Deux cartouches portent le nom « 30-284 » dans la même table de la C.I.P. Le 30-284 Win., américain, homologué en 1998. Et le 30-284 NOLASCO, français, homologué en 2007. Leurs étuis sont identiques au centième : même culot de 12,01 mm, même corps de 12,72, même longueur de 55,10. Elles ne diffèrent que par quatre millimètres de longueur hors tout et par l’énergie que la C.I.P. retient pour chacune, 4300 joules contre 2750.
C’est la seule des deux qu’on trouve en armurerie française, et c’est la française. Voici ce que disent les deux fiches, ce que le nom commun cache, et pourquoi l’énergie publiée n’est pas ce qu’on croit.
Deux fiches C.I.P. pour un seul nom
Les deux figurent au tableau I de la C.I.P., celui des cartouches sans bourrelet, à deux pages d’intervalle. La première est américaine, la seconde française.
| Cote C.I.P. | 30-284 Win. | 30-284 NOLASCO |
|---|---|---|
| Pays d’origine | États-Unis | France |
| Fiche | 9 février 1998, révisée le 15 mai 2002 | 14 mai 2007, révisée le 5 mai 2009 |
| Longueur d’étui | 55,10 mm | 55,10 mm |
| Culot | 12,01 mm | 12,01 mm |
| Ogive maximale | 7,85 mm | 7,85 mm |
| Pression maximale | 3800 bar | 3800 bar |
| Collet | 8,67 mm | 8,70 mm |
| Canon | 4 rayures, pas de 305,00 mm | 4 rayures, pas de 305,00 mm |
| Longueur hors tout | 72,00 mm | 76,00 mm |
| Énergie retenue | 4300 J | 2750 J |
Six lignes surlignées sur dix sont rigoureusement identiques. L’étui, le culot, l’ogive et la pression maximale ne permettent pas de distinguer les deux cartouches, et le canon non plus : quatre rayures et un tour en 305 mm des deux côtés. Les deux seuls écarts sont en bas du tableau.
Quatre millimètres, et 1 550 joules d’écart sur le papier
Le dessin ne laisse aucun doute : jusqu’à la bouche de l’étui, les deux 30-284 se superposent. Tout se joue sur la longueur hors tout, 76,00 mm contre 72,00, c’est-à-dire sur la profondeur à laquelle l’ogive est assise. Quatre millimètres de plus, c’est une ogive qui sort davantage de l’étui, donc moins de place perdue dans la chambre à poudre, mais une cartouche plus longue à loger dans un magasin.
Pour un tireur, cela veut dire une chose simple et une seule : c’est la longueur totale, pas le nom, qui décide de ce qui rentre dans votre arme. Une chambre taillée pour l’une accepte l’étui de l’autre ; le magasin, lui, ne suit pas forcément. La question se pose à l’armurier, avec l’arme sous les yeux, pas sur une fiche.
Ce que l’énergie retenue dit, et ne dit pas
L’écart de 4300 à 2750 joules est le piège de ce dossier, et il mérite d’être expliqué une bonne fois.
L’énergie retenue par la C.I.P. n’est pas une propriété de l’étui. C’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée pour homologation. Deux cartouches avec le même étui, la même ogive et la même pression maximale peuvent donc porter des énergies très différentes, simplement parce que les chargements soumis n’étaient pas les mêmes. C’est exactement le cas ici.
Le 30-284 NOLASCO est une munition de chasse, chargée en ogive demi-blindée de 180 grains. Ses 2750 joules correspondent à environ 690 m/s pour cette masse, ce qui est un chargement modéré et cohérent avec l’usage visé. Les 4300 joules de la fiche américaine ne décrivent pas une meilleure cartouche, ils décrivent une autre proposition. Si vous comparez deux calibres sur la seule colonne « énergie retenue », vous comparez des dossiers d’homologation, pas des performances.
La famille 284 : cinq fiches, un seul étui
Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches, il ne dit pas ce qui se chambre dans quoi et ne remplace pas le marquage de votre canon. Les cinq jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau I, relevées le 15 septembre 2026. L’énergie retenue n’est pas une performance mesurée : c’est la valeur attachée à la cartouche déposée.
