Le 9 mm Largo n’a pas de fiche à la C.I.P. Ni sous ce nom, ni sous celui de 9 × 23 Bergmann-Bayard, ni dans aucun des onze tableaux publics. Son voisin immédiat, le 9 mm Steyr, en a une depuis le 14 juin 1984.
Ce n’est pas un détail d’archiviste. Une fiche C.I.P. est le seul document qui fixe, en Europe, les cotes d’une cartouche et celles de la chambre qui la reçoit. Quand elle manque, il ne manque pas une ligne dans un catalogue : il manque la référence à laquelle comparer une arme. Voici ce que l’absence change, et ce que disent les fiches des voisines.
Onze tableaux, 665 fiches, et pas une à ce nom
Nous avons relevé les index publics des onze tableaux de la C.I.P. le 16 septembre 2026. Voici ce qu’ils contiennent.
| Tableau | Contenu | Fiches |
|---|---|---|
| I | Cartouches à gorge | 215 |
| II | Cartouches à bourrelet | 146 |
| III | Cartouches à culot renforcé | 40 |
| IV | Cartouches de pistolets et revolvers | 96 |
| V | Cartouches à percussion annulaire | 22 |
| VI | Cartouches à but industriel | 31 |
| VII | Cartouches à plomb | 56 |
| VIII | Cartouches d’armes d’alarme | 15 |
| IX | Cartouches à grenaille | 6 |
| X | Cartouches pour d’autres armes | 37 |
| XI | Cartouches sans étui | 1 |
| Total | Aucune fiche 9 mm Largo | 665 |
Le tableau IV en compte quatre-vingt-seize, et quatorze d’entre elles portent un nom qui commence par « 9 ». Le 9 mm Largo n’en fait pas partie. Il n’est pas davantage au tableau VI, où figure pourtant une entrée « 380 SB (9 × 23) » : celle-là est une cartouche de scellement, pas une munition d’arme de poing.
Restait une objection sérieuse : et si la cartouche figurait sous un autre nom ? La C.I.P. a prévu le cas. Ses fiches portent un champ « Marquage alternatif », qui recense les synonymes commerciaux : le .45 Auto y renvoie au .45 ACP, le 9 mm Luger au 9 × 19, la .308 Winchester au 7,62 × 51, le 9 mm Browning court au .380 ACP.
Nous avons dépouillé les 491 fiches des quatre tableaux d’armes à feu, texte intégral compris. Quarante-neuf d’entre elles remplissent ce champ, et aucune ne mentionne « Largo » ni « Bergmann », pas plus que le corps des fiches. L’absence n’est donc pas un problème de nom : c’est une absence.
Ce n’est pas une exception absolue. Nous avions déjà rencontré le cas avec le .17 Hornet : une cartouche peut exister, se vendre et se tirer sans figurer aux tables. Ce qui est particulier ici, c’est la densité du voisinage.
La place du Largo est occupée par un presque-jumeau
Huit fiches du tableau IV couvrent la tranche de 18,00 à 25,00 mm d’étui. Juste au-dessus du .38 Super Auto et juste en dessous du 9 mm Mauser, il y a le 9 mm Steyr, fiche du 14 juin 1984 révisée le 7 juin 2000, pays d’origine l’Autriche. Ses cotes :
- Étui : 23,20 mm. Le Largo est donné à 23,1.
- Longueur hors tout : 33,10 mm. Le Largo est donné à 33,53.
- Ogive maximale : 9,03 mm. Le Largo est donné à 9,0.
- Bourrelet : 9,70 mm. Le Largo est donné à 9,9.
Trois cotes sur quatre se tiennent dans quelques dixièmes. La quatrième est celle qui décide, et c’est celle qui diffère le plus. Le bourrelet, c’est la cote que la cuvette de culasse et l’extracteur doivent accepter : deux dixièmes de millimètre y comptent davantage qu’un demi-millimètre de longueur hors tout.
Le phénomène dépasse ces deux-là. Dix fiches du tableau IV donnent exactement la même ogive maximale, 9,03 mm. Leurs bourrelets vont de 9,70 à 12,10 mm, soit 2,40 mm d’écart. Le projectile est commun, le culot ne l’est pas. C’est pour cette raison que « 9 mm » ne désigne rien à lui seul, comme nous l’avions montré autrement avec les trois diamètres d’une .44.
