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Arme avant 1900 : la règle de la catégorie D et ses exceptions

Arme avant 1900, fusil et revolver historiques de catégorie D

Une arme dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900 relève de la catégorie D : achat libre, aucune licence, aucune déclaration. La règle tient en une ligne, et c’est précisément le problème : elle est vraie, elle est citée partout, et elle est trouée d’exceptions que presque personne n’énonce.

Un revolver français modèle 1892 n’est pas en catégorie D. Un Colt Single Action 1873 l’est ou ne l’est pas selon son numéro de série. Un pistolet Bergmann de 1901, pourtant postérieur à 1900, y est. Ces trois phrases sortent du même arrêté, et elles décident si vous pouvez acheter l’arme comme un livre ou s’il vous faut une autorisation préfectorale.

La règle, et le mot qui la rend fausse neuf fois sur dix

Le texte est l’article R311-2 du code de la sécurité intérieure, rubrique e de la catégorie D : sont libres à l’acquisition et à la détention les « armes historiques et de collection dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900 ».

Le mot qui compte est modèle. Pas l’exemplaire, pas l’année de fabrication de la pièce que vous avez en main. Un fusil Lebel modèle 1886 sorti d’usine en 1916 reste un modèle de 1886. À l’inverse, un pistolet fabriqué en 1898 sur un modèle déposé en 1901 n’est pas une arme d’avant 1900. C’est la date de conception du modèle qui tranche, et elle se lit dans la désignation de l’arme, pas sur le marquage de l’exemplaire.

Mais le même texte ajoute aussitôt une réserve : « à l’exception de celles classées dans une autre catégorie, en raison de leur dangerosité avérée, notamment en raison de leur année de fabrication ». L’année de fabrication, écartée pour poser la règle, revient donc par la porte de l’exception. C’est ce paradoxe apparent qui explique les numéros de série plus bas.

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La liste noire : ce qui date d’avant 1900 sans être en catégorie D

L’arrêté du 24 août 2018, dont l’annexe a été modifiée par un arrêté du 4 juillet 2025, porte deux tableaux. Le tableau B énumère les modèles antérieurs à 1900 qui restent classés en A, B ou C selon leurs caractéristiques. En voici l’essentiel.

ArmeÉtendue de l’exclusion
Toutes les armes automatiquesQuels que soient la marque, le modèle et le calibre
Mauser C96, dit pistolet 1896Tous modèles, tous calibres
Revolver français modèle 1892 (MAS)Tous modèles en 8 mm Lebel, sauf les modèles dits « à pompe »
Colt Single Action 1873Les exemplaires dont le numéro de série dépasse 192 000
Colt New Service, Smith & Wesson Hand EjectorSelon les modèles listés
Tout revolver modifié pour le .22 à percussion annulaireToutes marques, tous modèles
Système Mauser 1898, système Mosin-Nagant 1891, système BerthierToutes armes utilisant ces systèmes, toutes marques, tous calibres
Winchester 1892, Marlin 1894, Winchester 1894Tous modèles, tous calibres
Winchester 1895 « contrat russe »En 7,62 x 54 R
Winchester 1897Toute arme dont le canon fait 60 cm ou moins
Savage 1899Les exemplaires dont le numéro de série dépasse 429 000
Tableau B de l’annexe I de l’arrêté du 24 août 2018, dans sa rédaction issue de l’arrêté du 4 juillet 2025.

Regardez la ligne des systèmes. Elle ne vise pas un modèle mais une mécanique : toute arme qui utilise le système Mauser 1898, le système Mosin-Nagant 1891 ou le système Berthier sort de la catégorie D, quelle que soit la marque qui l’a fabriquée et quel que soit le calibre. Cela couvre une part considérable de ce qui circule en bourse aux armes sous l’étiquette « arme ancienne ».

Deux numéros de série qui changent tout

Le Colt Single Action 1873 et le Savage 1899 sont traités autrement que les autres, et c’est là que la réserve sur l’année de fabrication prend son sens concret. Le modèle est bien antérieur à 1900 dans les deux cas. Ce qui décide, c’est le numéro de série de votre exemplaire : au-delà de 192 000 pour le Colt, au-delà de 429 000 pour le Savage, l’arme quitte la catégorie D.

La logique est limpide une fois énoncée : un numéro haut signifie une fabrication tardive, donc des aciers modernes, donc une arme capable d’encaisser des munitions d’aujourd’hui. Deux Colt 1873 identiques d’aspect, posés côte à côte sur la même table, peuvent relever de deux régimes différents. Sur une arme de ce type, le premier réflexe n’est pas d’ouvrir le portefeuille, c’est de relever le numéro et de le comparer au seuil.

