Le .350 Legend travaille à 4300 bar. C’est exactement la pression maximale d’un .223 Remington, et c’est la plus élevée des huit cartouches à paroi droite du tableau I de la C.I.P. Pour tout ce travail, sa fiche retient 2600 joules. Un .35 Remington de 1906, qui plafonne à 2750 bar, en retient 2655.
Cinquante-six pour cent de pression en plus, cinquante-cinq joules de moins. Ce n’est pas un défaut de conception : c’est le prix d’un cahier des charges écrit par une loi de chasse américaine. Voici ce que dit la fiche, et ce que ça change pour un tireur français.
Une cartouche née d’une loi, pas d’un besoin balistique
Le .350 Legend est présenté par Winchester Ammunition en janvier 2019 et accepté par la SAAMI le 31 janvier 2019. La C.I.P. l’homologue plus tard, par une fiche du 21 avril 2020 au tableau I, celui des cartouches sans bourrelet.
Sa raison d’être tient en deux mots : paroi droite. Plusieurs États américains, l’Ohio, l’Iowa, l’Illinois et le sud de la péninsule inférieure du Michigan, n’autorisent la chasse au cerf qu’avec des cartouches à douille droite, héritage d’une époque où l’on voulait limiter la portée des tirs en terrain agricole. Le .350 Legend est une réponse d’ingénieur à un texte de loi.
Et cela se voit sur la fiche, ligne par ligne. Les cases L1 et L2, qui donnent les deux bouts de l’épaulement, sont vides. Celle du cône de raccordement aussi. Il n’y a pas d’épaulement du tout : l’étui descend de 9,92 mm au culot à 9,60 mm à la bouche, en ligne droite sur 43,43 mm.
Le culot d’un .223, le corps d’un .35
Le deuxième trait de conception est plus malin encore. Le bourrelet du .350 Legend mesure 9,60 mm. C’est, au centième, celui du .223 Remington, dont la fiche donne la même valeur. Autrement dit : une culasse d’AR-15 chambrée en .223 tient déjà ce culot-là. Rien à changer à la cuvette.
Sauf que le corps de l’étui, lui, fait 9,92 mm. Il est plus large que son propre bourrelet, de 0,32 mm. C’est ce qu’on appelle un bourrelet rebattu, et c’est ce qui permet de gagner du volume de poudre sans toucher à la tête de culasse. La longueur hors tout suit la même logique : 57,40 mm, soit 2,260 pouces, la cote maximale d’un puits de chargeur d’AR-15. Douze autres cartouches du tableau I la portent, du .204 Ruger au .450 Bushmaster, et le .224 Valkyrie est l’une d’elles.
Trois contraintes, donc, et toutes les trois extérieures à la balistique : une paroi droite imposée par la loi, un culot imposé par la culasse, une longueur imposée par le chargeur.
4300 bar pour 2600 joules : où passe la pression
Nous avons relevé la pression maximale des 215 fiches du tableau I et isolé celles dont la fiche ne publie ni L1 ni L2, c’est-à-dire les vraies parois droites. Elles sont huit, et voici les sept qui portent une pression.
| Cartouche | Pression maxi | Énergie retenue | Section d’âme | Hors tout |
|---|---|---|---|---|
| 350 Legend | 4300 bar | 2600 J | 62,46 mm² | 57,40 mm |
| 30 Court | 3650 bar | 1470 J | 47,40 mm² | 41,35 mm |
| 7,92 x 24 VBR | 3310 bar | 660 J | 47,40 mm² | 32,10 mm |
| 30 Carbine | 3200 bar | 1375 J | 47,40 mm² | 42,67 mm |
| 400 Legend | 3180 bar | 3200 J | 79,55 mm² | 57,40 mm |
| 450 Bushmaster | 2700 bar | 3950 J | 101,35 mm² | 57,40 mm |
| 12,7 x 42 | 2400 bar | 4000 J | 124,47 mm² | 57,15 mm |
Lisez les deux colonnes du milieu de haut en bas : la pression descend et l’énergie monte. Le .350 Legend est en haut de la colonne pression et en bas de la colonne énergie, à l’exception des trois petites cartouches de poing allongées. Le .450 Bushmaster travaille 1600 bar plus bas et retient 1350 joules de plus.
La raison tient dans la dernière colonne et dans une cote que la table ne montre pas : le volume. La section d’âme du .350 Legend fait 62,46 mm², contre 101,35 pour le .450 Bushmaster, et son étui n’a que 43,43 mm de long parce que les 57,40 mm hors tout doivent aussi loger l’ogive. Peu de volume derrière peu de surface : il ne reste que la pression pour produire du travail, et la pression seule ne fait pas des joules.
