Le chamois, l’isard et le mouflon se chassent sous plan de chasse, surtout à l’approche, avec une carabine de calibre tendu. L’ANCGG recommande une balle qui garde au moins 2 000 joules à 100 mètres, soit deux fois plus que pour le chevreuil, une zone vitale de 17 cm pour le chamois et une distance de tir limitée à 250 mètres. En montagne, la pente trompe la visée : il faut régler sa correction sur la distance horizontale, pas sur celle que donne le télémètre. Depuis un arrêté du 25 juin 2026, la battue et les chiens ne sont plus interdits par principe pour ces espèces, mais chaque fédération peut garder l’approche comme seul mode de chasse.
Cet article s’adresse au tireur qui prépare sa première chasse en montagne, ou qui veut fiabiliser son tir à distance. Il présente les espèces et les règles, puis le calibre, la balle, le réglage et la correction en pente. Un calculateur, plus bas, donne la distance horizontale et l’erreur d’impact à éviter.
Trois espèces, un même cadre
Le chamois vit dans les Alpes, le Jura, les Vosges et le Massif central, où il a été réintroduit ; l’isard, son cousin, est l’espèce des Pyrénées. Tous deux sont légers : de 25 à 38 kg pour une chèvre de chamois et jusqu’à une soixantaine de kilos pour un grand bouc, de 22 à 40 kg pour l’isard. Le mouflon, plus lourd, est originaire de Corse ; il a été introduit sur le continent dans plusieurs massifs, des Alpes au Caroux, dans l’Hérault, et au Cantal.
Les trois sont soumis à un plan de chasse obligatoire : chaque animal tiré doit correspondre à un bracelet attribué au territoire, et porter ce bracelet avant tout transport. Le plan a été étendu au chamois et à l’isard en 1989. La gestion est souvent qualitative, par classes d’âge et de sexe. En Isère, la fédération répartit les prélèvements de chamois par tiers entre mâles adultes, femelles adultes et jeunes, et fait présenter chaque animal tiré à une commission qui contrôle l’âge, le sexe et les mesures. Le fonctionnement des attributions est détaillé dans notre article sur le plan de chasse.
| Espèce, saison 2023-2024 | Attributions | Prélèvements | Réalisation | Premiers départements |
|---|---|---|---|---|
| Chamois | 16 654 | 12 701 | 76,3 % | Savoie, Hautes-Alpes, Haute-Savoie, Isère |
| Mouflon | 3 907 | 2 843 | 74,1 % | non repris |
| Isard | 3 604 | 2 494 | 69,2 % | Pyrénées-Orientales, Ariège |
Source : réseau Ongulés sauvages OFB-FNC-FDC, tableaux de chasse 2023-2024. La Savoie arrive en tête pour le chamois avec 2 569 animaux prélevés, devant les Hautes-Alpes, 2 029. Le tableau de l’isard a reculé de 10,4 % sur un an, celui du mouflon a progressé de 5,3 %.
Ce qui a changé en 2026 : battue et chiens
Jusqu’à l’été 2026, l’arrêté du 1er août 1986 interdisait la battue pour le chamois et l’isard, sauf dans l’Ain, les Alpes-Maritimes, la Haute-Savoie, le Territoire de Belfort et les Vosges, et l’emploi des chiens, sauf dans trois de ces départements. Une liste comparable existait pour le mouflon. L’arrêté du 25 juin 2026, publié au Journal officiel du 9 juillet, a abrogé ces restrictions.
L’ANCGG résume l’effet du texte : il « supprime l’interdiction de battue et de l’emploi des chiens », mais les fédérations « peuvent conserver la chasse à l’approche » comme seule modalité, par leur schéma départemental de gestion cynégétique. Dans la pratique, beaucoup de départements de montagne gardent l’approche et l’affût : le projet d’arrêté 2026-2027 du Cantal prévoit ainsi que la chasse du chamois et du mouflon « est pratiquée exclusivement à l’approche ou à l’affût ». Avant de partir, lisez le schéma et l’arrêté du département où vous chassez.
