Le calibre 24 est une jauge de fusil de chasse à âme de 14,7 mm, glissée entre le 20 et le 28, et sortie des catalogues français au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Deux encartoucheurs la chargent encore, un français et un italien. Son classement dépend du modèle exact : généralement catégorie C pour un fusil moderne à un coup par canon, avec un régime distinct possible pour certains modèles historiques.
C’est le calibre dont on hérite. Un juxtaposé qui dormait dans une armoire, des poinçons à moitié effacés, et personne pour dire ce qu’on peut y mettre. La bonne nouvelle est que la C.I.P. le normalise toujours, avec des cotes publiées et trois chambrages. La mauvaise est que la boîte de cartouches ne se trouve pas au rayon d’à côté, et qu’une recherche en ligne tombe neuf fois sur dix sur autre chose.
La seule jauge qui tombe juste sur son propre calcul
Le chiffre d’une jauge n’est pas une mesure, c’est un rang dans une convention de fondeur : le nombre de balles rondes au diamètre de l’âme qu’on obtient dans une livre de plomb de 453,59 g. Vingt-quatre balles donnent, calcul fait, une âme de 14,71 mm.
La fiche C.I.P. du calibre 24 retient un diamètre d’âme minimal de 14,70 mm, assorti d’une tolérance de 0,50 mm. Un centième de millimètre d’écart avec le calcul. Sur les sept jauges que la C.I.P. normalise et qu’un tireur français rencontre encore, aucune autre ne serre son propre calcul d’aussi près.
Il faut lire ce graphique pour ce qu’il est. La C.I.P. ne publie pas un diamètre nominal, elle publie un plancher : un canon conforme mesure entre 14,70 et 15,20 mm. Ce qui distingue le 24, c’est que son plancher officiel et son calcul théorique se superposent, là où le 32 les sépare de 0,66 mm et le 10 de 0,39 mm.
Le calibre voisin fait exactement l’inverse. Sur le calibre 28 et son anomalie de diamètre, la cote que tout le monde recopie s’écarte du calcul de dix-sept centièmes. Les deux jauges se touchent presque et se comportent à l’opposé : c’est le genre de détail qui ne s’invente pas et qui se vérifie en trois minutes sur les fiches officielles.
Trois chambrages, et une longueur qui n’est pas celle qu’on croit
La C.I.P. normalise trois longueurs d’étui en calibre 24. Sa fiche, établie le 14 juin 1984 et révisée le 19 septembre 2006, donne les cotes suivantes.
| Appellation | Longueur d’étui | Chambre mini | Pression maximale |
|---|---|---|---|
| 24/63,5 | 63,50 mm | 63,60 mm | 830 bar |
| 24/65 | 65,00 mm | 65,10 mm | 830 bar |
| 24/70 | 69,80 mm | 69,90 mm | 830 bar |
Le reste de la fiche décrit une cartouche fine : étui de 16,75 mm au corps, bourrelet de 18,45 mm pour 1,55 mm d’épaisseur. Retenez ces deux nombres, ce sont eux qui identifient une douille trouvée au fond d’une cartouchière.
Vient ensuite le piège, et il est sérieux. La cote de la C.I.P. est celle de la cartouche dépliée, après le tir. Neuve et sertie, la même cartouche est plus courte. Une boîte annoncée en tube de 67 mm ne se tire donc pas forcément dans une chambre de 65 : tout dépend du sertissage, et la seule règle qui tienne est qu’une cartouche dépliée ne doit jamais dépasser la chambre. Le cône de forcement encaisse la différence, la pression monte, et un canon d’avant-guerre n’a pas été éprouvé pour ça. Dans le doute, le marquage du canon tranche, pas l’étiquette du carton.
Une jauge, ses cotes C.I.P. et son calcul
Ce que cet outil ne fait pas : il ne mesure pas votre canon et ne dit pas si une cartouche entre dans une chambre. Il calcule le diamètre théorique de la convention de fonderie et l’affiche à côté des cotes publiées par la C.I.P., qui sont des minima assortis d’une tolérance positive. Constantes : livre de plomb 453,59237 g, masse volumique du plomb 11,34 g/cm³. Cotes relevées sur les fiches C.I.P. tableau VII.
Calibre 24 et 24 grammes ne sont pas la même chose
C'est l'erreur qui pourrit toutes les recherches sur ce calibre, et elle mérite un paragraphe à elle seule. Une cartouche de chasse porte deux nombres qui n'ont rien à voir : la jauge, suivie du chambrage, et la charge de grenaille, en grammes.
Tapez « cartouche calibre 24 » dans un moteur et vous tomberez sur des Mary Arm Steel 24 en calibre 20, sur des boîtes de 24 g vendues en grande surface de sport, sur tout sauf ce que vous cherchez. Ces cartouches sont des charges de 24 grammes d'acier dans une jauge de 20, pas des cartouches de calibre 24. Le raccourci de vocabulaire est passé dans l'usage des rayons, et il enterre le vrai calibre 24 dans les résultats.