L’inverse existe aussi : des armes postérieures à 1900 en catégorie D

Le tableau A du même arrêté fait le chemin dans l’autre sens, et c’est lui qui intéresse le plus les amateurs d’armes de collection. Il énumère des armes dont le modèle est postérieur au 1er janvier 1900 et qui sont malgré tout classées en catégorie D, au titre de leur intérêt culturel, historique ou scientifique. On y trouve par exemple le pistolet semi-automatique Bergmann Simplex de 1901, la carabine Luger Parabellum 1900-1902 en 7,65, le pistolet Adler de 1905 ou le Mann de 1919.

Cette liste est limitative. Une arme postérieure à 1900 qui n’y figure pas n’est pas en catégorie D, même si elle a cent vingt ans et même si un vendeur vous affirme le contraire. Et la liste bouge : c’est elle que l’arrêté du 4 juillet 2025 est venu modifier.

Les munitions ne suivent pas automatiquement l’arme

Erreur classique du débutant en armes anciennes : croire qu’une arme en catégorie D donne accès librement à ses munitions. Le code traite les munitions dans des rubriques distinctes.

Sont en catégorie D les éléments de munitions sans étui métallique conçus pour les armes à poudre noire des rubriques e et f. Le sont aussi les munitions à étui ou culot métallique à percussion centrale chargées à poudre noire et fabriquées avant 1900, ainsi que celles à étui ou culot métallique conçues pour les armes à poudre noire autres qu’à percussion centrale. Autrement dit, la munition moderne du commerce, chargée à la poudre sans fumée, ne devient pas libre parce qu’elle entre dans une arme ancienne. Elle suit son propre classement.

Le sujet des reproductions obéit encore à une autre règle, celle de la munition sans étui métallique, que nous traitons en détail dans notre article sur le revolver à poudre noire.

Arme avant 1900, revolver et fusil historiques de catégorie D posés sur un établi
Même modèle, même apparence : sur certaines armes, c’est le numéro de série qui décide de la catégorie.

Importer une arme ancienne : le passage par Saint-Étienne

Point que les annonces venues de l’étranger passent volontiers sous silence. L’article 3 de l’arrêté du 24 août 2018 impose que les armes historiques et de collection importées d’un pays tiers à l’Union européenne soient soumises, préalablement à leur mise sur le marché, à l’expertise du Banc national d’épreuve de Saint-Étienne. L’expertise vérifie que l’arme répond bien aux conditions de l’article 2, c’est-à-dire qu’elle est réellement dans le champ de la catégorie D.

L’arme de collection est remise ou expédiée au Banc, qui la restitue une fois l’expertise faite. Une pièce achetée aux États-Unis et expédiée directement chez vous n’a pas franchi cette étape. Le fait qu’elle soit arrivée ne prouve rien sur son classement.

Ce que « libre » veut dire, et ce qu’il ne veut pas dire

Une arme correctement classée en catégorie D s’achète sans permis de chasser, sans licence de tir, sans autorisation et sans déclaration : l’acquisition et la détention sont libres pour un majeur. Elle n’apparaît pas dans votre râtelier numérique et ne demande aucune démarche au SIA. Si vous héritez d’une pièce dont le classement est incertain, la procédure à suivre est celle de la déclaration d’une arme non déclarée, et elle commence par l’identification.

Ce qui reste encadré, en revanche : le transport, qui exige un motif légitime comme pour n’importe quelle arme, et le port, qui est interdit. Se promener avec un sabre de cavalerie dans la voiture parce qu’il est en vente libre est une mauvaise lecture du texte. Le stockage n’est pas réglementé au même titre que pour les catégories B et C, mais une arme ancienne fonctionnelle reste une arme : hors de portée des enfants, de préférence sous clé.

Dernier chiffre à connaître, parce qu’il vient d’une autre date que 1900. Les matériels de guerre dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1946 relèvent de la catégorie D à condition que leur neutralisation soit effectivement garantie par les procédés définis par arrêté du ministre de la défense. Au-delà de 1946, il faut en plus que le matériel figure sur une liste. Deux dates, deux régimes, et beaucoup de confusion en salle des ventes.

Vérifier une arme d’avant 1900

L’outil applique la rubrique e de la catégorie D et le tableau B de l’arrêté du 24 août 2018. Il répond à une seule question, celle qui coince à l’achat.

Cette arme ancienne est-elle en categorie D ?

