Le calibre 4 est la plus grosse jauge de fusil que la C.I.P. normalise encore : deux chambrages, un étui de 27,60 mm et une âme d’au moins 23,35 mm. C’est aussi la seule jauge dont le nom ne décrit plus le canon, avec plus de trois millimètres d’écart entre le calcul qui lui donne son chiffre et la cote réelle des armes.
Arme à éléphant à l’ère de la poudre noire, puis canardière posée à l’avant d’un canot ou dans une tonne, le 4 a servi partout où il fallait beaucoup de plomb d’un coup. Il n’a plus d’usage légal à la chasse en France et plus une cartouche en vente. Ce qui reste est une fiche technique publique, et une anomalie de nomenclature que personne n’explique.
Le chiffre 4 ne décrit plus le canon
La convention est connue : le numéro d’une jauge est le nombre de balles rondes au diamètre de l’âme qu’on tire d’une livre de plomb de 453,59 g. Quatre balles réclament une âme de 26,72 mm, et chacune pèse 113,4 g.
Sauf que la fiche C.I.P. du calibre 4 retient un diamètre d’âme minimal de 23,35 mm avec 0,70 mm de tolérance, soit un canon conforme entre 23,35 et 24,05 mm. Trois millimètres et trente-sept centièmes en dessous du calcul. Aucune autre jauge ne s’écarte autant, et de très loin.
Qui a raison ? La C.I.P., et c’est vérifiable ailleurs qu’en la croyant sur parole : la littérature anglo-saxonne donne aux 4 bore d’époque une âme de 0,935 à 0,955 pouce, soit 23,7 à 24,3 mm. La plage officielle recouvre les canons réels. C’est donc le calcul qui décroche, pas la norme.
Pourquoi ? Aucune source consultée ne le dit, et nous n’inventerons pas une explication. Ce qu’on peut constater, c’est que l’écart grandit régulièrement avec la taille de la jauge, du 32 au 8, et qu’il explose sur le 4. Sur les très grosses jauges, le nom est devenu une appellation commerciale plutôt qu’une mesure. Tout l’inverse du calibre 24, dont la cote officielle tombe à un centième de son calcul.
Deux chambrages, et une cartouche de dix centimètres
La fiche C.I.P. du calibre 4, établie le 19 janvier 1989 et révisée le 19 septembre 2006, retient deux longueurs d’étui : 4/82 et 4/101, toutes deux éprouvées à 1050 bar, marquage 25/30. Les cotes de l’étui sont à la mesure de la bête.
| Cote | Calibre 4 | Calibre 12, pour comparaison |
|---|---|---|
| Âme minimale | 23,35 mm + 0,70 | 18,20 mm + 0,70 |
| Étui | 27,60 mm | 20,60 mm |
| Bourrelet | 30,45 mm | 22,45 mm |
| Épaisseur du bourrelet | 3,25 mm | 1,85 mm |
| Chambrages | 82,4 et 101 mm | de 55 à 89 mm |
Le 4/101 dépasse donc les dix centimètres d’étui déplié, et la littérature anglaise décrit bien des douilles laiton de quatre à quatre pouces et demi, soit 100 à 110 mm. Sur ce genre d’arme, la chambre se mesure toujours : la différence entre un 82 et un 101 ne pardonne pas.
Mesurer une âme et retrouver sa jauge
C’est la question qui arrive avec toute arme héritée sans marquage lisible. L’outil ci-dessous fait les deux calculs à la fois : ce que la convention de fonderie dit d’un diamètre mesuré, et dans quelle plage C.I.P. ce diamètre tombe réellement. Les deux réponses ne coïncident pas toujours, et c’est justement le sujet de cet article.
Une âme mesurée, quelle jauge ?