Le 284 Winchester, et son bourrelet rebattu
Les deux 30-284 ne sortent pas de nulle part : elles reprennent l’étui du 284 Winchester, une cartouche américaine à ogive de 7,21 mm dont la fiche C.I.P. date du 14 juin 1984. Passer de cette ogive de 7,21 à celle de 7,85 mm du .30, c’est tout ce que veut dire le nom « 30-284 ». Et cet étui a une particularité que la fiche affiche noir sur blanc.
Son culot mesure 12,01 mm quand son corps en fait 12,72. Le corps est donc plus large que le culot de 0,71 mm : c’est un bourrelet rebattu, en anglais rebated rim. L’idée est simple et maligne. Le culot reste au diamètre d’une tête de culasse standard de .30-06, donc l’action n’a pas à être redessinée ; le corps, lui, s’élargit pour loger davantage de poudre. Une cartouche de grande capacité dans une action courte, sans toucher à la culasse.
C’est ce qui explique que toute une famille se soit construite dessus. Le tableau I en homologue cinq : le 284 Winchester, le 284 Shehane, le 6,5-284 Norma et les deux 30-284. Toutes partagent le culot de 12,01 mm, et se distinguent par l’ogive, le pas de rayure et la longueur hors tout, qui va de 71,12 à 82,00 mm.

Prix et disponibilité de la munition 30-284 en France
Voilà où le dossier bascule, et où la fiche française prend tout son sens. C’est la seule des deux versions qu’on trouve chez les armuriers français, et elle porte le nom de son fabricant.
Relevés du 15 septembre 2026 : la munition Nolasco 30-284 à ogive demi-blindée de 180 grains, en boîte de 20, s’affiche entre 45 et 49,60 € chez des armuriers français, soit 2,25 à 2,48 € le coup. Elle était en rupture de stock chez les deux détaillants consultés au moment du relevé, ce qui est cohérent avec un calibre de niche produit en petite série.
Le prix au coup situe le calibre : deux fois et demie celui d’une munition de chasse courante. Ce n’est pas un calibre qu’on tire à la boîte, c’est un calibre qu’on recharge ou qu’on réserve à la battue.
Si vous achetez une carabine d’occasion marquée « 30-284 », demandez la longueur totale que le magasin accepte avant de commander des munitions. Deux fiches C.I.P. portent ce nom et se séparent de quatre millimètres sur ce point précis.
Recharger le 30-284 : composants et points de vigilance
Dans un calibre de niche, le rechargement n’est pas une option d’économie, c’est ce qui rend l’arme utilisable.
Les douilles. Elles se fabriquent classiquement à partir de douilles de 284 Winchester, rétreintes au .30. C’est même l’origine du calibre. Le bourrelet rebattu impose un porte-douille adapté : le culot fait 12,01 mm, comme un .30-06, alors que le corps en fait 12,72. Vérifiez que votre outillage est bien prévu pour cet étui et pas simplement pour un .30-06, dont le corps est plus fin.
Les ogives. C’est le poste confortable : en 7,85 mm, soit .308 pouce, tout le catalogue du .308 Winchester et de la .30-06 Springfield est disponible. Le pas de 305 mm, un tour en douze pouces, correspond aux masses classiques de 150 à 180 grains.
Les poudres. Ce sont des poudres de capacité moyenne à lente, dans les registres du .30-06 et du .284 Winchester. Aucune charge ne figure dans cet article, et il faut ajouter un avertissement propre à ce calibre : les deux fiches C.I.P. plafonnent à 3800 bar, soit 600 bar de moins que le 284 Winchester dont l’étui est issu. Une table de 284 Winchester ne se transpose donc pas telle quelle. Les charges se lisent dans la table en vigueur du fabricant de poudre, pour l’ogive et la douille exactes, en partant de la charge de départ, et avec un avis d’armurier sur l’arme elle-même.
Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche, notre article sur la balistique du rechargement et la lecture d’une table de rechargement.
En France : catégorie C
Une carabine à canon rayé chambrée en 30-284, à répétition manuelle de onze coups au plus ou à un coup par canon, relève de la catégorie C et se déclare sur permis de chasser validé ou licence de tir. L’ogive de 7,85 mm est très loin du seuil de 20 mm qui fait basculer un canon rayé en catégorie A1.
