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Le .35 Remington : elles étaient quatre, il en reste une

Six cartouches de .35 Remington à ogive à pointe polymère sur un comptoir d'armurerie

Remington a déposé quatre cartouches sans bourrelet au début du siècle dernier : le .25, le .30, le .32 et le .35 Remington. Les quatre figurent encore aujourd’hui au tableau I de la C.I.P. Les quatre portent la même longueur hors tout, 64,14 mm, et ce sont les seules des 215 fiches de ce tableau à la porter. Trois d’entre elles partagent en plus le même étui, au centième. La quatrième, non. Et c’est la seule qu’on charge encore.

Ce n’est pas une anecdote de collectionneur : c’est ce qui explique pourquoi le .35 Remington se trouve en armurerie française à 3,32 € le coup quand ses trois sœurs ont disparu, et pourquoi son étui n’a aucun substitut au rechargement. Voici ce que disent les fiches.

Quatre cartouches, une seule longueur hors tout

Le tableau I de la C.I.P. est celui des cartouches sans bourrelet. Il compte 215 entrées. Quatre d’entre elles portent le nom de Remington sans autre qualificatif, et leurs quatre fiches publient la même cote de longueur totale.

Cote C.I.P.25 Rem.30 Rem.32 Rem.35 Rem.
Longueur hors tout64,14 mm64,14 mm64,14 mm64,14 mm
Longueur d’étui52,07 mm52,07 mm52,07 mm48,77 mm
Culot10,72 mm10,72 mm10,72 mm11,68 mm
Ogive maximale6,58 mm7,80 mm8,15 mm9,12 mm
Pression maximale2450 bar2800 bar2950 bar2750 bar
Énergie retenue1995 J2745 J2435 J2655 J
Pas de rayure254,00 mm305,00 mm356,00 mm406,00 mm
Fiches C.I.P. tableau I du 25 Rem., du 30 Rem., du 32 Rem. et du 35 Rem., relevées le 15 septembre 2026.

La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête. Les quatre pas de rayure valent 254,00, 305,00, 356,00 et 406,00 mm, c’est-à-dire dix, douze, quatorze et seize pouces, de deux en deux. On ne tombe pas sur une progression pareille par hasard : ces quatre cartouches ont été dessinées ensemble, comme une gamme. Elles étaient destinées à la même carabine semi-automatique de John Browning, commercialisée en 1905 et produite sous le nom de Model 8 de 1911 à 1936 à 80 600 exemplaires, avec un magasin fixe de cinq coups. Même boîtier, donc même longueur hors tout imposée aux quatre.

Trois étuis identiques, et un quatrième qui ne l’est pas

C’est là que la gamme se fissure. Sur les fiches du .25, du .30 et du .32 Remington, sept cotes de culot et d’étui sont rigoureusement les mêmes.

Les quatre rimless Remington Profils du 25, du 30, du 32 et du 35 Remington construits sur leurs cotes C.I.P. Trois cartouches sur un seul étui, et une intruse Les quatre cartouches sans bourrelet de Remington, profils construits sur leurs cotes C.I.P. même étui 25 Rem. 2450 bar · 1995 J culot 10,72 étui 52,07 30 Rem. 2800 bar · 2745 J culot 10,72 étui 52,07 32 Rem. 2950 bar · 2435 J culot 10,72 étui 52,07 35 Rem. 2750 bar · 2655 J culot 11,68 étui 48,77 64,14 mm hors tout Le .25, le .30 et le .32 Remington ont le même étui au centième : 52,07 mm de long, 10,72 mm au culot. Seuls l’épaulement, le collet et l’ogive changent. Le .35 Remington, lui, diffère sur les sept cotes de culot et d’étui : 11,68 mm au culot, un étui raccourci à 48,77 mm, une gorge et un fond de culot à ses propres cotes. Ce qu’il garde des trois autres, c’est la longueur hors tout : 64,14 mm, que les quatre portent seules sur les 210 fiches du tableau I. Fiches C.I.P. tableau I, relevées le 15 septembre 2026.
Les quatre profils sont construits point par point sur les neuf cotes publiées par la C.I.P. pour chaque cartouche, ogive comprise.

