La règle des 30° interdit de tirer, et même d’épauler, dans un angle de 30 degrés de part et d’autre de la direction d’un voisin de poste, d’une route, d’une habitation ou de tout autre danger. Pour le repérer, on fait cinq pas vers le danger, puis trois pas vers la zone de tir, et on y plante un piquet. Proposée par l’ANCGG dès 1986, elle n’est imposée par aucun texte national : elle devient obligatoire quand le schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) le prévoit, ce qui était le cas dans 37 départements en 2022. Elle reste pourtant la première cause d’accident au grand gibier : un tiers des accidents, et 4 des 11 décès de la saison 2024-2025 selon l’OFB.
Ce guide explique d’où vient la règle, ce qui la rend obligatoire ou non chez vous, comment la matérialiser au poste et comment tirer dans le bon secteur. Le cadre général est dans notre article sur la sécurité à la chasse.
Ce que dit la règle
La FNC la formule du point de vue du gibier qui sort de la traque : il « ne pourra être épaulé et tiré qu’après avoir franchi l’angle des 30° ». Le SDGC de l’Orne parle d’un angle de non-tir d’au moins 30° par rapport aux voisins « ou toute autre zone de danger », celui de la Haute-Garonne d’une zone de non-tir de 30° « par rapport à tout élément ». L’angle se compte donc à partir de chaque danger : le voisin de gauche, celui de droite, mais aussi un chemin, une route, une maison, un traqueur dont on connaît la position.
Quand les postes sont alignés sur une allée et qu’aucun autre danger n’existe, il reste au posté un secteur de 120 degrés devant lui. Chaque danger supplémentaire le réduit, et le tir en arrière de la ligne dépend des consignes données au rond.
D’où viennent ces 30 degrés
La règle a été proposée en 1986 par l’Association nationale des chasseurs de grand gibier (ANCGG), qui a ensuite milité pour l’inscrire dans la réglementation. Sa justification est balistique : presque toutes les balles ricochent, mais rarement très loin de leur axe. Dans l’essai de la fédération du Loir-et-Cher de 2014, sur 438 ricochets observés, seuls 2 % partaient à plus de 30° de la direction du tir. La FNC le résume ainsi : « Les munitions ricochent toujours mais les ricochets sont bien moins nombreux au-delà de cet angle. » La fédération des Pyrénées-Atlantiques précise le risque inverse : en deçà de 30°, le ricochet ramène souvent le projectile vers la ligne des chasseurs.
L’angle protège donc d’abord contre les tirs fratricides directs, un animal suivi au fusil jusqu’à la ligne des postés, et ensuite contre la plupart des ricochets. Il protège moins bien contre la chevrotine, dont les grains s’écartent davantage, et pas du tout d’un tir non fichant, qui peut porter à plusieurs kilomètres : notre article sur la portée dangereuse d’une balle de chasse donne les chiffres.
Obligatoire ou pas ?
Aucune loi ni aucun décret national n’impose l’angle de 30°. La loi du 24 juillet 2019 a créé trois règles de sécurité nationales, précisées par un arrêté du 5 octobre 2020 : le vêtement fluorescent en chasse collective au grand gibier, les panneaux temporaires le long des voies publiques et la remise à niveau décennale. Le plan sécurité présenté en janvier 2023 annonçait un cadre commun incluant le respect de l’angle de 30°, et une proposition de loi sénatoriale de février 2023 prévoyait sa matérialisation obligatoire ; ni l’un ni l’autre ne s’est traduit par un texte national à ce jour, à notre connaissance.
La règle vit donc dans les schémas départementaux, opposables aux chasseurs, comme l’essentiel des règles de sécurité détaillées dans notre rubrique réglementation et sécurité. En 2022, le rapport du Sénat sur la sécurité à la chasse comptait :
- le respect de l’angle obligatoire dans 37 SDGC, recommandé dans 26, non abordé dans 36 ;
- sa matérialisation obligatoire dans 11 SDGC, recommandée dans 27, non abordée dans 61.