Ce que l’absence de fiche change concrètement
Une fiche C.I.P. publie deux colonnes : CARTOUCHE MAXI et CHAMBRE MINI. C’est ce double jeu qui permet la seule méthode rigoureuse pour répondre à « est-ce que ça entre » : prendre la cartouche d’un calibre à son maximum, la chambre de l’autre à son minimum, et comparer ligne à ligne. Nous l’appliquons dans tous nos dossiers de calibre.
Elle est inapplicable ici, et définitivement. Il n’y a pas de colonne CHAMBRE MINI du 9 mm Largo, parce qu’il n’y a pas de fiche. Aucune tolérance officielle, aucun diamètre de cuvette, aucune longueur de chambre à étui, aucune cote de prise de rayures. Ce qui circule à la place, ce sont des relevés d’ouvrages et de sites, utiles pour se repérer, mais qui n’engagent personne et que rien ne révise.
Trois conséquences, dans l’ordre d’importance pour qui possède une arme :
- Le marquage du canon fait foi, et rien d’autre. Sur tous les calibres, nous écrivons que la fiche décrit sans autoriser. Ici, il n’y a même plus de fiche à opposer au marquage : la question se pose à un armurier, point.
- La munition n’est pas éprouvée sous ce nom. Les munitions vendues en Europe portent la mention C.I.P. parce qu’elles renvoient à une fiche. Sans fiche, pas de renvoi possible.
- Aucune pression maximale n’est fixée. Les onze autres 9 mm du tableau IV vont de 1350 à 3050 bar. Pour le Largo, il n’y a pas de plafond publié en Europe, et donc rien à comparer à une munition d’origine inconnue.
Les cotes qui circulent, et pourquoi elles ne valent pas une fiche
Le tableau de cotes le plus recopié sur le web pour ce calibre donne un étui de 23,1 mm, une base de 9,91, un bourrelet de 9,9, une ogive de 9,0, une longueur hors tout de 33,53 mm et une amorce de petit diamètre. Il donne aussi une épaisseur de bourrelet de 12,7 mm.
Faisons l’arithmétique. L’étui mesurerait 23,1 mm, dont 12,7 de bourrelet : plus de la moitié de la cartouche serait le culot. C’est impossible, et la valeur est manifestement un report d’un demi-pouce dans la mauvaise case. Sur une fiche C.I.P., cette cote s’appelle R et vaut typiquement 1,2 à 1,5 mm.
Nous ne relevons pas cette erreur pour le plaisir. Elle montre exactement ce qu’une fiche apporte : une autorité à laquelle comparer un chiffre. Sur une cartouche normalisée, une valeur absurde se détecte en une seconde parce qu’il existe un document de référence. Sur le 9 mm Largo, il n’y en a pas, et l’erreur se recopie de page en page depuis des années.
Le comparateur des 9 mm du tableau IV
L’outil donne, pour chaque 9 mm qui a une fiche, ce que le 9 mm Largo n’a pas : des cotes opposables. Il les compare aux valeurs qui circulent pour le Largo, et il rappelle à chaque ligne que la comparaison n’est normative que d’un seul côté.
Comparer au 9 mm Largo
Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches et applique une multiplication. Il ne dit jamais ce qui se chambre dans quoi, et il ne le pourrait pas ici : le 9 mm Largo n’a pas de colonne CHAMBRE MINI, donc aucune comparaison de chambrage n’est possible sur documents. Seul le marquage du canon fait foi. Les douze jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau IV, relevées le 16 septembre 2026. Les valeurs du 9 mm Largo ne viennent d’aucune fiche : elles circulent dans les ouvrages et ne sont pas normatives.
D’où vient le 9 mm Largo
La cartouche est dessinée en 1903 par Theodor Bergmann et Hugo Schmeisser, pour le pistolet Bergmann modèle 1905. L’Espagne l’adopte en 1905, et la production passe au belge Anciens Établissements Pieper, d’où le nom de Bergmann-Bayard. Le Danemark l’adopte à son tour.
Elle devient vraiment espagnole avec le Campo-Giro puis avec l’Astra 400 de 1921, un pistolet à culasse non calée reconnaissable à son tube, resté en service jusqu’aux années 1980, quand le 9 × 19 Parabellum l’a remplacé. C’est cette longévité qui explique qu’on en croise encore : ce sont des armes de service réformées, pas des raretés de collection.

Quelle arme, et le mythe de l’Astra qui avale tout
On lit partout que l’Astra 400 « accepte » plusieurs 9 mm différents : le 9 × 19, le 9 mm Steyr, le .38 Super, le 9 mm Browning long. La réputation est ancienne et tenace.