Avec plus de deux kilojoules à la bouche, le calibre dépasse aussi très largement le seuil du tir des ongulés, qui demande une énergie minimale d’un kilojoule à cent mètres. Notre dossier sur la catégorie C détaille les conditions de détention.
Pour quel profil le 30-284 a un sens
Pour le chasseur qui possède déjà une arme dans ce calibre, la munition existe. C’est le point important, et il est rare : un calibre de niche, homologué en France, avec un fabricant français qui le charge. La disponibilité est irrégulière et le prix au coup élevé, mais la filière existe.
Pour qui cherche un .30 de chasse à acheter aujourd’hui, non. Le .308 Winchester et la .30-06 Springfield tirent la même ogive de 7,85 mm, se trouvent partout et coûtent une fraction du prix au coup. Le 30-284 ne se choisit pas, il s’hérite.
Pour le rechargeur curieux, c’est un cas d’école du bourrelet rebattu. L’étui du 284 Winchester est l’une des rares réponses élégantes au problème de la capacité dans une action courte, et cinq cartouches homologuées en descendent. Le .280 Remington, qui résout le même problème sur un étui de .30-06, offre la comparaison inverse.
À lire aussi : le .308 Winchester et le 7,62×51 OTAN, la .30-06 Springfield, et le .280 Remington.
Questions fréquentes
Y a-t-il vraiment deux calibres 30-284 ?
Oui. Le tableau I de la C.I.P. homologue le 30-284 Win., américain, par une fiche du 9 février 1998, et le 30-284 NOLASCO, français, par une fiche du 14 mai 2007. Les étuis sont identiques au centième ; seules la longueur hors tout, 72,00 contre 76,00 mm, et l’énergie retenue diffèrent.
Quelle est la différence entre les deux 30-284 ?
Quatre millimètres de longueur hors tout, et rien d’autre côté dimensions : même étui de 55,10 mm, même culot de 12,01 mm, même ogive de 7,85 mm, même pression maximale de 3800 bar, même canon à quatre rayures et pas de 305 mm.
Pourquoi 4300 joules d’un côté et 2750 de l’autre ?
Parce que l’énergie retenue par la C.I.P. n’est pas une propriété de l’étui : c’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée. Deux cartouches au même étui et à la même pression peuvent donc porter des énergies très différentes selon les chargements soumis.
Où trouver des munitions 30-284 en France ?
Chez les armuriers qui référencent la marque Nolasco. Relevé du 15 septembre 2026 : entre 45 et 49,60 € la boîte de 20 en ogive demi-blindée de 180 grains, soit 2,25 à 2,48 € le coup, en rupture de stock chez les deux détaillants consultés.
De quelle cartouche dérive le 30-284 ?
Du 284 Winchester, dont il reprend l’étui rétreint sur une ogive de 7,85 mm. Le tableau I de la C.I.P. homologue cinq cartouches sur ce même étui : le 284 Winchester, le 284 Shehane, le 6,5-284 Norma et les deux 30-284.
Qu’est-ce qu’un bourrelet rebattu ?
Un culot plus étroit que le corps de l’étui. Sur le 284 Winchester, le culot fait 12,01 mm et le corps 12,72, soit 0,71 mm de plus. Cela permet de loger davantage de poudre tout en gardant une tête de culasse standard de .30-06.
Le 30-284 est-il en catégorie C en France ?
Oui, sur une carabine à canon rayé à répétition manuelle de onze coups au plus ou à un coup par canon, avec déclaration sur permis de chasser validé ou licence de tir. L’ogive de 7,85 mm est très loin du seuil de 20 mm de la catégorie A1.
Peut-on recharger le 30-284 à partir de douilles de 284 Winchester ?
C’est la méthode classique, l’étui étant le même rétreint au .30. Attention à l’outillage : le bourrelet rebattu impose un porte-douille adapté, le culot faisant 12,01 mm quand le corps en fait 12,72. Et le plafond est de 3800 bar contre 4400 pour le 284 Winchester.
