À la chasse, une arme n’est sûre que déchargée et ouverte : fusil cassé, culasse ouverte. On ne la charge qu’au poste, après le signal de début de battue, et on la décharge pour tout déplacement, pour franchir une clôture ou un fossé, pour monter au mirador, pour approcher d’autres personnes et dès le signal de fin. Les gestes eux-mêmes tiennent en peu de règles : charger canons vers le sol à un mètre devant soi, approvisionner un semi-automatique ou une carabine canon vers le ciel, garder l’index hors de la détente, ne jamais se fier à la sûreté. Ce ne sont pas des détails : dans le bilan 2025-2026 de l’Office français de la biodiversité, les manipulations sont la deuxième cause d’accident, 27 % au grand gibier et 20 % au petit gibier, et les auto-accidents, où le tireur se blesse lui-même, pèsent 39 % des 92 accidents et 3 des 4 morts.
Cet article décrit les gestes, situation par situation et arme par arme, tels que les enseignent les fédérations départementales. Les obligations générales (gilet, angle de 30°, tir fichant) sont réunies dans notre article sur la sécurité à la chasse, et le détail des chiffres dans notre analyse du bilan des accidents de chasse.
Une arme sûre est une arme déchargée et ouverte
La règle de base est formulée de la même façon par toutes les fédérations : une arme n’est considérée comme non dangereuse que lorsqu’elle est déchargée et cassée, ou culasse ouverte, écrit la fédération des Bouches-du-Rhône. La fédération des Alpes-de-Haute-Provence en tire le corollaire, qui sert de critère éliminatoire à l’examen du permis : une arme fermée est et doit toujours être considérée comme chargée. Une arme fermée mais vide reste donc une arme chargée aux yeux de ceux qui vous entourent, et ils ont raison de le penser. Et les victimes des accidents de chasse sont d’abord les chasseurs eux-mêmes : 89 % en 2025-2026.
Ouvrir l’arme n’est pas une formalité. Le Chasseur Français rappelle qu’en franchissant un obstacle on peut glisser ou tomber, que la chute peut refermer l’arme et provoquer un départ de coup, et que le cran de sûreté peut être défaillant. Une arme ouverte ne peut pas tirer, et chacun le voit de loin. Le tableau suivant reprend l’état de l’arme à chaque moment d’une journée de chasse.
| Moment | État de l’arme | Source |
|---|---|---|
| Trajet en voiture | déchargée et non approvisionnée, sous étui ou démontée | article 5 de l’arrêté du 1er août 1986 |
| Rond du matin, rassemblement | déchargée, ouverte | fédérations 13 et 33 |
| Marche vers le poste, arme à la bretelle | déchargée, ouverte | fédérations 05 et 15 |
| Au poste, avant le signal | déchargée | fédération 13 |
| Au poste, après le signal | chargée, tenue des deux mains, jamais posée | fédération 05 |
| Clôture, fossé, passage glissant | déchargée, ouverte | fédérations 05, 13 et 15 |
| Monter ou descendre d’un mirador | déchargée, ouverte | fédération 05 |
| Parler à quelqu’un, récupérer les chiens | déchargée, ouverte | fédérations 05 et 33 |
| Poser l’arme sur un support | déchargée, ouverte | fédération 05 |
| Signal de fin de battue | déchargée sur-le-champ, avant de quitter le poste | fédérations 13 et 33 |
Les schémas départementaux de gestion cynégétique peuvent ajouter leurs propres règles : relisez celui de votre département, et les consignes du directeur de battue, avant la première sortie. Le principe, lui, ne change nulle part : on ne charge qu’en action de chasse, c’est-à-dire en situation de tirer, et la marche sur un terrain difficile n’en fait pas partie.
La sûreté n’est pas une sécurité
« Ne pas faire confiance à la sûreté de l’arme » : la consigne de la fédération des Hautes-Alpes tient en une ligne. Une sûreté bloque en général la détente ou la gâchette, pas toujours le percuteur, et elle peut s’user, se dérégler ou être désengagée par une branche. La vraie sûreté reste l’index, posé le long du pontet tant que la décision de tirer n’est pas prise, et l’arme ouverte dès qu’on ne chasse plus. Certaines carabines modernes ajoutent un armement manuel : l’arme reste désarmée tant que le chasseur ne pousse pas le curseur d’armement, ce qui réduit le risque d’un départ sur une chute, sans dispenser de décharger.