Certains départements vont loin. L’Eure-et-Loir interdit de charger, décharger, épauler, viser et tirer à l’intérieur de l’angle, et exige que chaque chasseur puisse expliquer, lors d’un contrôle, comment il l’a repéré. Ne pas respecter une prescription du SDGC est une contravention de 4e classe, jusqu’à 750 € d’amende, sans compter la responsabilité pénale en cas d’accident. Même là où le schéma ne dit rien, le directeur de battue peut l’imposer, et le respecter reste la meilleure défense d’un tireur. Notre article sur le directeur de battue détaille ses responsabilités.
Matérialiser l’angle au poste : cinq pas, trois pas
La méthode enseignée à l’examen du permis tient en quelques gestes, que l’OFB et la FNC décrivent de la même façon. Sur une longue allée, un télémètre laser aide en plus à connaître la distance de chaque voisin :
- depuis votre poste, faites cinq pas en direction du danger, votre voisin par exemple ;
- tournez-vous vers la zone de tir et faites trois pas perpendiculairement ;
- plantez un piquet ou repérez un arbre à cet endroit : la ligne qui va de votre poste à ce repère marque la limite de l’angle ;
- recommencez de l’autre côté, et pour chaque autre danger.
Pourquoi trois pas pour cinq ? Parce que la tangente de 30° vaut 0,577, très proche de 3 divisé par 5, soit 0,6 : l’angle obtenu fait environ 31°, un peu plus que le minimum. L’outil ci-dessous vérifie l’angle que donnent vos propres pas, et montre la largeur de la zone interdite à hauteur de votre voisin.
Vérifier son angle de 30° au poste
Angle obtenu : °
À hauteur du danger, la zone interdite s’étend sur m devant lui.
Pas vers la zone de tir nécessaires pour 30° : .
Ce que cet outil ne fait pas : il calcule l’angle d’un triangle rectangle à partir de deux nombres de pas supposés égaux, sur un terrain plat, et la largeur de la zone interdite à la distance indiquée (distance multipliée par la tangente de l’angle). Il ne tient compte ni du relief, ni de la végétation, ni des autres dangers, et ne remplace ni les consignes du directeur de battue ni le schéma départemental.
Avec les valeurs par défaut, cinq pas et trois pas donnent 31°, et un voisin posté à 60 mètres se trouve au milieu d’une zone interdite qui s’étend à 36 mètres devant lui. Faire quatre pas et deux pas, un raccourci fréquent, ne donne que 27° : trop peu.
Pour que les repères restent visibles, beaucoup de fédérations distribuent des piquets orange : l’Orne en a fourni 10 000 paires à ses chasseurs, et la fédération d’Ille-et-Vilaine met des jalons à disposition. À défaut, un arbre ou une souche bien repérés font l’affaire, à condition de les voir depuis le poste en position de tir.

Tirer dans le bon secteur
L’angle se combine avec les autres règles du posté. La FNC en donne deux :
- le gibier qui sort de l’enceinte traquée ne peut être épaulé et tiré qu’après avoir franchi l’angle de 30° ;
- le chasseur posté ventre au bois ne tire pas dans la traque, mais seulement quand l’animal a sauté l’allée, au-delà de l’angle.
Le SDGC d’Eure-et-Loir ajoute que le tir doit se faire après que les animaux ont complètement franchi l’allée de tir, et à 30 mètres au plus du poste. On n’accompagne donc jamais un animal au fusil vers la ligne : on le laisse passer, on attend qu’il sorte de l’angle, et on tire seulement si le tir est fichant et l’animal identifié. Un sanglier qui longe l’allée sans jamais sortir de l’angle ne se tire pas. Notre article sur la battue au grand gibier détaille le déroulé complet, et celui sur le tir du sanglier courant comment s’entraîner à ce tir.
