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Calibre 10 : une grosse jauge, et ce qu’elle vaut encore en France

Fusil et cartouches de calibre 10, la plus grosse jauge de fusil de chasse

Le calibre 10 est une grosse jauge de fusil, toujours documentée par les organismes de normalisation : 19,69 mm d’âme, trois longueurs de chambre, et une charge de plomb qui monte là où le 12 s’arrête. Son classement en France dépend de l’arme précise, et non de la seule jauge. Plusieurs modèles de grande série sont désormais arrêtés.

Sur une requête « calibre 10 », Google renvoie une fiche encyclopédique, trois pages d’armurerie et trois fils de forum. C’est révélateur : le calibre a des utilisateurs, des cartouches en vente et un cadre légal clair, mais presque personne n’a pris la peine d’écrire ce qu’il vaut vraiment. Cette page s’en charge, cotes et textes à l’appui.

D’où vient le chiffre 10

Comme toutes les jauges, le 10 se lit à l’envers du bon sens : le chiffre est un nombre de billes, pas une mesure. Dix billes de plomb du diamètre de l’âme, coulées dans une livre de plomb. Moins il en faut, plus l’âme est large. Le 10 est donc plus gros que le 12, qui est plus gros que le 20, et ainsi de suite jusqu’au .410 qui a quitté le système pour se compter en pouces.

La cote retenue par le SAAMI américain est de .775 pouce, soit 19,69 mm, contre .729 pouce et 18,52 mm pour le calibre 12. Un millimètre et deux dixièmes d’écart, ce qui paraît dérisoire tant qu’on raisonne en diamètre. En section, ce même écart vaut 13 % de surface en plus, et c’est de là que vient tout le reste.

Le rapport à la jauge inférieure est le même que celui décrit dans notre page sur le calibre 12 et son chambrage : le système est cohérent d’un bout à l’autre, du 4 au 32, et il ne dit rien de la longueur de la cartouche.

Trois chambrages normalisés, un seul qu’on rencontre

La Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives, dont la France est membre, normalise exactement trois longueurs d’étui en calibre 10. Sa fiche technique, établie le 14 juin 1984 et révisée le 19 septembre 2006, donne les cotes suivantes.

AppellationLongueur d’étuiPression maximaleCe qu’on en voit
10/7676,00 mm1050 bararmes anciennes, cartouches Jocker
10/8282,40 mm1050 barrarissime, à peu près jamais
10/8988,70 mm1050 barle standard de fait, toutes les armes modernes
Cotes de la fiche C.I.P. du calibre 10, tableau VII. Marquage d’épreuve 25/30.

Trois choses à retenir de ce tableau. La pression maximale est identique pour les trois, à 1050 bar : ce n’est pas la longueur qui fait la pression, c’est la charge. La cote donnée est celle de l’étui déplié, après le tir, et une cartouche neuve est toujours plus courte, ce qui permet à une 10/89 d’entrer dans une chambre trop courte sans forcer. Et le 10/82 n’existe pratiquement que sur le papier.

Avant 1932, la douille de référence mesurait 2 7/8 de pouce, soit environ 73 mm. C’est Winchester qui l’allonge cette année-là en 3 pouces et demi pour créer le magnum, et le 89 mm ne bougera plus jamais. Un fusil de calibre 10 antérieur à cette date ne prend donc pas de cartouche moderne, et il faut lire la longueur de chambre avant de charger quoi que ce soit.

Ce que la jauge change vraiment : la section, pas la puissance

L’idée reçue veut que le calibre 10 « tape plus fort ». C’est faux tel quel : une bille de plomb de 3,25 mm arrive à la même vitesse et avec la même énergie qu’elle sorte d’un 10 ou d’un 12. Ce que la jauge change, c’est le nombre de billes qu’on peut loger sans empiler une colonne absurde. Une colonne trop haute se déforme au départ du coup et abîme la gerbe avant la sortie du canon, ce qui est exactement le mécanisme décrit dans notre page sur le choke.

Et c’est là que l’acier entre en jeu, parce qu’il est 31 % moins dense que le plomb. Pour retrouver la masse d’une bille de plomb, il faut une bille d’acier 13 % plus large, qui occupe 44 % de volume en plus. À nombre de billes égal, la colonne grandit d’autant. La section du 10, avec ses 13 % de surface supplémentaire, en reprend une bonne partie.