Les chutes sont précisément le point faible. Au petit gibier, le bilan 2025-2026 de l’OFB attribue 17 % des accidents à la chute de l’arme chargée et 13 % à la chute du chasseur, et l’Office insiste sur le port de l’arme en déplacement comme apprentissage indispensable. Après toute chute, on vérifie l’arme avant de la recharger : la fédération du Cantal le résume d’une formule, canon bouché égale canon éclaté.
Avant d’entrer dans le détail des gestes, le petit test ci-dessous vous place dans six situations concrètes. Les réponses suivent les consignes des fédérations citées dans cet article, et chacune est expliquée plus bas.
Testez vos réflexes de manipulation
Score : 0 / 6
Ce que ce test ne fait pas : il vérifie des réflexes, pas une compétence. Les bonnes réponses suivent les consignes publiées par les fédérations des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence, des Bouches-du-Rhône, du Cantal et de la Gironde ; le schéma départemental de votre département et les consignes du directeur de battue priment. Rien ne remplace une séance de manipulation avec un formateur de votre fédération.
Charger et décharger : les gestes par type d’arme
Toute manipulation commence par le choix d’une zone de sécurité, un espace où le maniement de l’arme ne présente aucun danger visible ou prévisible. Il faut prendre en compte son environnement et repérer les zones à risque : pas de personne, de véhicule, de maison ni de route dans la direction des canons. La fédération des Alpes-de-Haute-Provence ajoute que cette zone peut changer à tout moment, et qu’il faut la surveiller pendant le geste. Avant de charger, on vérifie l’intérieur des canons : un canon obstrué par de la terre ou de la neige peut éclater au départ du coup.
Le fusil basculant, juxtaposé ou superposé
Les canons sont dirigés vers le sol, à environ un mètre devant les pieds. La main qui tenait la longuesse recule sous la bascule, point d’équilibre de l’arme ; l’autre main introduit les cartouches puis revient sur la poignée, sans aucun doigt sur les détentes ni sur le pontet. On fait pivoter l’arme d’un quart de tour et on la referme en remontant la crosse vers les canons, les canons ne bougeant pas. C’est le geste qui distingue le chasseur formé : refermer en relevant les canons vers la crosse balaie l’horizon avec une arme chargée. On ne relève ensuite l’arme qu’après avoir vérifié que la zone n’a pas changé, en la suivant des yeux.
La carabine à verrou
On approvisionne le magasin canon vers le ciel, puis on ferme la culasse pour chambrer, canon vers le sol à un mètre devant soi. Pour décharger, on retire le chargeur ou on vide le magasin, on ouvre la culasse et on vérifie que la chambre est vide, à l’œil. Hors action de chasse, la carabine se porte culasse ouverte, ou culasse enlevée.
Le semi-automatique, fusil ou carabine
La fédération des Hautes-Alpes décrit la séquence pour un fusil semi-automatique limité à trois coups : vérifier que le magasin et la chambre sont vides, canon vers le ciel ; approvisionner le magasin avec deux cartouches ; fermer la culasse pour chambrer, puis introduire une troisième cartouche dans le magasin, toujours canon vers le ciel. C’est l’arme qui demande le plus d’attention au déchargement, parce qu’une cartouche peut rester dans le magasin ou dans la chambre : on vide l’un et l’autre, et on contrôle les deux à l’œil, culasse ouverte et maintenue en arrière.
Décharger, transmettre, ramasser
Le déchargement se fait dans l’ordre inverse du chargement, avec les mêmes précautions de direction. Une arme se transmet toujours ouverte et déchargée, tenue par la bascule ou par la longuesse pour que l’autre la prenne par la poignée : à l’examen du permis de chasser, rendre une arme fermée, même vide, est éliminatoire. Une cartouche tombée au sol se ramasse arme ouverte, jamais en se penchant avec une arme fermée dont les canons piquent vers le sol, ou vers ses pieds.
