètre égal, l’amorce de carabine possède une coupelle plus épaisse, prévue pour des pressions plus élevées et des percuteurs plus énergiques.
Et voici ce qui déroute tous les débutants : le type d’amorce dépend de la cartouche, pas de l’arme. Une .357 Magnum ou une .45 Colt tirée dans une carabine à levier reste amorcée en pistol. À l’inverse, quelques cartouches de poing à haute pression comme la .454 Casull utilisent des amorces rifle. La mention « magnum » ne désigne pas non plus un calibre : c’est une composition plus énergique, destinée aux grosses charges et aux poudres lentes.
Un point de sécurité pour finir. Une amorce ne porte aucune inscription de taille ni de puissance. Une fois sortie de son emballage, rien ne permet de l’identifier. Conservez-les toujours dans leur boîte d’origine. Sachez aussi que certaines fabrications, notamment Sellier & Bellot très distribuée en France, ont des puits d’amorce légèrement différents des standards américains : un outil d’uniformisation évite d’y asseoir une amorce trop haute, ce qui serait dangereux.
Percussion annulaire : l’amorce dans le bourrelet
Sur une cartouche à percussion annulaire, il n’y a ni logement d’amorce ni évent. La composition d’amorçage est répartie par centrifugation dans le bourrelet creux de l’étui, et le percuteur vient l’écraser sur le bord.
Ce système explique deux caractéristiques. D’abord son coût très bas, qui a fait le succès de la .22 Long Rifle et du .17 HMR. Ensuite son impossibilité de rechargement : le bourrelet est détruit à chaque tir, et il n’y a rien à réamorcer. Il impose aussi une limite de pression, un étui à bourrelet mince ne pouvant pas encaisser ce que supporte un culot plein.
La poudre : noire, sans fumée, vive ou lente
La poudre noire est un mélange mécanique de salpêtre, de soufre et de charbon de bois. Elle brûle en produisant énormément de fumée et des résidus corrosifs qui imposent un nettoyage immédiat de l’arme après le tir.
La poudre sans fumée, apparue à la fin du XIXe siècle, repose sur la nitrocellulose. On distingue les poudres simple base, à la seule nitrocellulose, et double base, additionnées de nitroglycérine, plus énergétiques mais qui chauffent davantage le canon.
Le paramètre décisif n’est pas la quantité mais la vitesse de combustion. Une poudre vive libère son énergie très vite : elle convient aux armes de poing et aux canons courts. Une poudre lente brûle progressivement et maintient la pression tout au long d’un canon de carabine. C’est pourquoi on ne substitue jamais une poudre à une autre. Notre dossier sur la balistique du rechargement détaille ce que la vitesse de combustion change réellement dans le canon.
Règle absolue : aucun dosage ne se prend ailleurs que dans la table officielle en vigueur du fabricant de la poudre utilisée, pour la balle exacte, l’étui exact et l’amorce exacte. Jamais dans un forum, jamais dans un article de blog, celui-ci compris. Et surtout, on ne remplace jamais de la poudre noire par de la poudre sans fumée : la destruction de l’arme est certaine.
Le projectile et le piège du diamètre
Les balles se classent par construction. La blindée, ou FMJ, enveloppe un noyau de plomb dans une chemise de cuivre : cette construction n’exclut pas toute déformation ; elle est notamment utilisée pour le tir sur cible. La semi-blindée laisse le plomb apparent en pointe, la pointe creuse est conçue pour s’ouvrir à l’impact, la monométallique supprime le plomb, et la pointe polymère améliore l’aérodynamisme.
Les masses s’expriment en grains dans le monde anglo-saxon, et un grain vaut exactement 0,06479891 gramme, soit environ 0,0648 gramme. Une balle de 230 grains pèse donc 14,9 g, une balle de 55 grains 3,56 g.
Conversion de masse : table de conversion du NIST.