Le plomb contre l’acier à masse de bille égale Trois colonnes de même nombre de billes : plomb dans un calibre 12, acier dans un 12, acier dans un 10. Le plomb contre l’acier, à masse de bille égale Même nombre de billes, même masse par bille : seule la place occupée change. plomb n° 4 3,25 mm acier de même masse 3,67 mm L’acier pèse 31 % de moins que le plomb. Pour retrouver la masse d’une bille de plomb, il faut une bille d’acier 13 % plus large, qui occupe 44 % de volume en plus. Cette place, le canon doit la trouver. référence plomb dans un 12 âme de 18,52 mm +44 % acier dans un 12 âme de 18,52 mm +28 % acier dans un 10 âme de 19,69 mm La jauge 10 ramène l’écart de 44 % à 28 %. Elle ne l’efface pas. Plomb 11,34 g/cm³, acier doux 7,86 g/cm³. Âmes SAAMI : .729 pouce en 12, .775 pouce en 10.
Le foisonnement entre les billes est identique des deux côtés : il se simplifie dans le rapport, ce qui rend la comparaison exacte.

Passer du plomb à l’acier : ce que la colonne prend en hauteur

Ce que cet outil ne fait pas : il ne calcule ni gerbe, ni portée, ni pénétration. Il compte des billes et compare des volumes. Constantes utilisées : plomb 11,34 g/cm³, acier doux 7,86 g/cm³, âmes SAAMI de .729 pouce en 12 et .775 pouce en 10.

Pourquoi l’acier l’a sauvé, et pourquoi le 12/89 l’a tué

Le calibre 10 aurait dû disparaître avec la poudre noire. Il a été rattrapé par une décision administrative américaine : l’interdiction du plomb pour la chasse au gibier d’eau, appliquée par paliers à partir de la saison 1987-1988 et généralisée à tout le pays en 1991 par le Fish and Wildlife Service. Du jour au lendemain, des millions de chasseurs ont dû charger un métal moins dense, donc plus encombrant à masse égale. La grosse jauge, qui n’avait plus d’argument, en retrouvait un.

Le sursis a duré exactement un an. En 1988, Mossberg sort l’Ulti-Mag 835, premier fusil de calibre 12 chambré pour la cartouche de 89 mm que Federal venait de créer. Un 12/89 loge presque autant de grenaille qu’un 10, dans une arme d’un kilo et demi de moins, avec des munitions trois fois moins chères et disponibles partout. Le calibre 10 n’avait plus qu’une qualité propre, une section d’âme un peu plus généreuse, et ce n’était pas assez.

Cartouche acier, même gammeGrenailleVitesse annoncée
Federal Black Cloud 10/8946,1 g419 m/s
Federal Black Cloud 12/8942,5 g457 m/s
Données du catalogue Federal, gamme Black Cloud FS Steel, référence BB dans les deux cas. Le 10 emporte 3,6 g de plus et les envoie 38 m/s moins vite.

Trois grammes et demi de grenaille en plus, contre trente-huit mètres par seconde en moins : voilà l’écart réel entre les deux, chez le même fabricant et dans la même gamme. Ce n’est pas un gouffre, et c’est tout le problème du calibre 10.

Le calibre 10 en France : légal, et plafonné par le diamètre du plomb

Aucun texte français n’interdit le calibre 10. La confusion vient d’ailleurs, et elle mérite d’être démontée. L’arrêté du 1er août 1986 relatif à divers procédés de chasse interdit « l’emploi des armes à feu non susceptibles d’être épaulées sans appui ». Ce qui est visé, c’est la canardière, ce très gros fusil monté sur barque qu’on ne peut pas épauler. Un fusil de calibre 10 ordinaire s’épaule comme un autre, il ne tombe pas sous ce coup.

La preuve administrative est simple à trouver : le Référentiel Général des Armes du ministère de l’Intérieur enregistre le fusil Manufrance Simplex monocoup en 10/89, canon lisse de 700 mm, et le classe en catégorie C 1° c), comme n’importe quel fusil de chasse à un coup par canon. Le régime de ce modèle relève donc de la déclaration et des titres requis pour la catégorie C. Le stockage peut se faire dans un coffre ou une armoire forte adaptés, par démontage d’une pièce essentielle conservée séparément, ou par un dispositif empêchant l’enlèvement de l’arme. Les munitions sont conservées séparément, sans accès libre. Voir les règles de conservation des armes de catégorie C. Le classement d’un exemplaire historique peut différer et doit être vérifié individuellement.

En revanche, deux contraintes bien réelles limitent l’intérêt du calibre, et elles ne portent pas sur lui.

