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Calibre 8 : la jauge des canardières, ses cotes et ce qu’il en reste

Calibre 8, la très grosse jauge de fusil lisse à âme de 20,80 mm

Le calibre 8 est une jauge de fusil à canon lisse de 20,80 mm d’âme au minimum, normalisée par la C.I.P. en deux chambrages dont un de dix centimètres. Plus aucune cartouche de chasse n’en sort d’usine. Ce qui se fabrique encore sous ce nom sert à décrocher le clinker dans les fours de cimenterie.

C’est le calibre des récits : l’arme à éléphant, la canardière montée sur barque, le coup qui lève un marais entier. Presque tout ce qu’on lit dessus en français est de seconde main, et la page de référence en ligne affirme une chose vraie qui induit en erreur. Voici les cotes officielles, ce qui existe encore, et ce que la loi française en fait aujourd’hui.

Ce que le chiffre 8 veut dire, et ce qu’il pèse

Comme toutes les jauges, le 8 est un rang dans une convention de fondeur : le nombre de balles rondes au diamètre de l’âme qu’on obtient dans une livre de plomb de 453,59 g. Huit balles donnent une âme de 21,21 mm, et la mesure anglo-saxonne classique, .835 pouce, tombe sur 21,2 mm.

Ce calcul a une conséquence amusante et vérifiable : la balle de convention pèse deux onces, soit 56,70 g après arrondi. Ce n’est pas un cas unique : la jauge 16 correspond à une once, et la jauge 4 à quatre onces. L’once appartient au système de mesure anglo-saxon ; cette coïncidence numérique ne démontre pas l’origine des usages historiques.

La fiche C.I.P., elle, retient un diamètre d’âme minimal de 20,80 mm avec 0,70 mm de tolérance : un canon conforme mesure entre 20,80 et 21,50 mm. L’écart avec le calcul est de 0,41 mm, ce qui range le 8 du côté des grosses jauges, celles dont le plancher officiel s’éloigne nettement de la théorie. Tout l’inverse du calibre 24, qui tombe à un centième de son propre calcul.

Deux chambrages normalisés, dont un de dix centimètres

La fiche C.I.P. du calibre 8, établie le 19 janvier 1989 et révisée le 19 septembre 2006, ne retient que deux longueurs d’étui : 8/82 et 8/100, toutes deux à 1050 bar de pression maximale, marquage d’épreuve 25/30. L’étui mesure 23,50 mm au corps et son bourrelet 26,25 mm.

Les deux chambrages du calibre 8 à l’échelle Étuis de 8/100 et 8/82 comparés à une cartouche de 12/70, longueurs et diamètres à la même échelle. Le calibre 8 à l’échelle, longueur et diamètre Étuis des fiches C.I.P., une seule échelle pour les deux dimensions. 8/100 100,00 mm étui 23,50 mm 1050 bar 8/82 82,40 mm étui 23,50 mm 1050 bar 12/70 69,80 mm étui 20,60 mm témoin, 740 bar Le 8/100 mesure dix centimètres d’étui : une 12/70 y tiendrait en longueur. Âme minimale C.I.P. : 20,80 mm en calibre 8, contre 18,20 mm en calibre 12. Fiches C.I.P. Tab. VII, cotes de la cartouche maximale.
Cotes de la fiche C.I.P. du calibre 8, tableau VII, comparées à une 12/70.

Le chiffre à retenir est celui de la longueur. Une 8/100 mesure dix centimètres une fois dépliée, quand une 12/70 standard en fait sept : la cartouche de 12 tiendrait tout entière dans celle de 8, et il resterait trois centimètres. Ajoutez trois millimètres de diamètre d’étui en plus, et vous avez la raison pour laquelle ces armes pèsent sept kilos.

La littérature anglaise mentionne d’autres longueurs historiques, de trois à quatre pouces, qui n’ont jamais été reprises par la C.I.P. Sur une arme ancienne, la chambre se mesure, elle ne se déduit pas d’un catalogue d’époque.