Se déplacer, franchir un obstacle, monter au mirador
Porter l’arme
En action de chasse, l’arme se tient des deux mains, canons hauts, une main sur la longuesse et l’autre sur la poignée, aucun doigt sur les détentes ou le pontet. Hors action de chasse, le fusil est cassé et vide, tenu par la bascule, posé sur l’avant-bras ou sur l’épaule ; la carabine est vide, culasse ouverte. La bretelle est un accessoire de transport pour une arme déchargée et ouverte : la fédération de la Gironde déconseille de porter une arme chargée ou approvisionnée à la bretelle, et celle du Cantal la proscrit en action de chasse.
Franchir une clôture, un fossé, un passage glissant
Une clôture, une haie, un fossé, un ruisseau ou un talus glissant se franchissent arme déchargée et ouverte, sans exception, y compris pour un pas. Seul, on ouvre et on décharge l’arme dans une zone de sécurité, on franchit en tenant l’arme ouverte, ou après l’avoir posée ouverte de l’autre côté, canons vers une zone sans danger, puis on vérifie les canons avant de recharger. À deux, on peut aussi se passer les armes ouvertes, l’un tenant les deux pendant que l’autre franchit. La vidéo ci-dessus, tournée par la fédération de la Sarthe, montre le geste complet.
Monter ou descendre d’un mirador
On monte et on descend arme déchargée. L’aide-mémoire de l’examen de chasse wallon, en Belgique, détaille le geste : chargeur dans la poche, arme portée en bandoulière canons vers le haut, et trois appuis sur l’échelle, une main et deux pieds ou deux mains et un pied ; quand le tireur est accompagné, il monte le premier et descend le dernier. En haut, on ne charge qu’une fois installé, et l’on matérialise ses angles de 30° comme sur un poste au sol, ce que rappelle la fédération des Bouches-du-Rhône. Les règles de l’affût et du tir depuis un mirador sont reprises dans notre article sur la chasse à l’approche et à l’affût.
Monter et descendre de voiture
L’article 5 de l’arrêté du 1er août 1986, dans sa version en vigueur depuis le 3 août 2025, impose que toute arme de chasse transportée à bord d’un véhicule soit placée sous étui ou démontée, et dans tous les cas déchargée et non approvisionnée : le magasin aussi doit être vide. On ne charge jamais en descendant de voiture, et l’arme se range dans l’étui ouverte, chambre et magasin vérifiés. Notre article sur le transport d’une arme en voiture détaille les règles hors chasse.
Au poste : tenir une arme chargée
Une fois au poste, on attend le signal de début avant de charger, dans une direction sans danger, puis on tient l’arme chargée des deux mains, en maîtrisant la direction des canons. Il est interdit de poser une arme chargée ou de l’abandonner sans surveillance, rappelle la fédération des Bouches-du-Rhône : ni contre un arbre, ni sur le rebord d’un mirador. On ne la tient jamais à l’horizontale, à hauteur d’homme, canons vers les autres postes ou la traque. Un support de tir, bâton ou trépied, ne change rien : l’arme chargée reste tenue des deux mains, rappelle la fédération des Hautes-Alpes. On ne quitte pas son poste pendant la traque, et on ne se déplace jamais arme chargée, ni avant, ni pendant, ni après la battue.

L’OFB pointe dans son bilan un effet tunnel au moment de viser : il faut regarder son environnement avant d’épauler, parce qu’ensuite on ne voit plus que l’animal. C’est aussi pourquoi on n’observe jamais à travers une lunette, ce qui revient à pointer l’arme sur ce que l’on regarde : notre guide de la lunette de battue y revient, et la règle des 30 degrés fixe les secteurs où l’on peut tirer.
Répéter les gestes à vide
Les bons gestes deviennent des réflexes à force de répétition, et c’est à vide qu’on les apprend. L’OFB relève que l’année de passage de l’examen, avec ses épreuves pratiques mises en place en 2003, semble être un facteur de baisse des accidents et des auto-accidents, et que la formation décennale y contribue plus modestement. Avec une arme vérifiée vide et des cartouches inertes, on répète l’ouverture, le chargement canons vers le sol, la fermeture en remontant la crosse, le franchissement d’une clôture, la montée à une échelle, jusqu’à ne plus y penser.