Ce dossier ne la confirme ni ne l’infirme, et c’est précisément le point. Pour la vérifier, il faudrait croiser la cartouche maximale de chacun de ces calibres avec la chambre minimale du 9 mm Largo. Cette colonne n’existe pas. Ce qui existe, en revanche, ce sont les bourrelets des candidats : 9,96 mm pour le 9 × 19, 9,70 pour le 9 mm Steyr, 10,31 pour le .38 Super, 10,20 pour le 9 mm Browning long. Quatre valeurs différentes sur six dixièmes de millimètre, à opposer à un chiffre que rien ne fixe.
La conclusion pratique est simple et elle ne souffre pas d’exception. Sur une arme d’occasion en 9 mm Largo, le marquage du canon se lit avant tout, et ce qu’on y met se décide avec un armurier, pas avec un tableau de cotes trouvé en ligne. C’est vrai de tous les calibres ; c’est deux fois vrai de celui-ci.
Prix et disponibilité du 9 mm Largo en France
Relevé du 16 septembre 2026 : aucun détaillant français consulté ne référence de munition 9 mm Largo, ni en neuf ni en surplus. Le calibre est produit par intermittence hors d’Europe, en ogive blindée de 115 ou 124 grains, et les stocks apparaissent et disparaissent.
Concrètement, cela range le 9 mm Largo dans une catégorie précise : c’est un calibre d’arme de collection ou de curiosité, pas un calibre de pratique. Celui qui achète une Astra 400 pour tirer régulièrement achète surtout un problème d’approvisionnement. Le contraste avec le 7,62 × 25 Tokarev, autre cartouche militaire européenne du début du siècle, est net : celui-là a une fiche C.I.P., du surplus abondant et des prix bas.
Recharger le 9 mm Largo
C’est la voie normale pour ce calibre, et souvent la seule. Les cotes utiles relevées dans les ouvrages sont une ogive de 9,0 mm, un étui de 23,1 mm, une longueur hors tout de 33,53 mm et une amorce de petit diamètre. Les projectiles sont ceux du 9 × 19, qui est le calibre le mieux fourni au monde en ogives.
Le point de vigilance n’est pas le composant, il est la référence. Aucune pression maximale n’est publiée en Europe pour ce calibre, donc aucune table de rechargement européenne ne s’y adosse. Les données disponibles viennent d’ailleurs, et elles visent des armes anciennes à culasse non calée dont l’état conditionne tout. Pour la méthode générale, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche, notre article sur la balistique du rechargement et la lecture d’une table de rechargement.
En France : catégorie B
Un pistolet semi-automatique en 9 mm Largo relève de la catégorie B : autorisation préfectorale préalable, licence de tir en cours de validité, avis favorable du club et pratique justifiée. L’absence de fiche C.I.P. ne change rien au classement : c’est l’arme, son mode de fonctionnement et sa capacité qui le déterminent, comme nous le détaillons dans notre dossier sur les catégories d’armes en France.
Une précision utile sur l’âge de l’arme. Un Astra 400 date de 1921 : le modèle est postérieur au 1er janvier 1900, donc la question de l’arme historique ne se pose pas, quelle que soit l’année de fabrication de l’exemplaire. Nous détaillons cette règle et ses exceptions dans notre dossier sur la catégorie D et les armes d’avant 1900.
Pour quel profil le 9 mm Largo a un sens
Il en a un si vous possédez déjà une arme espagnole d’ordonnance, que vous rechargez et que vous tirez peu. Les ogives sont celles du 9 × 19, les étuis se trouvent, et l’objet a une histoire qui vaut d’être conservée en état de tir.
Il n’en a pas si vous cherchez un calibre à pratiquer. Rien en rayon en France, pas de plafond de pression européen, pas de table de rechargement adossée à une norme, et une arme dont la mécanique demande un avis d’armurier avant la première cartouche.
Et il mérite d’être lu par qui consulte des fiches, pour ce qu’il révèle en creux. Quand nous écrivons qu’une fiche C.I.P. décrit une cartouche sans autoriser un chambrage, nous décrivons une limite. Ici, on voit ce qu’il reste quand on retire aussi la description : des chiffres sans auteur, dont l’un affirme qu’un bourrelet fait plus de la moitié de sa cartouche. La fiche ne dit pas tout, mais elle est ce à quoi on compare.
À lire aussi : le 7,62 × 25 Tokarev, le .45 ACP, et le .45 GAP.
Questions fréquentes
Le 9 mm Largo a-t-il une fiche C.I.P. ?