JaugeÂme mini C.I.P.ÉtuiBourreletChambrages normalisés
820,80 mm23,50 mm26,25 mm82 et 100 mm
1019,30 mm21,70 mm23,65 mm76, 82,4 et 88,7 mm
1218,20 mm20,60 mm22,45 mmde 55 à 89 mm
Cotes des fiches C.I.P. tableau VII. L’âme est un minimum, assorti de 0,70 mm de tolérance sur ces trois jauges. Le 8 et le 10 sont éprouvés à 1050 bar sur tous leurs chambrages ; le 12 reste à 740 bar jusqu’au 12/70.

« Calibre 8 » ne veut pas dire « 8 mm »

La confusion est garantie dès la première recherche. Tapez « calibre 8 » et vous récolterez du 8 mm Lebel, du 8 mm à percussion annulaire, et diverses munitions dont le nom contient le chiffre 8 sans aucun rapport avec une jauge de fusil.

Le repère est pourtant simple. Une jauge s’écrit sans unité et se suit d’un chambrage : « calibre 8 », « 8/100 ». Un calibre en millimètres s’écrit avec son unité et souvent avec une longueur d’étui : « 8 mm Lebel », « 8×57 ». Et les ordres de grandeur n’ont rien à voir : le calibre 8 lisse fait au moins 20,80 mm d’âme, soit deux fois et demie un 8 mm.

Ce que Winchester fabrique encore, et pourquoi ce n’est pas de la chasse

La page de référence francophone sur ce calibre affirme que Winchester produit toujours des cartouches pour lui. C’est exact, et c’est trompeur si on s’arrête là : ces cartouches sont des munitions industrielles de ramonage, vendues aux cimenteries et aux centrales thermiques, pas aux chasseurs.

Le catalogue est public et il ne laisse aucun doute sur l’usage. On y trouve des slugs de zinc de 2 et 3 onces, des slugs de plomb de 3 onces, une chevrotine 00 de 20 ou 24 grains de plomb, un projectile frangible de 1 onces 5/8 qui se désintègre à l’impact, déclinés en trois vitesses. Les descriptions parlent de croûtes dures, d’anneaux de clinker à décrocher au-delà de douze mètres, de cendres à faire tomber dans une chaudière, et précisent quand le plomb pose un problème de contamination du produit.

Autrement dit, le calibre 8 a survécu en changeant de métier. Il ne tire plus sur du gibier, il tire sur des parois de four. Aucune de ces munitions n’est vendue ni utilisable pour la chasse, et aucun encartoucheur européen ne propose de cartouche de chasse en 8 à notre connaissance.

Lire une charge en onces

Ce que cet outil ne fait pas : il ne calcule ni recul, ni vitesse, ni pression, et il ne dit rien de ce qu’une arme supporte. C’est une conversion d’unités, exacte par définition. Constantes : once avoirdupois 28,349523125 g, livre de plomb 453,59237 g, charge de référence d’une 12/70 courante 36 g.

De l'éléphant à la hutte : une histoire de démesure

Avant d'être un fusil de marais, le 8 a été une arme de gros gibier. Au XIXe siècle, la littérature de chasse africaine le donne comme le standard de tout le gibier dangereux autre que l'éléphant, réservé au 4. Les armes pesaient de 6,8 à 7,3 kg, et tiraient soit une balle conique d'environ 81 g, soit une balle ronde de 56 g, à des vitesses relevées à l'époque autour de 460 et 500 m/s. Les charges de poudre noire correspondantes se comptaient en drams dans les tables anglaises ; elles ne se recopient pas ici, et surtout pas pour une arme d'époque.

Le second métier du 8 fut le gibier d'eau, d'abord à chargement par la bouche, puis en cartouches. C'est là qu'il croise l'histoire française, avec les canardières, ces très gros fusils montés sur barque que des maisons comme Lefaucheux ont produits. Cette page-là est close, et pour une raison juridique précise que nous avons détaillée dans notre dossier sur le calibre 10.