Une séance utile tient en dix minutes, arme vérifiée vide, les vraies cartouches rangées dans une autre pièce, le canon toujours dirigé vers un mur plein :
- ouvrir, vérifier les chambres, refermer en remontant la crosse, dix fois de suite, canons immobiles ;
- approvisionner et désapprovisionner une carabine ou un semi-automatique avec des cartouches inertes, en gardant le canon vers le haut ;
- épauler sur un repère, l’index le long du pontet, et ne le poser sur la détente qu’au dernier moment ;
- simuler une clôture avec une chaise : décharger, ouvrir, passer, vérifier les canons, recharger ;
- passer l’arme à un partenaire, ouverte, par la bascule ou la longuesse, et la reprendre par la poignée.
Faites-le aussi avec des gants : c’est en novembre, les doigts engourdis, que les gestes se dégradent.
Notre check-list pour préparer l’ouverture de la chasse place cet entraînement avant la première sortie, et le tir sur sanglier courant au stand permet de travailler l’épaulé avec les mêmes exigences de direction.
BlackOpe est un média de tir. Les consignes de cet article sont celles que publient les fédérations départementales et l’OFB ; elles ne remplacent ni le schéma départemental de gestion cynégétique de votre département, ni les consignes du directeur de battue, ni une séance de manipulation avec un formateur.
À lire aussi : la battue au grand gibier, l’examen du permis de chasser, le rôle du directeur de battue et la formation décennale.
Questions fréquentes
Quand doit-on décharger son arme à la chasse ?
Dès qu’on n’est plus en action de chasse : pour se déplacer, franchir un obstacle, monter au mirador, approcher d’autres personnes, récupérer les chiens, poser l’arme, et au signal de fin de battue. En voiture, l’arme est déchargée et non approvisionnée.
Comment franchir une clôture avec son arme ?
On décharge et on ouvre l’arme, puis on franchit en la tenant ouverte, ou après l’avoir posée ouverte de l’autre côté, canons vers une zone sans danger. On vérifie que les canons ne sont pas obstrués avant de recharger.
Peut-on porter son arme chargée à la bretelle ?
Non. Les fédérations réservent la bretelle à une arme déchargée et ouverte. Celle de la Gironde déconseille le port d’une arme chargée ou approvisionnée à la bretelle, celle du Cantal le proscrit en action de chasse.
Comment charger un fusil basculant en sécurité ?
Canons dirigés vers le sol à un mètre devant soi, main sous la bascule, on introduit les cartouches sans doigt sur les détentes, puis on referme en remontant la crosse vers les canons, qui ne bougent pas.
Faut-il se fier à la sûreté de son arme ?
Non. La sûreté peut céder, s’user ou être désengagée par une branche, et une chute peut refermer une arme. La seule garantie est une arme déchargée et ouverte, et l’index hors de la détente tant qu’on ne tire pas.
Comment monter dans un mirador avec son arme ?
Arme déchargée, chargeur dans la poche, arme portée canons vers le haut et trois appuis sur l’échelle. Si l’on est accompagné, le tireur monte le premier et descend le dernier. On ne charge qu’une fois installé en haut.
Comment transporter son arme de chasse en voiture ?
Sous étui ou démontée, et dans tous les cas déchargée et non approvisionnée, selon l’article 5 de l’arrêté du 1er août 1986 dans sa version de 2025. Le magasin doit donc être vide, pas seulement la chambre.
Que faire après une chute avec son arme ?
Ouvrir et décharger l’arme si elle ne l’était pas, puis vérifier que les canons ne sont pas obstrués par de la terre ou de la neige. Un canon bouché peut éclater au départ du coup. On ne recharge qu’après ce contrôle.
Quelle est la part des manipulations dans les accidents de chasse ?
Pour la saison 2025-2026, l’OFB les place en deuxième cause : 27 % des accidents au grand gibier et 20 % au petit gibier. Les auto-accidents représentent 39 % des 92 accidents et 3 des 4 accidents mortels.
Comment transmettre son arme à un autre chasseur ?
Toujours ouverte et déchargée, tenue par la bascule ou la longuesse, pour que l’autre la saisisse par la poignée. À l’examen du permis de chasser, rendre une arme fermée, même vide, est éliminatoire.