Comment trancher en un coup d'oeil : sur une boîte, la jauge est toujours suivie d'une longueur de chambre, « 24/65 » ou « 20/70 ». Un nombre seul, « 24 » ou « 28 », posé à côté d'un numéro de plomb, c'est une masse en grammes. Ironie du sort, la seule cartouche française encore chargée en calibre 24 porte précisément 24 g de plomb : les deux nombres coïncident, pour une fois, et par hasard.
Ce qu'on trouve encore à tirer dedans
La situation réelle en 2026 tient en deux références, et il faut le dire sans enjoliver.
- Mary Arm Puma 24, encartoucheur français depuis 1955 : 24 g de plomb, chambrage 65 mm, plombs n° 6, n° 7,5 ou n° 9, autour de 31,60 € la boîte de 25 chez les détaillants. C'est la seule référence en calibre 24 du catalogue de la marque.
- Fiocchi : tube plastique de 67 mm, 20 g de plomb, n° 6 et n° 8, bourre jupe, culot de 8 mm, 320 m/s annoncés.
Le reste est une illusion d'optique. Plusieurs cartoucheries en ligne affichent une catégorie « calibre 24 et 28 » qui, une fois ouverte, ne contient que du 28. Le 24 partage l'étagère avec son voisin parce qu'il n'en remplit plus une à lui seul.
Une précision d'honnêteté : nous n'avons trouvé aucune donnée fabricant chiffrée sur la gerbe, la pénétration ou la portée utile du calibre 24 moderne. Ce que la documentation française retient, c'est un usage courant des années 1880 aux années 1940 et une portée pratique d'une trentaine de mètres, avec un comportement très proche de celui du 28. Tout chiffre plus précis que vous lirez ailleurs mérite qu'on demande sa source.
Les armes, et ce que la loi française autorise
Un fusil moderne en calibre 24 à un coup par canon relève généralement de la catégorie C. Le calibre seul ne permet toutefois pas de classer un exemplaire : les caractéristiques de l’arme et son régime historique comptent aussi. Certains modèles antérieurs à 1900 peuvent relever de la catégorie D, avec des exceptions et des règles particulières. Pour un fusil ancien, faire identifier le modèle exact avant de conclure à son classement ; voir la fiche officielle sur la catégorie D.
Le parc, lui, est presque entièrement ancien. Les fusils en 24 sortent de la période où la jauge vivait, entre la fin du XIXe siècle et l'avant-guerre, et beaucoup d'entre eux sont des armes d'artisan ou des transformations. Sur une arme de cet âge, deux questions priment sur toutes les autres : la chambre fait-elle 63,5, 65 ou 70 mm, et le canon a-t-il été éprouvé pour ce qu'on veut y mettre. Les marquages d'épreuve répondent aux deux, un armurier les lit en quelques secondes.
Côté munition, le plafond est commun à toutes les jauges. L'article 4 de l'arrêté du 1er août 1986, dans sa version en vigueur depuis le 31 décembre 2023, interdit l'emploi de toute munition chargée de grenaille de plomb de plus de 4 mm de diamètre, et de grenaille sans plomb de plus de 4,8 mm. Le plomb s'arrête donc au numéro 1, en calibre 24 comme en calibre 12. Sur une charge de 20 à 24 g, la question est d'ailleurs théorique : les gros plombs y seraient trop peu nombreux pour faire une gerbe.
La grenaille d'acier, elle, pose un problème d'arme et non de loi. Un canon d'avant-guerre n'a pas été éprouvé pour l'acier, et rien n'oblige un fabricant disparu depuis soixante ans à vous rassurer. La règle prudente est simple : pas d'acier dans un canon qui ne porte pas le marquage correspondant.

Pour quel profil le calibre 24 a encore du sens
Pour l'héritier d'un fusil de famille, choisir de le faire vivre. C'est le cas le plus fréquent et le plus légitime. Une arme contrôlée par un armurier, une chambre identifiée, et la Mary Arm en 65 mm permettent de chasser avec le fusil du grand-père sans l'abîmer ni se mettre en danger. Le calibre ne vous limitera pas sur le petit gibier à plume aux distances réelles du terrain.
Pour le chasseur qui cherche une arme légère, choisir plutôt le 28. Le 24 n'apporte rien que le calibre 28 ne fasse mieux aujourd'hui : mêmes performances à quelques grammes près, mais des cartouches partout, plusieurs encartoucheurs, et des fusils neufs au catalogue des grandes marques. Acheter un 24 pour son poids serait s'imposer une contrainte d'approvisionnement sans contrepartie.
Pour le collectionneur, choisir le 24 précisément parce qu'il a disparu. Une jauge orpheline d'armes neuves, encore normalisée, avec une cote qui tombe pile sur son calcul : c'est une pièce de raisonnement autant qu'une pièce de collection. Et la munition existe, ce qui n'est pas le cas de tout ce qui dort dans les râteliers.
Un fusil hérité dont vous ne connaissez ni la jauge ni le chambrage se mesure au logement d'étui, pas au coup d'oeil. La question se pose à un armurier avant la première cartouche, jamais après.