Longueur du corps 38,05 mm, longueur d’étui 52,07, culot 10,72 mm, épaisseur de bourrelet 1,24, gorge d’extracteur 9,09, épaisseur mini de fond 0,84, angle de gorge 36° : le .25, le .30 et le .32 Remington ne se distinguent que par leur épaulement, leur collet et leur ogive. Ce sont trois goulots différents sur un seul et même étui.

Le .35 Remington, lui, diffère sur chacune de ces sept cotes. Son culot fait 11,68 mm et non 10,72. Sa gorge d’extracteur fait 10,16 et non 9,09. Son fond est plus mince, 0,76 contre 0,84. Son angle de gorge est de 34° et non de 36°. Son cône d’épaulement est donné à 46°50′ quand les trois autres affichent un 46° rond. Et son étui est raccourci de 3,30 mm, à 48,77.

La logique est limpide : pour loger une ogive de 9,12 mm il fallait un étui plus gros, et pour rester dans les 64,14 mm du boîtier il fallait le raccourcir d’autant. Le .35 Remington n’est pas une variante des trois autres. C’est une cartouche redessinée qui ne partage avec elles que la cote qui compte pour l’arme.

2750 bar, l’une des pressions les plus basses du tableau

Nous avons relevé la pression maximale des 215 fiches du tableau I. Les 2750 bar du .35 Remington en font la septième pression la plus basse de la table. La médiane est à 4150 bar et le plafond à 4400, un plafond que 63 cartouches atteignent exactement. Le .35 Remington travaille 1650 bar en dessous, soit 62 % du plafond.

Cette valeur n’est pas un défaut de conception, c’est une contrainte d’arme : une culasse de semi-automatique de 1905, puis une boîte de culasse à levier, n’encaissent pas ce qu’encaisse une action verrouillée moderne. Les deux autres colonnes de la fiche suivent : pression individuelle maximale 3163 bar, pression d’épreuve 3575 bar.

Pour qui recharge, c’est la seule ligne à retenir. Le .35 Remington tire la même ogive que des cartouches homologuées à 4050 et 4300 bar. La tentation d’aller chercher leurs performances existe, et le plafond de 2750 bar ne se discute pas. Notre dossier sur la balistique du rechargement détaille pourquoi la pression, et non l’énergie, est la vraie limite.

Le .35 Remington face aux autres .35 de la C.I.P.

Le tableau I homologue sept cartouches dont l’ogive maximale tient entre 9,07 et 9,12 mm. Autrement dit : sept cartouches qui tirent, à cinq centièmes près, le même projectile. L’outil ci-dessous les compare toutes au .35 Remington, sur leurs fiches.

Comparer au .35 Remington

Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches, il ne dit pas ce qui se chambre dans quoi et ne remplace jamais le marquage de votre canon. Les sept jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau I, relevées le 15 septembre 2026. L’énergie retenue n’est pas une performance mesurée : c’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée.

Ce que la cartouche vaut réellement à la bouche

La fiche C.I.P. retient 2655 joules pour le .35 Remington. On peut vérifier ce chiffre sur une munition du commerce. L'armurerie d'Auxerre annonce, pour sa cartouche à ogive demi-blindée de 200 grains, 634 m/s à la bouche et 517 m/s à 100 mètres.

Une ogive de 200 grains pèse 12,96 g. À 634 m/s, cela fait 2 605 joules, à 2 % près des 2655 joules de la fiche. Les deux sources se recoupent, ce qui est plutôt rassurant sur la valeur retenue par la C.I.P. pour cette cartouche. À 100 mètres, en revanche, la même ogive ne développe plus que 1 732 joules : un tiers de l'énergie est parti en cent mètres.