La première est le plafond de diamètre. L’article 4 du même arrêté, dans sa version en vigueur depuis le 31 décembre 2023, interdit « l’emploi de toute munition chargée de grenaille de plomb d’un diamètre supérieur à 4 millimètres ou de grenaille sans plomb d’un diamètre supérieur à 4,8 millimètres ». En clair, le plomb s’arrête au numéro 1 et rien au-dessus. L’argument historique du calibre 10, envoyer de très gros plombs, est donc coupé net en France : la loi plafonne la taille des billes, quelle que soit la jauge. Ce qui reste au 10, c’est la quantité, pas le calibre des billes.

La seconde est le plomb en zone humide, interdit en France depuis le 1er juin 2006, puis étendu par le règlement européen 2021/57, applicable depuis le 15 février 2023, qui prohibe l’emploi et le simple port de munitions au plomb dans une zone humide et dans un rayon de cent mètres autour. Or le gibier d’eau est précisément le terrain du calibre 10. Un sauvaginier en 10 tire donc de l’acier, du bismuth ou du cuivre, et pas autre chose.

Cartouches de calibre 10 pour la chasse du gibier d’eau
Le calibre 10 vit aujourd’hui en France sur un seul terrain, la hutte, et avec de la grenaille sans plomb.

Trouver un fusil et des cartouches en 2026

Pour les modèles cités ci-dessous, la production appartient désormais à l’histoire. Browning range notamment le BPS et le Gold Light 10 dans ses modèles arrêtés. Cela ne permet pas d’affirmer qu’aucun fabricant au monde ne propose plus jamais de calibre 10. L’Ithaca Mag-10, premier semi-automatique à gaz de la jauge, a vécu de 1975 à 1989. Le Remington SP-10 qui lui a succédé a tenu jusqu’en 2010. Browning a rangé son BPS 10 et son Gold 10 au rayon des modèles abandonnés, et n’assemble plus de BPS depuis 2024. Il reste l’occasion, des juxtaposés anciens chez les armuriers français et quelques semi-automatiques américains d’avant 2010. Comptez un fusil lourd : l’Ithaca Mag-10 pèse 5,10 kg, le Remington SP-10 5,0 kg, le BPS 10 Stalker 4,71 kg, là où un 12 de chasse tourne autour de 3 kg.

Pour les cartouches, la situation est bien meilleure qu’on ne le croit, et c’est la vraie surprise de ce dossier. Deux fabricants français en produisent, FOB et Jocker, et les armuriers en tiennent : FOB Sweet Copper en 10/89 chargée à 50 g, FOB Longue Portée à 64 g, Jocker Magnum à 66 g en 89 mm et 60 g en 76 mm, Federal Upland Load à 64 g. Les prix constatés vont d’environ 24 à 50 euros la boîte de dix selon la charge et la grenaille. C’est cher au coup, c’est disponible, et c’est ce qui maintient le calibre en vie chez nous.

Pour quel profil le calibre 10 a encore du sens

Pour le sauvaginier à poste fixe, oui. En hutte ou en tonne, le poids de l’arme ne se porte pas, il se pose, et il absorbe le recul des charges lourdes bien mieux qu’un fusil léger. C’est le seul usage où les 13 % de section supplémentaire se paient en résultat plutôt qu’en fatigue, et les armuriers français ne s’y trompent pas quand ils présentent leurs cartouches de 10 comme réservées à ce poste.

Pour le collectionneur, oui. Un juxtaposé de calibre 10 d’avant-guerre est une belle pièce, souvent à un prix raisonnable parce que personne n’en veut, et les cartouches existent encore pour le faire parler, à condition de faire vérifier l’arme et de respecter son chambrage d’origine.

Pour tout le reste, non. À la botte, en battue, au ball-trap, le calibre 10 n’apporte rien qu’un 12/76 ne fasse mieux, moins cher et deux kilos plus léger. Et si le sujet est la petite jauge plutôt que la grosse, la comparaison utile est plutôt celle du calibre 28 et du .410.

Recharger le calibre 10 : composants et points de vigilance

Le rechargement est l’argument qui rend le calibre 10 tenable sur la durée, et il se heurte à un obstacle français : les composants ne se trouvent pas chez nous. Les revendeurs de rechargement hexagonaux s’arrêtent au 12, et les rechargeurs de 10 s’approvisionnent à l’étranger. Seule exception notable, et elle est de taille : Cheddite, fabricant français, annonce produire des douilles de tous les calibres « depuis les calibres 10 et 12 » jusqu’au .410.