Attention enfin au piège le plus coûteux du rechargement : le nom d’un calibre ne donne presque jamais son diamètre réel. Un 9 mm tire des balles de .355 pouce, un .45 ACP des balles de .451 à .452, une .30-30 des balles de .308. Le 8 × 57 existe même en deux diamètres, J en .318 et JS en .323, ce qui a causé de vrais accidents. Sur une arme ancienne, faites confirmer l’identification par un armurier ; une mesure isolée ne suffit pas.
Et la cartouche de fusil lisse ?
Sa structure diffère nettement. On y trouve un tube plastique ou carton monté sur un culot métallique, une amorce, la charge de poudre, une bourre qui sépare la poudre du plomb et fait office de piston, puis la grenaille, et enfin un sertissage en étoile ou roulé qui referme le tube.
C’est la bourre qui n’existe pas sur une cartouche à balle, et c’est elle qui détermine en grande partie la forme de la gerbe de plombs à la sortie du canon. Nous détaillons ce point dans notre guide des cartouches de ball-trap.
À lire aussi : pour assembler vous-même ces quatre pièces, notre comparatif des presses de rechargement et notre guide du sertissage des cartouches ; pour acheter les composants, les justificatifs des douilles, ogives et amorces ; pour lire les données, comment lire une table de rechargement ; et pour la théorie, la balistique du rechargement. Côté chasse, notre article explique comment choisir sa balle de chasse. Et pour choisir la cartouche selon le gibier, notre guide de la chasse au petit gibier donne le plomb de la perdrix, du faisan et du lièvre. Et si vous chassez près de l’eau, notre guide de la cartouche sans plomb compare l’acier, le bismuth et le tungstène.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une balle et une cartouche ?
La cartouche est l’ensemble complet : étui, amorce, charge de poudre et projectile. La balle est uniquement le projectile, la seule partie qui sort du canon. La preuve la plus simple est la cartouche à blanc, qui ne contient aucune balle.
Dit-on étui ou douille ?
Les deux termes sont employés pour l’enveloppe d’une cartouche. Leur usage varie selon le domaine et le contexte ; une limite universelle à 14 mm n’est pas une règle générale suffisante.
Comment savoir si une douille est Boxer ou Berdan ?
Regardez par la bouche de l’étui tiré, à contre-jour. Un seul évent bien centré, c’est du Boxer, rechargeable avec une simple tige de désamorçage. Deux évents décentrés autour d’un téton, c’est du Berdan, qui exige un outillage spécifique.
Quelles sont les quatre parties d’une cartouche ?
L’étui, qui solidarise l’ensemble et assure l’étanchéité au tir, l’amorce logée dans le culot, la charge de poudre propulsive, et le projectile. La cartouche de fusil lisse en compte une cinquième, la bourre.
Une ogive et une balle, est-ce la même chose ?
Pas rigoureusement. L’ogive est la partie antérieure du projectile, son profil courbe avant. Une balle comprend une ogive, une partie cylindrique portante et un culot. Les armureries emploient toutefois « ogive » pour désigner des balles nues de rechargement.
Pourquoi une cartouche de .22 LR ne se recharge-t-elle pas ?
Parce que la composition d’amorçage est répartie dans le bourrelet creux de l’étui, que le percuteur écrase à chaque tir. Il n’y a ni logement d’amorce ni évent, donc rien à désamorcer ni à réamorcer, et le bourrelet est détruit.
Combien pèse un grain en grammes ?
Un grain vaut exactement 0,06479891 gramme, soit environ 0,0648 gramme. Une balle de 230 grains pèse donc 14,9 g et une balle de 55 grains 3,56 g. C’est l’unité de masse standard pour les projectiles et les charges de poudre dans le monde anglo-saxon.
Le calibre indique-t-il le diamètre réel de la balle ?
Le nom commercial d’un calibre ne suffit pas à identifier une cartouche ou à confirmer sa compatibilité. Sur une arme ancienne, faites vérifier l’identification par un armurier.
BlackOpe est un média indépendant sur le tir sportif et le tir de précision. Nous ne publions jamais de charge de rechargement : les dosages se prennent exclusivement dans la table officielle du fabricant de poudre. Pour aller plus loin, lisez notre dossier sur la balistique ou trouvez un club sur notre carte des stands de tir.
