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Le .32 S&W et ses faux amis : ne plus confondre les calibres 32

Cartouches de calibre 32 S&W et leurs faux amis

Le .32 S&W est une cartouche de revolver à bourrelet née en 1878, la plus courte d’une famille de quatre qui s’emboîtent vers le haut : .32 S&W, .32 S&W Long, .32 H&R Magnum, .327 Federal Magnum. Tout le reste de ce qui s’appelle « 32 » ne rentre pas dans cette famille, et deux de ces faux amis ont déjà fait éclater des barillets.

C’est un des coins les plus piégeux de la nomenclature. Sous l’étiquette « calibre 32 » se rangent des cartouches de revolver américaines, une cartouche britannique du XIXe, une cartouche de pistolet semi-automatique, une cartouche de carabine à levier, une cartouche militaire russe, et même une jauge de fusil de chasse qui n’a rien à voir avec des armes de poing. Cette page trie tout ça, avec les cotes, et donne le critère de reconnaissance qui tranche en trois secondes.

L’escalier des .32 de revolver

Quatre cartouches américaines partagent le même diamètre d’ogive, 7,9 mm, et le même bourrelet de 9,5 mm. Elles ne se distinguent que par la longueur de l’étui, chacune allongeant la précédente. C’est exactement la logique du .38 Special et du .357 Magnum, transposée d’un cran plus bas.

CartoucheAnnéeÉtuiOgiveUsage typique
.32 S&W187815 mm7,9 mmRevolvers de poche anciens
.32 S&W Long189623,4 mm7,9 mmTir sportif de précision
.32 H&R Magnum198427,3 mm7,9 mmPetit gibier, défense
.327 Federal Magnum200730 mm7,9 mmLe haut de la famille

La règle est celle de toute cartouche à bourrelet dans un barillet : une cartouche plus courte que la chambre se tire, une plus longue ne rentre pas. Un revolver en .327 Federal Magnum avale donc les quatre. Un revolver en .32 S&W n’avale que le .32 S&W. Et la pression suit la même hiérarchie, ce qui explique pourquoi le sens de lecture ne s’inverse jamais : le .327 travaille à un niveau que les carcasses de 1878 n’ont jamais vu.

L’escalier des .32 de revolver Les quatre étuis de la famille .32 représentés à l’échelle, de 15 à 30 mm. L’escalier des .32 de revolver, étuis à l’échelle .32 S&W 1878 15,0 mm .32 S&W Long 1896 23,4 mm .32 H&R Magnum 1984 27,3 mm .327 Federal Magnum 2007 30,0 mm Même ogive de 7,9 mm, même bourrelet de 9,5 mm : seul l’étui s’allonge. Un barillet accepte tout ce qui est plus court que sa chambre, jamais l’inverse.
Les quatre étuis de la famille .32, représentés à l’échelle.

Le .32 S&W Long mérite une mention à part. Sa douceur et sa régularité en ont fait pendant des décennies une cartouche de tir sportif de précision à 25 mètres, chargée en ogive wadcutter. C’est la seule de la famille qu’un tireur français rencontre encore couramment sur un pas de tir.

Ce que votre barillet accepte

Ce que fait cet outil : il applique la hiérarchie des longueurs d’étui de la famille, et signale les cartouches qui n’appartiennent pas à cette famille. Ce qu’il ne fait pas : il ne lit pas le marquage de votre arme, ne tient pas compte de son état ni de son âge, et ne dit rien du cas particulier du .32 ACP, que certains revolvers modernes acceptent sur lunettes selon leur fabricant. Le chambrage se lit sur le canon ou le barillet. Sur une arme ancienne, la seule réponse fiable est celle d’un armurier.

Le piège du .320, celui qui trompe tout le monde

Posez côte à côte un .32 S&W et un .320 Revolver britannique : mêmes proportions, même allure de petite cartouche à bourrelet, longueurs quasi identiques. Et pourtant ce ne sont pas les mêmes munitions, contrairement à ce que répètent des dizaines de pages et de fils de forum.

 .32 S&W.320 Revolver
OrigineSmith & Wesson, 1878Webley, 1868
Étui au culotenviron 8,5 mmenviron 8,1 mm
Ogive7,9 mm, rentrée dans l’étuienviron 8,05 mm, à talon
AmorçageSmall pistolBerdan à l’origine

Le critère qui tranche sans pied à coulisse tient en une phrase : sur le .320, l’ogive a le même diamètre que l’étui, comme sur une .22 LR, parce que c’est une balle à talon posée par-dessus. Sur le .32 S&W, l’ogive est plus étroite que l’étui et rentre dedans, comme sur un .38 Special. Regardez la jonction entre le plomb et le laiton : si elle est lisse et continue, vous tenez du .320.