Les dates, elles aussi, sont départementales. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, le chamois ouvre le 1er septembre 2026 et la fermeture générale tombe le 10 janvier 2027 ; dans le Cantal, la saison court du 13 septembre 2026 au 28 février 2027. Aucune loi nationale n’interdit la chasse pendant le rut, de mi-novembre à fin décembre, mais l’ASPAS relève que quelques départements, comme la Drôme, les Hautes-Alpes ou la Savoie, ménagent une trêve en novembre. Notre article sur l’ouverture de la chasse donne les dates générales de chaque département.
Le calibre et la balle
Un chamois est un petit animal, mais il se tire souvent loin, en travers d’un vallon, parfois avec du vent. L’ANCGG, dans un dossier de sa revue Grande Faune consacré à la carabine d’approche, fixe des repères précis :
- une énergie d’au moins 2 000 joules à 100 mètres pour le chamois et le mouflon, contre 1 000 joules pour le chevreuil ;
- 1 000 joules de plus avec un canon court, ou pour tirer au-delà de 100 mètres ;
- une distance de tir limitée à 250 mètres ;
- une zone vitale de 170 mm pour le chamois.
Les calibres cités pour la montagne sont le .270 Winchester, le 7×64, le 7×65 R, le .30 R Blaser, le 7 mm Remington Magnum et le .300 Winchester Magnum. Les organisateurs de chasse en montagne citent aussi des calibres plus légers, comme le .243 Winchester, le 6,5 Creedmoor ou le 6×62 Frères, et demandent en général une lunette de grossissement 5 au moins. Le choix se fait en croisant l’énergie à la distance de tir et la tension de trajectoire : notre tableau des calibres par gibier et notre guide de la balle de chasse détaillent ces critères.
La précision compte autant. L’ANCGG demande pour la carabine d’approche un groupement de moins de 40 mm pour cinq balles à 100 mètres ; rapporté à une zone vitale de 170 mm, cela laisse peu de marge à 250 mètres, où le même groupe fait 10 cm. Un chamois blessé dans une barre rocheuse est souvent perdu : c’est la meilleure raison de renoncer à un tir trop long.

Régler sa carabine pour la montagne
La plupart des chasseurs de montagne règlent leur carabine à la distance de réglage optimale, la DRO : la balle frappe 4 cm au-dessus du point visé à 100 mètres, recoupe la ligne de visée vers 150 à 180 mètres selon les calibres, et reste dans la zone vitale sans correction jusqu’à cette distance. Certains organisateurs demandent un réglage à 200 mètres. Au-delà, il faut connaître la chute de sa balle : c’est là que le télémètre et une table de tir deviennent indispensables. Notre article sur le réglage d’une carabine de chasse détaille la méthode, et notre calculateur balistique établit la table de tir de votre munition.
Tirer en pente : la règle du tireur
En montagne, on tire rarement à plat. Or la gravité n’agit que sur la composante horizontale du trajet de la balle. Pour corriger sa visée, il faut donc retenir la distance horizontale, c’est-à-dire la distance mesurée multipliée par le cosinus de l’angle de tir. C’est la règle du tireur, qui vaut aussi bien vers le haut que vers le bas. À 300 mètres sous un angle de 30 degrés, la distance horizontale n’est que de 260 mètres.
L’erreur classique consiste à corriger pour la distance donnée par le télémètre : on vise trop haut, et la balle passe au-dessus de l’animal. L’ANCGG le rappelle à propos du réglage en DRO : pour les tirs obliques et de montagne à grande distance, le « viser plus bas » habituel doit être accentué. Beaucoup de télémètres récents affichent directement la distance corrigée de l’angle ; notre guide du télémètre laser explique comment la lire.
Quelle distance retenir pour un tir en pente ?
Distance horizontale à retenir : m
En corrigeant pour m au lieu de m, vous tireriez environ cm trop haut, avec une carabine réglée à +4 cm à 100 m.
Ce que cet outil ne fait pas : il applique la règle du tireur (distance horizontale égale à la distance mesurée multipliée par le cosinus de l’angle) et estime l’écart avec un modèle de trajectoire simplifié, pour trois profils de balle types. L’ordre de grandeur est juste, mais seule la table de tir de votre munition, vérifiée au stand, donne la correction exacte. Il ne tient compte ni du vent, ni de l’altitude, ni de la température.