C’est exactement l’inverse du .35 Remington, qui tire la même ogive de 9,07 à 9,12 mm dans un étui de 48,77 mm et se contente de 2750 bar pour retenir 2655 joules. Le vieux calibre produit 0,97 joule par bar de pression autorisée, le moderne 0,60. Le .350 Legend n’est pas un .35 amélioré ; c’est un .35 comprimé dans un gabarit qui n’était pas fait pour lui.
Le .350 Legend face aux autres parois droites
L’outil ci-dessous compare les six autres cartouches à paroi droite du tableau I au .350 Legend, sur leurs fiches. Il répond à deux questions concrètes : est-ce que ça tient dans le même chargeur, et est-ce que ça demande la même culasse.
Comparer au .350 Legend
Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches, il ne dit pas ce qui se chambre dans quoi et ne remplace jamais le marquage de votre canon. Une même longueur hors tout ne rend pas deux cartouches interchangeables. Les sept jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau I, relevées le 15 septembre 2026. L’énergie retenue n’est pas une performance mesurée : c’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée.
Ce que donnent les munitions du commerce
La fiche retient 2600 joules. La munition la plus répandue, à ogive à pointe souple de 165 grains, est annoncée par son fabricant à 2200 pieds par seconde et 1773 pieds-livres dans un canon d’essai de 24 pouces, soit 671 m/s et 2 404 joules. La fiche est donc légèrement au-dessus de ce qui se charge réellement, ce qui est le rôle d’un plafond.
Le même fabricant publie 1309 pieds-livres à 100 yards et 952 à 200, soit 1 775 joules à 91 mètres et 1 291 à 183. La cartouche perd 26 % de son énergie sur les cent premiers mètres, ce qui est la signature d’une ogive large et lente. C’est une cartouche de moins de 150 mètres, ce qui était précisément l’objectif des lois qui l’ont fait naître.
Prix et disponibilité du .350 Legend en France
C’est ici que le décalage devient spectaculaire. Aux États-Unis, Savage Arms à lui seul catalogue treize modèles chambrés en .350 Legend, de 519 à 1 149 $ de prix conseillé. En France, relevé du 15 septembre 2026 :
- Une seule référence de munition chez les détaillants consultés, une ogive à pointe souple de 165 grains, à 88,00 € la boîte de 20, soit 4,40 € le coup.
- Aucune carabine neuve dans les catalogues français consultés, alors même que l’un d’eux vend la munition.
- Les composants de rechargement, eux, circulent : étuis vierges à 62 € les 100, ogives à 67 € les 100, jeux d’outils de rechargement de 116 à 146 €.
Pour situer : la même boîte de 20 en .30-30 Winchester coûte 35,45 € chez un détaillant français, et la .35 Remington, pourtant réputée rare, 66,35 €. Le .350 Legend est la plus chère des trois au coup tiré. Un calibre conçu pour être bon marché sur son marché d’origine devient, importé, le plus cher de sa catégorie.
Recharger le .350 Legend
Le rechargement est la voie logique pour qui possède l’arme, et l’offre de composants le confirme. Deux points de vigilance sortent directement de la fiche C.I.P.
Le premier est le sertissage. Une paroi droite n’a pas d’épaulement pour se caler dans la chambre : le .350 Legend prend appui sur la bouche de son étui. La longueur de l’étui, 43,43 mm avec une tolérance de 0,25 mm vers le bas, n’est donc pas une cote de confort, c’est la cote qui positionne la cartouche. Un étui recoupé trop court change la position de la munition dans la chambre.
Le second est le plafond. 4300 bar, c’est le haut du tableau pour une paroi droite, et une paroi droite n’a pas la géométrie qui lui permettrait d’encaisser davantage. Les cotes utiles : ogive de 9,07 mm, fond de rayure 9,02, âme 8,79, six rayures, pas de 406,40 mm soit un tour en seize pouces, épaisseur mini de fond 0,76 mm.
Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche, notre article sur la balistique du rechargement et la lecture d’une table de rechargement.
En France : catégorie C, et aucune raison réglementaire d’exister
Sur une carabine à canon rayé, à répétition manuelle et de onze coups au plus, le .350 Legend relève de la catégorie C : acquisition sur permis de chasser validé de l’année ou licence de tir en cours de validité, puis déclaration. Son ogive de 9,07 mm est très loin du seuil de 20 mm de la catégorie A1, et le calibre ne figure sur aucune liste nominative de la catégorie B.