Ce que cet outil ne fait pas : il ne remplace pas la lecture des poinçons ni l’avis d’un armurier, et il ne dit rien du chambrage, qui se mesure séparément. Les plages C.I.P. sont des minima plus leur tolérance, et deux d’entre elles se chevauchent. Constantes : livre de plomb 453,59237 g, masse volumique du plomb 11,34 g/cm³. Cotes des fiches C.I.P. tableau VII.
L’arme à éléphant, puis la canardière
Le 4 a eu deux vies. La première est africaine et date de l’ère de la poudre noire : c’est le calibre à éléphant par excellence des safaris du XIXe siècle, avec des armes qui tiraient une balle de 1 882 grains, soit 122 g, et jusqu’à 2 000 grains, 130 g, sur les chargements les plus lourds. Les tables d’époque donnaient les charges de poudre en drams ; elles ne se recopient nulle part, et certainement pas pour une arme de cet âge.
La seconde vie est française et aquatique. Le calibre 4 a servi de canardière, posée à l’avant d’un canot ou installée dans une tonne, pour tirer à l’affût sur les canards posés. C’est ce dont le 4 reste le symbole dans la mémoire collective : le coup unique qui lève un marais entier.
Cette page est close, et pour une raison juridique que nous détaillons dans notre dossier sur le calibre 10 et que le calibre 8 rencontre aussi. Elle tient en une phrase de l’arrêté de 1986, et elle vise précisément les armes que le 4 équipait.

En France : détenir oui, chasser non
Un fusil de calibre 4 reste une arme d’épaule à canon lisse. À un coup par canon, il relève de la catégorie C et se déclare sur permis de chasser validé ou licence de tir. Mais c’est la seule jauge du tableau pour laquelle le calibre lui-même pèse sur le classement : l’article R311-2 du code de la sécurité intérieure range en catégorie A1 les armes à canon lisse « d’un calibre supérieur au calibre 8 », à l’exclusion de celles qui relèvent des catégories C ou D. Un 4 à un coup par canon reste en C par cette exclusion, et c’est bien à elle qu’il le doit.
L’usage, lui, est fermé. L’arrêté du 1er août 1986, dans sa version en vigueur depuis le 31 décembre 2023, interdit à son article 1er « l’emploi des armes à feu non susceptibles d’être épaulées sans appui ». Une canardière montée sur canot ou calée dans une tonne entre exactement dans cette description. L’article 4 du même texte ajoute le plafond commun à toutes les jauges : pas de grenaille de plomb au-delà de 4 mm de diamètre, pas de grenaille sans plomb au-delà de 4,8 mm.
Et comme pour le 8, une évidence règle le reste : aucune cartouche de calibre 4 n’est en vente. Le mot-clé lui-même est trompeur en ligne, où « calibre 4 » ramène surtout des plombs de 4,5 mm pour carabine à air et des cartouches de .410. Une arme de 4 est une pièce de collection, à déclarer et à ranger selon les règles de sa catégorie.
Pour quel profil le calibre 4 a un sens
Pour le collectionneur, choisir le 4 comme pièce de raisonnement. C’est la plus grosse jauge encore normalisée, avec une fiche technique publique et deux chambrages officiels : une arme de 4 s’identifie, se mesure et se documente, ce qui est rare pour un calibre sorti d’usage depuis un siècle.
Pour l’héritier d’une canardière, choisir la déclaration et l’expertise. Ces armes sont massives, anciennes, éprouvées à la poudre noire, et leur valeur est historique. La première démarche est l’armurier, la deuxième la mise en règle, la troisième de ne pas tirer.
Pour qui veut du très gros lisse à tirer, il n’y a pas d’option. Le calibre 8 est mort aussi côté chasse, et le 10 n’a plus d’armes neuves. La seule jauge qui monte encore haut avec des cartouches partout est le 12 en chambrage magnum.
Une arme de très gros calibre sortie d’une succession se déclare avant d’être manipulée, et se fait voir par un armurier avant tout le reste. Sur ces pièces, l’expertise vaut aussi pour l’assurance et pour la valeur.