Reconnaître un .320 d’un .32 S&W Comparaison des jonctions ogive-étui : lisse sur le .320, avec ressaut sur le .32 S&W. Reconnaître un .320 d’un .32 S&W en trois secondes Regardez la jonction entre le plomb et le laiton. .320 Revolver aucun ressaut Jonction LISSE : l’ogive fait le même diamètre que l’étui, environ 8,1 mm. Balle à talon, comme une .22 LR. ressaut .32 S&W RESSAUT visible : l’ogive de 7,9 mm rentre dans un étui de 8,5 à 8,6 mm, comme sur un .38 Special.
Le critère de reconnaissance : jonction lisse sur le .320, ressaut sur le .32 S&W.

Les cotes publiées se recoupent. Les fiches de la Commission internationale permanente donnent le collet du .320 court à 8,12 mm et du .320 long à 8,00 mm, quand le corps d’étui du .32 S&W tourne autour de 8,5 à 8,6 mm. L’écart est de quatre à six dixièmes, invisible à l’oeil nu mais parfaitement mesurable, et il suffit à disqualifier l’équivalence. Un dernier détail de vocabulaire pour finir de brouiller les pistes : le .320 est souvent appelé « .32 Short Colt », un abus de langage installé depuis les années 1870 et que même les manuels reprennent.

Cartouches de calibre .32 S&W et faux amis côte à côte
La jonction entre l’ogive et l’étui suffit souvent à trancher.

Les autres faux amis du chiffre 32

Le .32 ACP, alias 7,65 Browning, est une cartouche de pistolet semi-automatique à gorge, pas de revolver. C’est le faux ami le plus fréquent parce que le nom américain contient bien « 32 ». Il a sa propre page, les trois 7,65 à ne plus confondre, et il n’est pas traité ici.

Le 7,62 Nagant est une cartouche militaire russe à étui tronconique dont le collet vient recouvrir l’ogive, principe du barillet qui avance à l’armement. Des tireurs chambrent du .32 S&W Long ou du .32 H&R dans un Nagant 1895 faute de munition : les étuis ressortent gonflés, parfois fendus, et le plomb crache à la jonction. Ça marche au sens où le coup part. Ça ne marche pas au sens où l’arme et le tireur y gagnent quelque chose.

Le .32-20 Winchester est une cartouche de carabine à levier de 1882, bien plus longue et bien plus énergique. Elle apparaît dans les mêmes listes alphabétiques que les .32 de revolver et n’a aucun rapport avec elles.

Le calibre 32 lisse, enfin, n’est pas un .32 du tout. C’est une jauge de fusil, celle qu’on appelle aussi 14 mm, avec une âme de 13,36 mm. Un tireur qui cherche des cartouches de « calibre 32 » sur un catalogue tombera indifféremment sur des munitions de revolver et sur des cartouches de carabine de jardin. Rien ne les relie.

Ce que dit la loi française

Une arme de poing chambrée en .32 est par défaut une arme de catégorie B : autorisation préfectorale et conditions liées au motif de détention. Pour le tir sportif, la licence et l’avis préalable suivent des règles distinctes selon qu’il s’agit d’une première demande ou d’un renouvellement ; trois séances annuelles ne sont pas une obligation réglementaire générale. C’est le régime de tout revolver moderne, .32 S&W Long de compétition compris.

L’exception concerne les modèles anciens, et c’est là que la plupart des pages se trompent encore. La règle actuelle vient de l’arrêté du 24 août 2018 : une arme dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900 relève de la catégorie D au titre des armes historiques, sauf si elle figure au tableau des armes de dangerosité avérée annexé à cet arrêté, complété en 2023. Le critère est donc une liste nominative, pas la règle générale sur les munitions à percussion centrale encore commercialisées qu’on lit sur quantité de sites marchands, et qui relève de l’ancienne doctrine.

La doctrine de classement donne un exemple qui tombe exactement sur notre sujet : un revolver H.D.H., arme belge de la fin du XIXe siècle, bascule en catégorie B quand il est chambré en 6,35 ou en 7,65 Browning, mais reste en catégorie D lorsqu’il est chambré en .32 S&W. Même arme, même époque, deux régimes, selon la cartouche. C’est la meilleure raison qui soit de savoir identifier ce qu’on a dans la main.

Pour chaque profil, le bon .32

Pour le tir de précision à 25 mètres, choisir le .32 S&W Long. Recul quasi nul, régularité remarquable, ogives wadcutter qui découpent proprement la cible. C’est la seule de la famille qui a une vraie vie sportive.

Pour le petit gibier et la polyvalence, choisir le .327 Federal Magnum. Il tire les quatre cartouches de la famille, ce qui permet de s’entraîner en .32 S&W Long et de charger lourd quand il le faut. En France, la contrainte est de trouver l’arme et la munition, pas la balistique.

Pour la collection, choisir le .32 S&W. C’est la cartouche des petits revolvers de poche de la Belle Époque, souvent en catégorie D, et il s’en recharge encore. Les munitions d’origine de la fin du XIXe siècle, elles, sont des objets de vitrine et ne se tirent pas, quel que soit leur état apparent.