Calibre 8, la très grosse jauge de fusil lisse et son étui de 100 mm
Le calibre 8 a survécu en changeant de métier : il ramone des fours au lieu de chasser.
Delta Waterfowl présente la collection historique de Marty Sands, dont un fusil de calibre 8 et des canardières. Cette archive de 2017, en anglais, illustre le contexte patrimonial ; elle ne décrit pas la réglementation française actuelle. Voir sur YouTube.

En France : légal à détenir, inutilisable à la chasse

La seule mention « calibre 8 » ne suffit pas à classer une arme. Un fusil moderne à un coup par canon relève en principe de la catégorie C, sous réserve de ses caractéristiques. Une pièce historique peut relever de la catégorie D si son modèle est antérieur à 1900 et ne figure pas parmi les exceptions. Il faut donc identifier le modèle exact et appliquer les critères officiels de classement, avec un professionnel en cas de doute.

Ce qui bloque, c'est l'usage. L'arrêté du 1er août 1986, dans sa version en vigueur depuis le 31 décembre 2023, interdit à l'article 1er « l'emploi des armes à feu non susceptibles d'être épaulées sans appui » : c'est la disposition qui a mis fin à la canardière. Une arme de sept kilos montée sur barque tombe dedans sans discussion, et le sujet est traité en détail dans notre dossier sur le 10.

L'article 4 du même texte ajoute le plafond commun à toutes les jauges : interdiction de toute munition chargée de grenaille de plomb de plus de 4 mm de diamètre, ou de grenaille sans plomb de plus de 4,8 mm. Le plomb s'arrête au numéro 1, y compris dans un canon de 21 mm.

Reste une évidence qui règle la question : il n'existe pas de cartouche de chasse en calibre 8 sur le marché. Même sans interdiction d'usage, un fusil de 8 n'aurait rien à tirer. C'est une arme de collection, et elle doit être traitée comme telle, déclarée et rangée selon les règles applicables à sa catégorie.

Pour quel profil le calibre 8 a un sens

Pour le collectionneur, choisir le 8 pour ce qu'il raconte. Une canardière, un juxtaposé de 8 d'avant-guerre ou une arme africaine du XIXe siècle sont des objets d'histoire documentés, et la jauge est encore normalisée, ce qui est rare pour un calibre mort. Les cotes existent, la fiche C.I.P. est publique : l'identification est possible, contrairement à bien des calibres oubliés.

Pour l'héritier d'une arme de 8, choisir l'expertise avant tout le reste. Ces armes sont anciennes, souvent à poudre noire d'origine, et leur épreuve ne dit rien des munitions modernes. La première démarche est l'armurier, la seconde la déclaration, et la troisième est de renoncer à tirer.

Pour le chasseur qui cherche de la puissance, choisir le 12 magnum. Un 12/89 dépasse en charge utile tout ce qu'un 8 de chasse pouvait emporter, avec des cartouches dans toutes les armureries et une arme qu'on peut épauler. Le 8 n'offre aucun avantage pratique qui survive à l'absence de munition.

Une arme ancienne de très gros calibre trouvée dans une succession se déclare avant d'être manipulée. Un armurier lit les poinçons d'épreuve et la longueur de chambre en quelques minutes, et c'est la seule façon de savoir ce qu'on a entre les mains.

Recharger le calibre 8 : composants et points de vigilance

Autant le dire franchement : en calibre 8, le rechargement n'est pas une économie, c'est la seule existence possible de la munition. Et c'est une entreprise de spécialiste, pas un premier projet d'atelier.

Les douilles. Rien n'est vendu neuf en Europe pour la chasse. Les étuis existants viennent soit de la filière industrielle, en tube plastique enveloppé de papier et culot métallique, soit de douilles laiton fabriquées sur mesure par des ateliers spécialisés dans les calibres morts. Le laiton se recharge presque indéfiniment, ce qui en fait la voie normale sur ce genre de jauge.