Mais le point important est ailleurs. Le droit français ne connaît pas la notion de cartouche à paroi droite. Aucun département n’impose ce type de douille pour le grand gibier : l’arrêté du 1er août 1986 fixe un seuil d’énergie et un seuil de calibre, pas une forme d’étui. La contrainte qui a fait naître le .350 Legend n’existe tout simplement pas ici.
Et si la cartouche est montée sur une semi-automatique, la capacité du chargeur bascule l’arme en catégorie B, quel que soit le calibre. Le gabarit AR-15 qui fait tout l’intérêt du .350 Legend outre-Atlantique est, en France, la raison pour laquelle il est le plus compliqué à détenir.
Pour quel profil le .350 Legend a un sens
Il en a un si vous possédez déjà une arme dans ce calibre, importée ou héritée, et que vous rechargez. Les composants existent, la cartouche est facile à charger, le recul est modeste et l’efficacité à cent mètres n’est pas en cause.
Il n’en a pas si vous partez de zéro en France. La cartouche répond à une règle qui n’existe pas dans le droit français, elle coûte plus cher au coup que tout ce qui fait le même travail, aucune carabine neuve ne se trouve en rayon, et sa plateforme d’élection pose un problème de catégorie. Le .30-30 Winchester, le .35 Remington ou le .444 Marlin couvrent le même usage avec une filière en place.
Il reste passionnant pour qui lit des fiches. Peu de cartouches montrent aussi nettement qu’un calibre est d’abord une liste de contraintes : une loi, une culasse, un chargeur, et la balistique qui se débrouille avec ce qui reste.
À lire aussi : le .35 Remington, la .30-30 Winchester, et l’anatomie d’une cartouche.
Questions fréquentes
Quelle est la pression maximale du .350 Legend ?
4300 bar, selon la fiche C.I.P. du 21 avril 2020. C’est la pression la plus élevée des huit cartouches à paroi droite du tableau I de la C.I.P., et exactement celle du .223 Remington.
De quelle douille dérive le .350 Legend ?
D’aucune. C’est un étui neuf, mais son bourrelet de 9,60 mm est celui du .223 Remington au centième, ce qui lui permet d’utiliser une cuvette de culasse d’AR-15 sans modification. Son corps, à 9,92 mm, est plus large que son bourrelet : c’est un bourrelet rebattu.
Le .350 Legend est-il plus puissant qu’un .35 Remington ?
Non, selon les fiches C.I.P. Le .350 Legend retient 2600 joules à 4300 bar, le .35 Remington 2655 joules à 2750 bar. Le vieux calibre produit 0,97 joule par bar autorisé, le moderne 0,60, parce que son étui est plus court et sa section d’âme plus petite.
Pourquoi une cartouche à paroi droite ?
Parce que plusieurs États américains, dont l’Ohio, l’Iowa, l’Illinois et le sud de la péninsule inférieure du Michigan, n’autorisent la chasse au cerf qu’avec ce type de douille. Le droit français ne connaît pas cette notion : l’arrêté du 1er août 1986 fixe un seuil d’énergie et de calibre, pas une forme d’étui.
Trouve-t-on des munitions .350 Legend en France ?
Peu. Relevé du 15 septembre 2026 : une seule référence chez les détaillants consultés, à ogive à pointe souple de 165 grains, 88,00 € la boîte de 20, soit 4,40 € le coup. C’est plus cher au coup qu’une .30-30 Winchester à 1,77 € ou qu’un .35 Remington à 3,32 €.
Quelle carabine en .350 Legend ?
Aux États-Unis, Savage Arms catalogue à lui seul treize modèles de 519 à 1 149 $. En France, aucune carabine neuve n’apparaît dans les catalogues consultés le 15 septembre 2026, y compris chez le détaillant qui vend la munition.
Quel diamètre d’ogive pour le .350 Legend ?
9,07 mm au maximum selon la fiche, pour un fond de rayure de 9,02 mm et une âme de 8,79 mm. C’est la même famille que le .35 Remington et le .358 Winchester, à cinq centièmes près.
Le .350 Legend est-il en catégorie C en France ?
Oui sur une carabine à canon rayé à répétition manuelle de onze coups au plus ou à un coup par canon. Sur une semi-automatique, c’est la capacité du chargeur qui décide, et l’arme bascule alors en catégorie B quel que soit le calibre.