Recharger le calibre 24 : composants et points de vigilance
Sur la plupart des calibres, le rechargement est un choix. Ici, c'est souvent la seule façon de tirer autre chose que du n° 6 ou du n° 7,5 : avec deux références d'usine, le choix de grenaille est vite fait le tour. C'est aussi ce qui explique que des douilles de 24 se revendent entre collectionneurs.
Les douilles. Neuves, elles sont introuvables en France dans le commerce courant. La voie normale est la récupération des étuis Mary Arm et Fiocchi, qui supportent plusieurs cycles en tube plastique. Un doute sur un lot mélangé se lève au pied à coulisse : un bourrelet de 18,45 mm, c'est du 24 ; 17,40 mm, c'est du 28 ; 19,40 mm, c'est du 20. Attention en revanche à ne pas mélanger les longueurs dans une même boîte : un étui de 65 et un étui de 67 se ressemblent une fois sertis, et c'est la chambre qui paiera la confusion.
Les amorces. Le culot de 8 mm du 24 n'accepte pas l'amorce des calibres 12 et 20 courants. Vérifier le diamètre du logement avant de commander une boîte de 1 000 amorces est un réflexe qui évite une dépense inutile.
Les bourres. La bourre jupe se décline par calibre, et le 24 tombe dans les tailles rares. Une bourre de 20 laissera passer les gaz, une bourre de 28 forcera. Sans composant à la bonne cote, mieux vaut ne pas commencer.
Les poudres et l'outillage. Les poudres de lisse du marché français, Vectan et Nobelsport chez Tunet, Vihtavuori et Alliant à l'import, couvrent le 24 sans référence dédiée. Aucune charge ne se lit dans un article de blog, celui-ci compris : les dosages se prennent dans la table officielle du fabricant de poudre, seule source qui engage une responsabilité. Partir de la charge de départ du fabricant, monter par paliers, surveiller les signes de surpression, et se rappeler que l'arme, le lot de poudre et la longueur de canon changent le résultat. Côté presse, les outils de lisse se règlent en 12, 20 et 28 : le 24 demande un jeu d'inserts spécifique, à chercher d'occasion plus qu'en catalogue.
Pour la méthode générale, voir notre dossier sur la composition d'une cartouche et notre comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée, ainsi que la lecture d'une table de rechargement.
À lire aussi : le calibre .410 et ses chambrages, le choke et ce qu'il autorise, et la chevrotine et sa réglementation.
Questions fréquentes
Quel est le diamètre d'un canon de calibre 24 ?
La C.I.P. retient un diamètre d'âme minimal de 14,70 mm, avec 0,50 mm de tolérance : un canon conforme mesure entre 14,70 et 15,20 mm. Le calcul de la livre de plomb donne 14,71 mm, l'accord le plus serré de tout le système des jauges.
Trouve-t-on encore des cartouches de calibre 24 ?
Oui, mais deux références seulement : une Mary Arm de 24 g en chambrage 65 mm, et une Fiocchi de 20 g en tube de 67 mm. Les catégories « calibre 24 et 28 » des cartoucheries en ligne ne contiennent souvent que du 28.
Une cartouche de 24 grammes est-elle une cartouche de calibre 24 ?
Non, et c'est la confusion la plus répandue. Les 24 g désignent la masse de grenaille, le plus souvent dans une jauge de 20. Sur une boîte, la jauge est toujours suivie d'un chambrage, « 24/65 » par exemple.
Quels sont les chambrages normalisés du calibre 24 ?
Trois : 24/63,5, 24/65 et 24/70, tous à 830 bar de pression maximale. La cote C.I.P. est celle de l'étui déplié après le tir, pas celle de la cartouche neuve dans sa boîte.
Un fusil de calibre 24 est-il en catégorie C ?
Généralement pour un fusil moderne à un coup par canon. Mais la jauge ne suffit pas à classer une arme : certains modèles historiques peuvent relever de la catégorie D. Le modèle exact et ses caractéristiques doivent être identifiés.
Quelle différence entre le calibre 24 et le calibre 28 ?
Un millimètre d'âme et à peu près rien d'autre en performance. La vraie différence est l'approvisionnement : le 28 a plusieurs encartoucheurs et des fusils neufs au catalogue, le 24 a deux cartouches et aucune arme neuve.
Peut-on tirer de l'acier dans un fusil de calibre 24 ?
Seulement si le canon porte le marquage d'épreuve correspondant. La quasi-totalité du parc en 24 date d'avant 1945 et n'a jamais été éprouvée pour la grenaille d'acier. Dans le doute, s'abstenir et faire lire les poinçons par un armurier.
Peut-on recharger le calibre 24 ?
Oui, et c'est souvent la seule façon de varier la grenaille. Les douilles se récupèrent faute d'être vendues neuves, l'amorce suit un culot de 8 mm, et les bourres jupe au bon diamètre sont rares. Les charges se lisent dans la table du fabricant de poudre, jamais ailleurs.
Quelle est la portée d'un calibre 24 ?
Aucun fabricant ne publie de chiffre pour cette jauge, et la question est de toute façon mal posée : la portée se règle au numéro de plomb et au choke. Avec 20 à 24 g de plomb, le 24 travaille sur le petit gibier aux distances courantes du terrain.