Non. Nous avons relevé les index publics des onze tableaux de la C.I.P. le 16 septembre 2026 : 665 fiches, et aucune sous le nom 9 mm Largo ni 9 × 23 Bergmann-Bayard. Nous avons aussi dépouillé le texte intégral des 491 fiches des quatre tableaux d’armes à feu, y compris le champ « Marquage alternatif » que quarante-neuf d’entre elles remplissent : aucune mention non plus.
Pourquoi est-ce important qu’une cartouche n’ait pas de fiche ?
Parce qu’une fiche C.I.P. publie deux colonnes, CARTOUCHE MAXI et CHAMBRE MINI, et que c’est ce double jeu qui permet de comparer une cartouche à une chambre. Sans fiche, il n’y a ni diamètre de cuvette, ni longueur de chambre à étui, ni prise de rayures, ni plafond de pression européen. Le marquage du canon reste seul à faire foi, et la question se pose à un armurier.
Quelle cartouche du catalogue C.I.P. ressemble le plus au 9 mm Largo ?
Le 9 mm Steyr, fiche du 14 juin 1984 révisée le 7 juin 2000, pays d’origine l’Autriche. Son étui mesure 23,20 mm contre 23,1 relevés pour le Largo, sa longueur hors tout 33,10 contre 33,53, son ogive maximale 9,03 contre 9,0. Mais son bourrelet vaut 9,70 mm contre 9,9, et c’est la cote qui décide de la cuvette de culasse.
Peut-on tirer du 9 × 19 dans un Astra 400 ?
Ce dossier ne répond pas à cette question, et c’est délibéré. Pour y répondre proprement il faudrait croiser la cartouche maximale du 9 × 19 avec la chambre minimale du 9 mm Largo, et cette colonne n’existe dans aucun document normatif. Sur une arme donnée, seul le marquage du canon fait foi, et la question se pose à un armurier, jamais à un tableau de cotes trouvé en ligne.
Quelles sont les cotes du 9 mm Largo ?
Celles qui circulent dans les ouvrages, et qui ne sont pas normatives : étui 23,1 mm, base 9,91, bourrelet 9,9, ogive 9,0, longueur hors tout 33,53 mm, amorce de petit diamètre. Le même tableau, très recopié, donne aussi une épaisseur de bourrelet de 12,7 mm, ce qui est impossible : elle ferait plus de la moitié de la longueur de l’étui.
Quelle pression maximale pour le 9 mm Largo ?
Aucune n’est publiée en Europe, puisqu’il n’y a pas de fiche. À titre de repère, les onze autres 9 mm du tableau IV vont de 1350 bar pour le 9 mm Steyr et le 9 mm Browning court à 3050 bar pour le .357 SIG. Le 9 × 19 Parabellum est à 2350 bar.
D’où vient le 9 mm Largo ?
Il est dessiné en 1903 par Theodor Bergmann et Hugo Schmeisser pour le pistolet Bergmann modèle 1905, adopté par l’Espagne en 1905, puis produit en Belgique par les Anciens Établissements Pieper, d’où le nom de Bergmann-Bayard. Il équipe ensuite le Campo-Giro puis l’Astra 400 de 1921, et reste en service espagnol jusqu’aux années 1980.
Trouve-t-on des munitions 9 mm Largo en France ?
Relevé du 16 septembre 2026 : aucun détaillant français consulté n’en référence, ni en neuf ni en surplus. Le calibre est produit par intermittence hors d’Europe, en ogive blindée de 115 ou 124 grains. C’est un calibre d’arme de collection, pas un calibre de pratique régulière.
Le 9 mm Largo se recharge-t-il ?
C’est souvent la seule voie. Les projectiles sont ceux du 9 × 19, qui est le calibre le mieux fourni au monde en ogives. Le point de vigilance n’est pas le composant mais la référence : aucune pression maximale n’étant publiée en Europe, aucune table de rechargement européenne ne s’y adosse, et les armes concernées sont des pistolets anciens à culasse non calée dont l’état conditionne tout.
En quelle catégorie est un pistolet en 9 mm Largo en France ?
En catégorie B, comme tout pistolet semi-automatique à percussion centrale : autorisation préfectorale préalable, licence de tir en cours de validité, avis favorable du club et pratique justifiée. L’absence de fiche C.I.P. ne change rien au classement, qui dépend de l’arme et non du calibre.
Un Astra 400 est-il une arme historique d’avant 1900 ?
Non. Le modèle date de 1921, donc il est postérieur au 1er janvier 1900, quelle que soit l’année de fabrication de l’exemplaire. La règle de l’arme historique vise le modèle, et elle comporte par ailleurs une liste d’exceptions et une réserve sur l’année de fabrication.
