Le calibre 28 figure aujourd’hui au catalogue de plusieurs grands fabricants de fusils. Il tire une vingtaine de grammes de plomb en 28/70, et son diamètre minimal normalisé ne doit pas être confondu avec le résultat théorique du calcul de jauge.
Deux choses le rendent intéressant. La première est qu’il redevient un vrai choix de chasse, à contre-courant du sort réservé aux autres petites jauges. La seconde est plus technique et personne ne la relève : c’est l’exception arithmétique du système des jauges, et c’est vérifiable au dixième de millimètre.
L’anomalie du 28, calculée
La convention des jauges est simple : le numéro est le nombre de balles rondes au diamètre de l’âme qu’on obtient dans une livre de plomb de 453,59 g. Appliquée aux cotes d’usage que reprennent catalogues et armuriers, elle tombe juste presque partout. Presque.
| Jauge | Calcul théorique | Cote d’usage | Écart |
|---|---|---|---|
| 10 | 19,69 mm | 19,7 mm | 0,01 mm |
| 12 | 18,53 mm | 18,5 mm | 0,03 mm |
| 16 | 16,84 mm | 16,8 mm | 0,04 mm |
| 20 | 15,63 mm | 15,6 mm | 0,03 mm |
| 28 | 13,97 mm | 13,8 mm | 0,17 mm |
Un mot sur cette cote d’usage, parce que c’est là que niche la confusion. Aucune convention internationale de 1911 n’a fixé ces diamètres : ce qui existe, ce sont les Gun Barrel Proof Acts britanniques du XIXe siècle, puis la C.I.P., fondée le 15 juillet 1914. Et la C.I.P. ne publie pas un diamètre nominal : elle publie un diamètre d’âme minimal assorti d’une tolérance. Sa fiche Tab. VII du calibre 28, établie le 14 juin 1984 et révisée le 17 mai 2017, retient B = 13,80 mm avec 0,50 mm de tolérance. Autrement dit, les 13,8 mm que tout le monde cite pour le 28 sont exactement le plancher C.I.P. : un canon conforme mesure entre 13,80 et 14,30 mm.
Quatre jauges sur cinq tombent à moins de cinq centièmes de millimètre du calcul. Le 28 s’en écarte de dix-sept centièmes, soit plus de quatre fois le plus grand écart des autres.
Il n’y a rien de mystérieux là-dedans, seulement un rappel utile : une jauge est une convention de fonderie du XIXe siècle, pas une cote d’atelier, et le 28 est arrivé tard dans la normalisation. Pour le tireur, la conséquence pratique est nulle : la valeur qui fait foi est celle de la norme, 13,8 mm, et l’arme est de toute façon marquée. Pour celui qui identifie un fusil ancien à la bouche, elle ne l’est pas du tout. Le système des jauges et du chambrage est détaillé sur notre page dédiée.
Ne pas confondre le 28 et le 14 mm
C’est la question qui revient le plus sur les forums, et la réponse est nette : ce sont deux calibres différents. Le 14 mm est l’autre nom du calibre 32, celui des carabines de jardin, un cran en dessous du 28. Les catalogues d’époque donnaient d’ailleurs 13,1 mm pour le 14 mm contre 14,4 mm pour le 28, soit plus d’un millimètre d’écart.
La différence d’usage est plus parlante encore. Le 28 est un calibre de fusil de chasse, monté sur des juxtaposés et des superposés à deux coups, avec lequel on chasse le gibier à plume au vol. Le 14 mm est un calibre de carabine monocoup, fait pour tirer au posé à courte distance. Rien à voir, et un fusil marqué 28 ne prend pas de cartouches de 14 mm.

Chambrage et charges
Le 28/70 est courant, mais les armes modernes ne s’y limitent pas : Benelli a notamment présenté un Super Black Eagle 3 en calibre 28 avec chambre de 3 pouces (76 mm) en 2022. Des chambres de 65 mm existent sur des armes anciennes. La longueur ne suffit pas à confirmer la compatibilité : respectez les marquages, la notice et les prescriptions du fabricant ; en cas de doute, faites vérifier l’arme par un armurier.
Sur les charges, les sources ne s’accordent pas, et autant le dire franchement plutôt que d’inventer un chiffre. Le chargement historique tournait autour de 18 g de plomb. Aujourd’hui, 21 g est la référence courante, et les encartoucheurs annoncent des gammes qui montent à 24 g, parfois davantage selon les catalogues. Cette dispersion tient au fait que le 28 a été relancé récemment et que chacun charge à sa main. Le repère utile est donc l’étiquette de la boîte, pas une moyenne de forum.
L’offre en cartouches est en revanche large et variée : plomb en numéros fins pour la grive et la bécasse, chargements dispersants, plomb nickelé, et même de la balle et du ball-trap. C’est le signe d’un calibre vivant, pas d’une survivance.
Le 28 contre le .410
C’est le vrai match des petits calibres, et il n’est pas serré. Le 28 loge plus de plomb dans une section plus large, ce qui lui donne une gerbe plus fournie à distance égale, et l’offre de cartouches y est plus riche. Le .410 garde deux atouts : des armes encore plus fines, et une longueur d’étui qui permet du chargement magnum surprenant pour son diamètre.
Le choix se joue sur ce qu’on veut. Le 28 est un calibre de chasse à part entière, capable sur perdrix, faisan, bécasse et lapin dans les distances réelles du terrain. Le .410 est un exercice de style, très gratifiant quand on le maîtrise, plus punitif quand on rate. À noter que le 28 est le seul des deux dont le comportement se rapproche vraiment de celui d’une jauge supérieure, sans en avoir le poids ni le recul.