Avec les valeurs par défaut, un chamois mesuré à 300 mètres sous un angle de 30 degrés se tire comme à 260 mètres. Corriger pour 300 mètres ferait passer la balle une dizaine de centimètres trop haut : sur une zone vitale de 17 cm, c’est la différence entre un animal au sol et un animal manqué, ou blessé. Et à 260 mètres, on est déjà au-delà de la limite conseillée par l’ANCGG.
L’approche en montagne
La chasse du chamois se joue surtout avant le tir. On part avant le jour pour être en place à la pointe de l’aube, on observe longuement aux jumelles et à la longue-vue pour choisir un animal conforme au bracelet, on juge le vent, puis on approche à couvert jusqu’à une distance raisonnable. Un appui stable, sac à dos ou bâton, fait plus pour la précision qu’une lunette puissante. Nos guides sur les jumelles de chasse, le bâton de tir et la chasse à l’approche reviennent sur ce matériel.
Pour un chasseur de plaine, le plus simple est de commencer accompagné. Des fédérations, des sociétés de chasse de montagne et des organisateurs proposent des journées ou des séjours guidés ; une agence affiche par exemple 2 690 € par chasseur pour deux jours de chasse au chamois dans le Cantal, avec guide, trois nuits d’hébergement et le prélèvement d’un adulte. L’ONF propose aussi des journées de chasse en forêt domaniale de montagne. Il faut en plus une validation couvrant le département, et une bonne condition physique.
BlackOpe est un média de tir. Les modes de chasse, les dates et les catégories de bracelets du chamois, de l’isard et du mouflon sont fixés par département. Avant de chasser, lisez le schéma départemental et l’arrêté préfectoral, et vérifiez votre réglage au stand, à la distance où vous comptez tirer.
À lire aussi : choisir une carabine de chasse, la portée dangereuse d’une balle, la chasse au cerf et l’équipement du chasseur.
Questions fréquentes
Est-ce que le chamois se chasse ?
Oui, en France, sous plan de chasse : chaque animal tiré correspond à un bracelet attribué au territoire. En 2023-2024, 12 701 chamois ont été prélevés pour 16 654 attributions, surtout en Savoie, dans les Hautes-Alpes, en Haute-Savoie et en Isère.
Quelle est la période de chasse au chamois ?
Elle est fixée par département, en général de septembre à la fin de l’hiver : dès le 1er septembre 2026 dans les Alpes-de-Haute-Provence, du 13 septembre 2026 au 28 février 2027 dans le Cantal. Certains départements ménagent une trêve pendant le rut, en novembre.
Quel calibre pour le chamois ?
Un calibre tendu qui garde au moins 2 000 joules à 100 mètres, selon l’ANCGG : .270 Winchester, 7×64, 7×65 R, 7 mm Remington Magnum ou .300 Winchester Magnum, par exemple. La précision et la distance de tir comptent autant que le calibre.
À quelle distance tirer un chamois ?
L’ANCGG conseille de ne pas dépasser 250 mètres, pour une zone vitale de 170 mm. En pente, la correction se règle sur la distance horizontale, plus courte que la distance mesurée.
Comment corriger un tir en montée ou en descente ?
On multiplie la distance mesurée par le cosinus de l’angle de tir, et l’on corrige pour cette distance horizontale. Corriger pour la distance mesurée fait tirer trop haut, en montée comme en descente.
Peut-on chasser le chamois en battue ?
Depuis l’arrêté du 25 juin 2026, la battue et les chiens ne sont plus interdits par principe pour le chamois, l’isard et le mouflon. Mais les fédérations peuvent garder l’approche comme seul mode de chasse dans leur schéma départemental.
Quel est le prix d’une chasse au chamois ?
Il varie beaucoup : quelques centaines d’euros pour un bracelet dans une société de chasse locale, plusieurs milliers pour un séjour guidé. Une agence affiche par exemple 2 690 € pour deux jours dans le Cantal, guide, hébergement et prélèvement d’un adulte compris.
Est-ce qu’on peut manger du chamois ?
Oui. Sa venaison est une viande maigre et fine, qui se prépare comme celle du chevreuil. L’animal doit être vidé rapidement après le tir, ce qui en montagne demande de l’organisation.