Pour l’amorçage, rien d’exotique : le calibre 10 utilise l’amorce de type 209 comme tous les fusils lisses, et les cartouches françaises du commerce sortent avec un culot de 20 mm. Les bourres, elles, doivent être des bourres à jupe dès qu’on charge de l’acier, avec une jupe épaisse qui protège le canon, exactement comme en 12. Côté outillage, la presse MEC 600 Jr Mark V existe en 10 gauge, avec une nuance à connaître : selon les revendeurs elle se règle en 89 mm et redescend en 2 7/8 de pouce avec un kit court, quand la page du fabricant annonce l’inverse. À vérifier avant de commander.

Trois vigilances propres à cette jauge. La longueur d’étui d’abord, parce qu’un 10 ancien peut être chambré en 76 mm et qu’un étui de 89 s’y déplie avec les conséquences que l’on sait. L’acier ensuite, qui exclut la plupart des canons d’avant-guerre et impose de faire vérifier l’arme avant d’y engager quoi que ce soit. Le sertissage enfin, sur un étui de ce diamètre, qui ne pardonne pas un dosage de bourre approximatif.

Les charges de poudre ne se lisent pas ici. Elles se lisent dans la table officielle du fabricant de poudre, jamais dans un forum ni dans un article de blog, celui-ci compris. Partir de la charge de départ du fabricant, monter par paliers, surveiller les signes de surpression : l’arme, le lot de poudre et la longueur de canon changent le résultat. Nos pages sur la lecture des tables de rechargement et sur le choix d’une presse détaillent la méthode, et celle sur la composition d’une cartouche le rôle de chaque composant.

Un fusil hérité dont vous ne connaissez ni la jauge ni le chambrage se mesure au logement d’étui, pas au coup d’œil. En cas de doute, la question se pose à un armurier avant la première cartouche, pas après.

À lire aussi : la chevrotine et sa réglementation, le choke et ce qu’il autorise, le calibre 8, la jauge au-dessus et le fusil de chasse à posséder si vous n’en avez qu’un.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le calibre 10 et le calibre 12 ?

L’âme du 10 mesure 19,69 mm contre 18,52 mm pour le 12, soit 13 % de section en plus. Cela ne change ni la vitesse ni l’énergie d’une bille, seulement le nombre de billes qu’on peut loger sans empiler une colonne trop haute.

Quel est le diamètre d’une cartouche de calibre 10 ?

L’âme du canon fait 19,69 mm selon la cote SAAMI. La C.I.P. normalise trois longueurs d’étui, 76, 82,4 et 88,7 mm, toutes à 1050 bar de pression maximale. Le 89 mm est le seul qu’on rencontre sur les armes modernes.

Le calibre 10 est-il interdit en France ?

Le calibre 10 n’est pas interdit en lui-même. L’arrêté du 1er août 1986 interdit notamment à la chasse les armes à feu qui ne peuvent pas être épaulées sans appui. Le classement et les conditions de détention restent à vérifier pour chaque modèle.

Quelle est la portée d’un calibre 10 ?

La jauge ne détermine pas la portée. Ce sont la taille de la grenaille, le choke et la charge qui fixent la distance utile, autour de 35 à 40 mètres en grenaille de chasse. Le 10 envoie plus de billes à cette distance, il ne les envoie pas plus loin.

Peut-on encore acheter des cartouches de calibre 10 ?

Oui, sans difficulté. Deux fabricants français en produisent, FOB et Jocker, et les armuriers en tiennent en 10/89 comme en 10/76, avec des charges de 50 à 66 g. Comptez de 24 à 50 euros la boîte de dix selon la charge et la grenaille.

Existe-t-il encore des fusils neufs en calibre 10 ?

Les modèles de grande série cités dans cet article sont arrêtés, dont les Browning BPS et Gold Light 10. Ce constat ne prouve pas l’absence de tout stock neuf ni de toute fabrication particulière.

Quel est le plus gros calibre de fusil autorisé à la chasse ?

La jauge seule ne permet pas de répondre. Il existe des armes d’épaule de calibre 8 ; le 10 n’est donc pas la limite universelle. Il faut vérifier les caractéristiques et le classement du modèle, ainsi que les règles de chasse applicables. L’interdiction des armes non épaulables sans appui ne vise pas automatiquement toutes les armes d’une même jauge.

Peut-on tirer du gros plomb dans un calibre 10 en France ?

Pas au-delà de 4 millimètres. Depuis décembre 2023, l’arrêté de 1986 plafonne la grenaille de plomb à 4 mm de diamètre et la grenaille sans plomb à 4,8 mm. Le plomb s’arrête donc au numéro 1, quelle que soit la jauge du fusil.