C'est la signature d'un projectile large, lourd et à bout plat, que la section frontale freine vite. Le .35 Remington est une cartouche de sous-bois, à cent mètres et moins, exactement comme la .30-30 Winchester avec laquelle elle partage les carabines à levier. Au-delà, la trajectoire s'effondre.

Prix et disponibilité de la munition .35 Remington en France

Relevé du 15 septembre 2026 chez deux détaillants français, sur la même référence à ogive demi-blindée de 200 grains :

DétaillantBoîte de 20Le coupStock
Armurerie d'Auxerre66,35 €3,32 €disponible
Armurerie Douillet75,00 €3,75 €disponible en ligne
Prix publics relevés le 15 septembre 2026. Les tarifs et les stocks évoluent.

Trois euros et demi le coup, c'est le prix d'un calibre de niche. Chez le même détaillant, la même marque et la même gamme en .30-30 Winchester valent 35,45 € la boîte de 20, soit 1,77 € le coup : le .35 Remington revient 87 % plus cher au coup tiré. Mais la munition existe, elle est en rayon, et c'est précisément ce que ne peuvent plus dire le .25, le .30 et le .32 Remington, dont plus aucun fabricant ne charge la moindre boîte. Une seule marque tient la ligne, avec une seule ogive.

Quelle carabine en .35 Remington aujourd'hui

Deux constructeurs le chambrent encore au catalogue 2026, tous les deux américains, tous les deux sur des carabines à levier :

  • Henry H24 Signature Rifle, 1 300 $ de prix conseillé, boîte de culasse finie laiton.
  • Henry H9 Provider Rifle, 1 135 $, proposé en .30-30, .35 Rem, .360 Buckhammer et .38-55.

Et c'est tout. Le Marlin 336, arme historique du .35 Remington, a été relancé par Ruger sans ce calibre. Les quatre déclinaisons au catalogue, Classic 70504, SBL 70905, Trapper 70906 et Dark 70902, sont toutes en .30-30 Winchester. Le tireur français qui veut une carabine neuve dans ce calibre passe donc par l'importation ou par le marché de l'occasion, où les 336 et les Model 8 anciens circulent.

Carabine à levier et cartouches de .35 Remington sur un comptoir d'armurerie
Née pour une semi-automatique de 1905, la cartouche a passé le siècle dans des carabines à levier.

Recharger le .35 Remington : un culot sans équivalent

Nous avons comparé le culot du .35 Remington aux 215 fiches du tableau I. Ses 11,68 mm n'apparaissent sur aucune autre fiche. Les valeurs voisines sont à 11,80 mm, sur deux cartouches Mauser dont le corps est plus large encore.

La conséquence est directe : il n'existe aucun étui donneur. On ne reforme pas du .35 Remington à partir d'autre chose ; il faut de la douille de .35 Remington, neuve ou tirée. C'est le point de vigilance numéro un, avant même la poudre et l'ogive. Le reste est classique : ogive de 9,07 à 9,12 mm, pas de rayure de 406,00 mm, sept rayures, section de 63,84 mm², et surtout ce plafond de 2750 bar à ne jamais approcher de trop près sur une arme ancienne.

Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d'une cartouche et la lecture d'une table de rechargement.

En France : catégorie C

Une carabine à canon rayé en .35 Remington, à répétition manuelle et de onze coups au plus, relève de la catégorie C. Acquisition sur permis de chasser validé de l'année ou licence de tir en cours de validité, puis déclaration. L'ogive de 9,12 mm est très loin du seuil de 20 mm qui bascule en catégorie A1, et le calibre ne figure sur aucune liste nominative de la catégorie B.

Attention toutefois aux versions compactes : sous 45 cm de canon ou 80 cm de longueur totale, une arme de catégorie C bascule en catégorie B. Les carabines à levier courtes sont concernées, mesurez avant de conclure.

Ce que les trois autres ont laissé derrière elles

Voici le retournement de cette histoire. Les trois cartouches mortes ont légué leur culot ; la survivante, elle, ne laissera rien.