Le calibre que les fabricants ont fait revenir
C’est ce qui distingue le 28 de toutes les autres petites jauges. Là où les grands noms ont abandonné les jauges intermédiaires, ils proposent aujourd’hui des superposés et des juxtaposés neufs en 28, dans plusieurs longueurs de canon. Le mouvement rappelle ce qui s’est passé avec le calibre 20 il y a quelques décennies, avec la même logique : des chasseurs qui cherchent une arme légère et une chasse plus fine, pas un calibre au rabais.
Sur le plan légal, rien de particulier : un juxtaposé ou un superposé de 28 est une arme de catégorie C au sens du code de la sécurité intérieure, soumise à déclaration sur permis de chasser validé ou licence de tir.
Pour chaque profil, le bon arbitrage
Pour la chasse fine à la bécasse et à la grive, choisir le 28. Arme légère, plomb en numéros fins, gerbe suffisante aux distances de sous-bois. C’est son terrain naturel et il y est excellent.
Pour un achat neuf en petit calibre, choisir le 28 plutôt que le .410. Le parc d’armes est plus large, les munitions aussi, et la marge d’erreur au tir est nettement plus confortable.
Pour la hutte et l’acier, regarder ailleurs. La section d’âme ne laisse pas la place aux colonnes hautes qu’imposent les substituts au plomb. Ce n’est pas une question de puissance mais de volume disponible dans l’étui.
Recharger le calibre 28 : composants et points de vigilance
Le 28 se recharge, et c’est même une pratique répandue chez ceux qui tirent beaucoup en petit calibre, parce que la cartouche du commerce y coûte plus cher qu’en jauge courante. Les composants existent : étuis de 70 mm, amorces de type fusil, bourres dimensionnées pour la jauge, plomb de chasse en numéros fins. Les poudres du marché français couvrent ces charges, chez Vectan comme chez Nobelsport.
Deux vigilances dominent. La hauteur de colonne d’abord, qui devient critique très vite sur une section aussi étroite : chercher à égaler les charges d’une jauge supérieure produit une colonne haute qui se déforme au départ du coup et gâche la gerbe avant la sortie du canon. Le tri des composants ensuite, parce que les bourres de 28 et celles des jauges voisines se ressemblent assez pour passer presque, et le presque suffit à ruiner un lot. Le choke mérite aussi plus d’attention qu’ailleurs, la marge étant plus mince.
Les charges de poudre ne se lisent pas ici. Elles se lisent dans la table officielle du fabricant de poudre, jamais dans un forum ni dans un article de blog, celui-ci compris. Notre guide de la composition d’une cartouche détaille chaque étage, et la comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée prend tout son sens sur un calibre où la munition du commerce est chère.
BlackOpe est un média de tir sportif : nous ne vendons ni armes ni munitions et ne touchons aucune commission. Pour tirer près de chez vous, la carte des stands recense les clubs par département.
À lire aussi : le système des jauges et du chambrage, notre guide du calibre .410, le calibre 24, qui fait exactement l’inverse du 28 et le dossier sur la chevrotine.
Questions fréquentes
Quel est le diamètre d’un canon de calibre 28 ?
La cote d’usage est de 13,8 mm, quand le calcul de la livre de plomb donne 13,97 mm et que certaines sources annoncent 14,0 mm. La C.I.P. retient un diamètre d’âme minimal de 13,80 mm avec 0,50 mm de tolérance : Cette comparaison ne porte que sur les cinq jauges du tableau et ne remplace pas les dimensions et tolérances normalisées.
Le calibre 28 et le 14 mm sont-ils la même chose ?
Non. Le 14 mm est l’autre nom du calibre 32, celui des carabines de jardin monocoup. Le 28 est un calibre de fusil de chasse, plus large d’environ un millimètre, et les cartouches ne sont pas interchangeables.
Quelle charge de plomb dans une cartouche de calibre 28 ?
Autour de 21 g aujourd’hui, contre 18 g historiquement, avec des gammes qui montent à 24 g selon les encartoucheurs. Les catalogues ne s’accordent pas : fiez-vous à l’étiquette de la boîte plutôt qu’à une moyenne.
Le calibre 28 est-il suffisant pour la chasse ?
Oui sur le gibier à plume et le lapin, aux distances réelles du terrain. Il est capable sur perdrix, faisan et bécasse, et son intérêt tient au poids de l’arme autant qu’à la finesse de la gerbe.
Vaut-il mieux un calibre 28 ou un .410 ?
Le 28 pour la chasse, sans hésiter : plus de plomb, gerbe plus fournie, offre de cartouches plus riche et marge d’erreur plus large. Le .410 reste un exercice de style pour tireur confirmé.
Trouve-t-on des fusils neufs en calibre 28 ?
Oui. Les grands fabricants le proposent dans leurs gammes de superposés et de juxtaposés, dans plusieurs longueurs de canon.
Quel chambrage pour un fusil de calibre 28 ?
On rencontre notamment le 28/70 et des modèles modernes en 28/76, ainsi que des chambres anciennes de 65 mm. Vérifiez les marquages et la notice de l’arme ; un armurier doit lever tout doute sur la compatibilité.
Un fusil de calibre 28 est-il en catégorie C ?
Les fusils modernes juxtaposés ou superposés à un coup par canon relèvent généralement de la catégorie C, sous réserve des caractéristiques et exceptions réglementaires. Le classement d’un semi-automatique dépend d’autres critères : il faut vérifier le modèle exact et sa fiche RGA. Les conditions sont présentées sur Service-Public.
Quelle est la portée d’un calibre 28 ?
Identique à celle des grosses jauges : la distance utile dépend du plomb et du choke, pas du calibre. Avec une charge autour de 21 g, le 28 remplit moins la gerbe, ce qui raccourcit la marge d’erreur sans raccourcir la portée.