Ce que fait cet outil : il applique la rubrique e de la categorie D et la logique des deux tableaux de l’arrete du 24 aout 2018, modifie le 4 juillet 2025. Logique verifiee sur 10 cas de reference avant mise en ligne. Ce qu’il ne fait pas : il ne contient pas les tableaux eux-memes, ne lit pas les numeros de serie, et ne traite ni les reproductions (rubrique f), ni les materiels de guerre neutralises (rubriques k et l), ni les munitions. Il ne remplace ni le Referentiel General des Armes, ni un armurier, ni le Banc national d’epreuve de Saint-Etienne. Sources : article R311-2 du code de la securite interieure et arrete du 24 aout 2018, consultes sur Legifrance le 15 septembre 2026.

À lire aussi

Le tour complet de la catégorie D et de ce qui y est vraiment libre, la grammaire d’ensemble dans notre guide du classement des armes en France, et le cas des reproductions dans notre article sur les championnats du monde d’armes anciennes.

Questions fréquentes

Une arme d’avant 1900 est-elle vraiment en vente libre ?

Oui dans la règle générale : le modèle antérieur au 1er janvier 1900 relève de la catégorie D, sans licence ni déclaration. Mais l’arrêté du 24 août 2018 exclut par liste une série de modèles pourtant antérieurs à 1900, pour dangerosité avérée.

C’est la date du modèle ou celle de l’exemplaire qui compte ?

Celle du modèle. Un Lebel 1886 fabriqué en 1916 reste un modèle de 1886. L’année de fabrication de l’exemplaire ne revient que par l’exception de dangerosité avérée, qui s’appuie notamment sur elle pour certains modèles listés.

Pourquoi le revolver français modèle 1892 n’est-il pas en catégorie D ?

Parce qu’il figure au tableau B de l’annexe de l’arrêté du 24 août 2018, qui l’exclut de la catégorie D pour dangerosité avérée. Tous les modèles en 8 mm Lebel sont visés, à l’exception des modèles dits « à pompe ».

Pourquoi le numéro de série d’un Colt 1873 change-t-il sa catégorie ?

Parce qu’un numéro élevé signale une fabrication tardive, avec des aciers plus modernes. Au-delà du numéro 192 000, le Colt Single Action 1873 sort de la catégorie D. Le Savage 1899 suit la même logique au-delà de 429 000.

Une arme postérieure à 1900 peut-elle être en catégorie D ?

Oui, si elle figure au tableau A de l’arrêté du 24 août 2018, au titre de son intérêt culturel, historique ou scientifique. On y trouve notamment le Bergmann Simplex de 1901 et la carabine Luger Parabellum 1900-1902. La liste est limitative.

Les munitions d’une arme ancienne sont-elles libres aussi ?

Pas automatiquement. Sont libres les éléments de munitions sans étui métallique pour armes à poudre noire, et les munitions à étui ou culot métallique à percussion centrale chargées à poudre noire et fabriquées avant 1900. Une munition moderne suit son propre classement.

Faut-il déclarer une arme d’avant 1900 au SIA ?

Non. Une arme correctement classée en catégorie D ne se déclare pas, n’apparaît pas au râtelier numérique et n’exige aucune démarche au SIA. L’acquéreur doit simplement être majeur.

Peut-on transporter librement une arme ancienne ?

Non. La vente libre ne vaut pas liberté de transport : il faut un motif légitime, comme pour toute arme, et le port est interdit. Une arme ancienne posée dans une voiture sans raison valable expose à des poursuites.

Une arme ancienne achetée hors d’Europe arrive-t-elle en règle ?

Pas nécessairement. Les armes historiques importées d’un pays tiers à l’Union européenne doivent être expertisées par le Banc national d’épreuve de Saint-Étienne avant mise sur le marché. Une livraison directe n’a pas franchi cette étape.

Quelle est la date limite pour un matériel de guerre ?

1946, et non 1900. Un matériel de guerre dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1946 relève de la catégorie D si sa neutralisation est garantie par les procédés définis par arrêté. Au-delà de 1946, il doit en plus figurer sur une liste.

Cet article s’appuie sur l’article R311-2 du code de la sécurité intérieure et sur l’arrêté du 24 août 2018 fixant le régime des armes historiques et de collection, dans sa rédaction issue de l’arrêté du 4 juillet 2025, consultés le 15 septembre 2026. Les deux tableaux de l’annexe sont longs et évoluent : avant un achat, vérifiez le modèle exact et son numéro de série auprès d’un armurier. Vous cherchez où tirer ? Notre carte des stands de tir recense les clubs par département.