Le culot commun au .25, au .30 et au .32 Remington, 10,72 mm de bourrelet, 1,24 mm d'épaisseur, 9,09 de gorge d'extracteur, 0,84 de fond, se retrouve au centième près sur quatre cartouches modernes du même tableau I : le 6,8 mm Rem. SPC de 2006, le 6 mm D.B.G. de 2018, le .224 Valkyrie de 2019 et le .400 Legend de 2023. Toutes taillées pour le puits de chargeur d'une carabine semi-automatique moderne.

L'étui de 1906 a survécu à ses propres cartouches. Celui du .35 Remington, avec ses 11,68 mm qui n'existent nulle part ailleurs, n'a engendré personne. Il n'aura servi qu'à lui.

Pour quel profil le .35 Remington a un sens

Il a du sens si vous possédez déjà une carabine dans ce calibre, si vous chassez en battue ou à l'approche sous 100 mètres, et si le prix au coup ne vous arrête pas. À cette distance, ses 2 600 joules et son ogive large font parfaitement le travail sur le grand gibier, mieux qu'une .30-30 Winchester à masse égale.

Il n'en a pas si vous partez de zéro. Une carabine neuve se compte sur les doigts d'une main, la munition vient d'une seule source, et le .444 Marlin ou la .30-30 Winchester offrent le même usage avec dix fois plus de références en rayon. Le .35 Remington est une cartouche qu'on hérite, pas une cartouche qu'on choisit.

À lire aussi : la .30-30 Winchester, le .444 Marlin, et l'anatomie d'une cartouche.

Questions fréquentes

Le .35 Remington est-il encore fabriqué ?

Oui. C'est la seule des quatre cartouches sans bourrelet de Remington encore chargée en usine. Relevé du 15 septembre 2026 : entre 66,35 et 75,00 € la boîte de 20 chez deux détaillants français, en ogive demi-blindée de 200 grains, soit 3,32 à 3,75 € le coup.

Quelle est la pression maximale du .35 Remington ?

2750 bar, selon la fiche C.I.P. du 20 février 1991 révisée le 15 mai 2002. C'est la septième pression la plus basse des 215 fiches du tableau I, dont la médiane est à 4150 bar et le plafond à 4400.

Quel diamètre d'ogive pour le .35 Remington ?

9,12 mm au maximum selon la fiche, pour un fond de rayure de 9,07 mm et une âme de 8,86 mm. Le nom .35, soit 8,89 mm, désigne l'âme du canon et non le projectile, qui mesure 0,23 mm de plus.

Peut-on recharger le .35 Remington à partir d'un autre étui ?

Non. Son culot de 11,68 mm n'apparaît sur aucune autre fiche du tableau I de la C.I.P. Il n'existe donc pas d'étui donneur : il faut de la douille de .35 Remington, neuve ou déjà tirée.

Quelle différence entre .35 Remington et .358 Winchester ?

Le même projectile, à 0,01 mm près, dans deux étuis sans rapport. Le .358 travaille à 4050 bar contre 2750, pour 4270 joules retenus contre 2655, sur un étui de 51,18 mm et un culot de 12,01. Il est plus long de 6,47 mm hors tout.

Quelle carabine neuve en .35 Remington en 2026 ?

Deux modèles Henry à levier, le H24 Signature Rifle à 1 300 $ et le H9 Provider à 1 135 $ de prix conseillé. Le Marlin 336 relancé par Ruger ne propose que le .30-30 Winchester sur ses quatre déclinaisons.

Le .35 Remington est-il en catégorie C en France ?

Oui, sur une carabine à canon rayé à répétition manuelle de onze coups au plus ou à un coup par canon. Acquisition sur permis de chasser validé ou licence de tir, puis déclaration.

Pourquoi le .35 Remington a-t-il survécu et pas le .25, le .30 et le .32 ?

Parce qu'il est le seul des quatre à porter une ogive de gros diamètre, 9,12 mm, donc le seul à rester pertinent pour le grand gibier en sous-bois quand les carabines à levier l'ont adopté. Les trois autres se sont retrouvées en concurrence directe avec des calibres plus répandus.