Les amorces et les bourres. Le culot d'un étui de 8 n'a rien de commun avec celui d'un 12 : diamètre d'amorce et logement se vérifient sur l'étui qu'on a en main, jamais sur un catalogue. Les bourres et cartons au diamètre de 20,80 mm ne se trouvent pas au rayon, ils se découpent ou se commandent chez un fournisseur de calibres anciens.

Les poudres. Sur une arme d'époque, la question ne se pose même pas en termes de choix : ces canons ont été éprouvés à la poudre noire, et une poudre sans fumée n'y a pas sa place. Aucun dosage ne figure dans cet article, ni ne doit être repris d'un forum : les charges se lisent exclusivement dans la table officielle du fabricant, et une arme de ce calibre et de cet âge demande en plus l'avis d'un armurier ou d'un banc d'épreuve avant le premier coup. Partir de la charge de départ du fabricant, monter par paliers, surveiller les signes de surpression, et se rappeler que l'arme, le lot et la longueur de canon changent tout.

Pour les bases, voir notre dossier sur la composition d'une cartouche et notre comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée, ainsi que la lecture d'une table de rechargement.

À lire aussi : le calibre .410 et ses chambrages, à l'autre bout de l'échelle des jauges, la chevrotine et sa réglementation, et le calibre 4, la jauge encore au-dessus et le choke et ce qu'il autorise.

Questions fréquentes

Quel est le diamètre d'un canon de calibre 8 ?

La C.I.P. retient une âme minimale de 20,80 mm avec 0,70 mm de tolérance, soit un canon conforme entre 20,80 et 21,50 mm. Le calcul de la livre de plomb donne 21,21 mm, et la cote anglaise classique .835 pouce tombe sur 21,2 mm.

Trouve-t-on encore des cartouches de calibre 8 ?

Pas pour la chasse. Ce qui se fabrique encore sous ce nom est de la munition industrielle de ramonage, slugs de zinc ou de plomb et chevrotine, vendue aux cimenteries et aux centrales thermiques pour décrocher les dépôts dans les fours.

Quels sont les chambrages du calibre 8 ?

Deux seulement sont normalisés par la C.I.P. : le 8/82 et le 8/100, tous deux à 1050 bar. La cote est celle de l'étui déplié après le tir, et le 8/100 mesure donc dix centimètres.

Un fusil de calibre 8 est-il légal en France ?

La détention dépend du classement du modèle exact : catégorie C en principe pour un fusil moderne à un coup par canon, mais catégorie D possible pour une arme historique répondant aux critères et exceptions légaux. L'arrêté du 1er août 1986 interdit à la chasse les armes qui ne peuvent pas être épaulées sans appui.

Calibre 8 et 8 mm, est-ce la même chose ?

Non, et l'écart est énorme. Le calibre 8 est une jauge de fusil lisse d'au moins 20,80 mm d'âme. Le 8 mm désigne des munitions de carabine comme le 8 mm Lebel, soit deux fois et demie moins de diamètre.

Pourquoi les charges de calibre 8 se comptent-elles en onces ?

L'once est une unité du système anglo-saxon. La balle de convention du calibre 8 pèse deux onces, soit 56,70 g après arrondi, mais cette valeur entière n'est pas unique : le calibre 16 correspond à une once et le calibre 4 à quatre onces.

Que valait un calibre 8 sur le gros gibier ?

C'était au XIXe siècle le standard du gibier dangereux autre que l'éléphant. Les armes pesaient de 6,8 à 7,3 kg et tiraient une balle conique d'environ 81 g ou une balle ronde de 56 g, à des vitesses relevées autour de 460 à 500 m/s.

Peut-on recharger le calibre 8 ?

Oui, mais c'est un travail de spécialiste : douilles laiton fabriquées sur mesure, bourres au diamètre à commander ou à découper, et poudre noire sur les armes d'époque. Les charges se lisent dans la table du fabricant, et un armurier doit voir l'arme avant le premier coup.