Ce que disent les bilans d’accidents
Les chiffres de l’OFB sont constants d’une saison à l’autre : le tir dans l’angle des 30° reste la première cause d’accident au grand gibier.
| Saison | Accidents | Dont mortels | Part de l’angle des 30° au grand gibier | Décès liés à l’angle |
|---|---|---|---|---|
| 2024-2025 | 100 | 11 | 33 % | 4 |
| 2025-2026 | 92 | 4 | 32 % | 1 |
Sources : bilans de l’accidentologie à la chasse de l’OFB, saison 2024-2025 et saison 2025-2026.
La saison 2025-2026 a enregistré le plus faible nombre d’accidents jamais relevé, mais la part de l’angle n’a pas baissé. La fédération du Loir-et-Cher évalue à un tiers la part des accidents mortels liés au non-respect de cet angle. Et selon le rapport du Sénat, les fautes graves de sécurité, tir dans l’angle, tir dans la traque, tir vers les habitations ou les routes, tir sans identifier, représentaient à elles seules 67 % des accidents de la saison 2021-2022.
BlackOpe est un média de tir. Le caractère obligatoire de l’angle des 30° et de sa matérialisation dépend du schéma départemental de gestion cynégétique : votre fédération le publie. Le tir sur cible mobile, qui apprend à laisser passer un animal avant de tirer, s’entraîne au stand, sur un sanglier courant quand le club en dispose : notre carte des stands de tir recense les pas de tir près de chez vous.
À lire aussi : les accidents de chasse, la formation décennale à la sécurité, la carabine de battue et la réglementation de la chasse.
Questions fréquentes
Quelle est la règle des 30° à la chasse ?
Il est interdit d’épauler et de tirer dans un angle de 30° de part et d’autre de la direction d’un voisin de poste ou de tout autre danger, route, chemin ou habitation. Un animal sortant de la traque ne se tire qu’après avoir franchi cet angle.
Comment calculer l’angle de 30 degrés à la chasse ?
Depuis le poste, faites cinq pas vers le danger, puis trois pas perpendiculairement vers la zone de tir, et placez un repère. La ligne entre le poste et ce repère marque la limite, à environ 31°. Recommencez pour chaque danger.
L’angle de 30° est-il obligatoire ?
Pas au niveau national. Il l’est quand le schéma départemental de gestion cynégétique l’impose, ce qui était le cas dans 37 départements en 2022, et il peut être imposé par le directeur de battue. Enfreindre le schéma est une contravention de 4e classe.
Faut-il matérialiser l’angle avec des piquets ?
Seulement si le schéma départemental l’exige, ce qui était le cas dans 11 départements en 2022. Partout ailleurs, c’est recommandé : un piquet orange ou un repère naturel visible depuis le poste évite de se tromper dans l’action.
Quels sont les angles de tir autorisés à la chasse ?
Tout ce qui reste hors des angles de 30° comptés depuis chaque danger. Avec deux voisins alignés et aucun autre danger, cela laisse un secteur de 120° devant le poste. Le tir doit en plus être fichant, sur un animal identifié.
Pourquoi 30 degrés et pas moins ?
Parce que les ricochets s’écartent rarement de plus de 30° de l’axe du tir : 2 % seulement sur 438 ricochets observés par la fédération du Loir-et-Cher. En deçà, un ricochet peut revenir vers la ligne des chasseurs.
Combien d’accidents sont liés à l’angle de 30° ?
Environ un tiers des accidents au grand gibier : 33 % en 2024-2025, avec 4 des 11 décès, et 32 % en 2025-2026, selon les bilans de l’OFB. C’est la première cause d’accident au grand gibier.
Qui a inventé la règle des 30° ?
L’Association nationale des chasseurs de grand gibier (ANCGG), qui l’a proposée dès 1986, avant qu’elle soit reprise par les fédérations et une partie des schémas départementaux.