Recharger les .32 : composants et points de vigilance

Le rechargement est souvent la seule façon de faire vivre ces calibres, particulièrement le .32 S&W dont l’offre commerciale est mince. Tout se trouve : étuis neufs, amorces small pistol, ogives plomb de 7,9 mm en wadcutter, semi-wadcutter ou ogivale. Les poudres vives du marché français couvrent ces petites capacités, chez Vectan comme chez Vihtavuori.

Trois vigilances propres à la famille. La première est l’étui : les quatre cartouches partagent le même diamètre, et un étui de .32 S&W Long ressemble à s’y méprendre à un .32 H&R Magnum une fois désamorcé. On trie par longueur, au pied à coulisse, jamais à l’oeil. La deuxième est le volume utile, minuscule sur le .32 S&W, où une double charge reste physiquement possible : on éclaire chaque étui avant de poser l’ogive, sans exception. La troisième tient aux armes anciennes, dont les aciers n’ont pas été calculés pour les pressions modernes, et pour lesquelles un chargement de catalogue contemporain n’est pas transposable.

Les charges de poudre ne se lisent pas ici. Elles se lisent dans la table officielle du fabricant de poudre, jamais dans un forum ni dans un article de blog, celui-ci compris. Sur une arme de collection, la question précède même la table : c’est celle de l’état du métal, et elle se pose à un armurier. Notre guide sur l’anatomie d’une cartouche détaille chaque élément, et la comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée aide à trancher sur des calibres aussi confidentiels.

BlackOpe est un média de tir sportif : nous ne vendons ni armes ni munitions et ne touchons aucune commission. Pour tirer près de chez vous, la carte des stands recense les clubs par département.

À lire aussi : notre page sur les trois 7,65 à ne plus confondre, le guide de l’arme de catégorie B et le dossier sur le revolver à poudre noire.

Le classement d’une pièce ancienne mérite une vérification distincte de sa munition : voir notre dossier sur les armes antérieures à 1900. La FFTir explique la réforme des avis préalables de 2020.

Extrait historique de Maitre Luger (12 juin 2020), de 0 min 12 à 1 min 15, sur une famille de revolvers anciens. Il ne permet pas de valider la compatibilité d’une cartouche avec une arme particulière. Voir « Smith & Wesson .32 DA – Revolver à Canon Basculant » sur YouTube.

Questions fréquentes

Quelle différence entre le .32 S&W et le .32 S&W Long ?

Uniquement la longueur de l’étui : 15 mm contre 23,4 mm, pour la même ogive de 7,9 mm. Le Long se tire dans une chambre prévue pour lui ou plus longue, jamais dans une chambre de .32 S&W court.

Peut-on tirer du .32 S&W dans un revolver .327 Federal Magnum ?

Oui. Un chambrage .327 accepte les quatre cartouches de la famille, du .32 S&W au .327 lui-même. L’inverse est interdit : une cartouche plus longue que la chambre ne se tire jamais.

Le .320 et le .32 S&W sont-ils la même cartouche ?

Non, malgré ce qu’on lit souvent. Le corps d’étui du .320 tourne autour de 8,1 mm contre 8,5 à 8,6 mm pour le .32 S&W, et le .320 utilise une balle à talon du diamètre de l’étui. Ce sont deux munitions distinctes.

Comment reconnaître un .320 d’un .32 S&W en trois secondes ?

Regardez la jonction entre l’ogive et l’étui. Sur le .320 elle est lisse et continue, l’ogive faisant le même diamètre que l’étui. Sur le .32 S&W l’ogive est plus étroite et rentre dans l’étui, avec un ressaut visible.

Le .32 ACP fait-il partie de cette famille ?

Non. Le .32 ACP est le 7,65 Browning, une cartouche de pistolet semi-automatique à gorge, sans bourrelet de revolver. Seul le chiffre 32 les rapproche, et il induit en erreur.

Un revolver en .32 est-il en catégorie B ?

Oui pour toute arme de poing moderne, avec autorisation préfectorale et licence de tir. Un modèle antérieur à 1900 relève en revanche de la catégorie D, sauf s’il figure au tableau des armes de dangerosité avérée de l’arrêté du 24 août 2018.

Le calibre 32 des fusils est-il lié au .32 S&W ?

Aucun rapport. Le calibre 32 lisse est une jauge de fusil de chasse, aussi appelée 14 mm, avec une âme de 13,36 mm. Le .32 S&W est une cartouche de revolver à ogive de 7,9 mm.

Peut-on tirer du .32 S&W Long dans un Nagant 1895 ?

La cartouche entre, mais l’étui du Nagant est tronconique et son collet recouvre l’ogive. Les étuis de .32 ressortent gonflés, parfois fendus, avec des projections de plomb. Ce n’est pas une équivalence recommandable.