Recharger le calibre 4 : composants et points de vigilance
Le rechargement du 4 relève de l’atelier spécialisé, pas du loisir. Il n’existe aucune filière commerciale, et tout part de la douille.
Les douilles. Rien n’est produit en série. La voie praticable est la douille laiton fabriquée sur mesure par les ateliers qui servent les calibres morts, avec un bourrelet de 30,45 mm et une épaisseur de 3,25 mm à respecter, sans quoi l’extraction et la fermeture ne se font pas. Le laiton se recharge presque indéfiniment, ce qui compense son prix.
Les amorces et les bourres. Le logement d’amorce d’un étui de 4 n’a rien de commun avec celui d’un 12, et se vérifie sur la douille qu’on a en main. Les bourres et cartons au diamètre de l’âme, plus de 23 mm, se découpent, se commandent chez un fournisseur de calibres anciens, ou n’existent pas.
Les poudres. Sur une arme du XIXe siècle, la question est tranchée d’avance : ces canons ont été éprouvés à la poudre noire, et rien d’autre n’y a sa place. Aucun dosage ne figure dans cet article et aucun ne doit être repris d’un forum. Les charges se lisent dans la table officielle du fabricant, et une arme de ce calibre demande en plus l’avis d’un armurier ou d’un banc d’épreuve avant le premier coup. Partir de la charge de départ du fabricant, monter par paliers, surveiller les signes de surpression, et se rappeler que l’arme, le lot et la longueur de canon changent tout. La poudre noire impose enfin un nettoyage immédiat après le tir, ses résidus étant corrosifs.
Pour les bases, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche et notre comparaison entre cartouche rechargée et cartouche manufacturée, ainsi que la lecture d’une table de rechargement.
À lire aussi : le calibre .410, à l’autre extrémité du tableau des jauges, la chevrotine et sa réglementation, et le choke et ce qu’il autorise.
Questions fréquentes
Quel est le diamètre d’un canon de calibre 4 ?
La C.I.P. retient une âme minimale de 23,35 mm avec 0,70 mm de tolérance, soit un canon conforme entre 23,35 et 24,05 mm. Les 4 bore d’époque mesuraient 0,935 à 0,955 pouce, ce qui recouvre cette plage.
Pourquoi le calcul donne-t-il 26,72 mm et la norme 23,35 ?
Parce que sur les très grosses jauges le chiffre a cessé d’être une mesure. L’écart entre le calcul de la livre de plomb et la cote officielle grandit du 32 au 8, puis explose sur le 4. Aucune source consultée n’explique cette dérive.
Quels sont les chambrages du calibre 4 ?
Deux sont normalisés par la C.I.P. : le 4/82 et le 4/101, tous deux à 1050 bar. La cote est celle de l’étui déplié après le tir, et le 4/101 dépasse donc les dix centimètres.
Un fusil de calibre 4 est-il légal en France ?
Oui à la détention : arme d’épaule à canon lisse, catégorie C à un coup par canon, soumise à déclaration. Non à la chasse dès qu’elle ne peut pas être épaulée sans appui, ce que l’arrêté du 1er août 1986 interdit à son article 1er.
Trouve-t-on des cartouches de calibre 4 ?
Non, aucune n’est commercialisée. La recherche en ligne est d’ailleurs trompeuse : « calibre 4 » ramène surtout des plombs de 4,5 mm pour carabine à air et des cartouches de .410, qui n’ont aucun rapport.
Qu’est-ce qu’une canardière ?
Un très gros fusil, souvent en calibre 4, posé à l’avant d’un canot ou installé dans une tonne pour tirer à l’affût sur le gibier d’eau. Son emploi à la chasse est interdit en France depuis que l’arrêté de 1986 proscrit les armes non épaulables sans appui.
Que tirait un calibre 4 sur le gros gibier ?
C’était le calibre à éléphant des safaris du XIXe siècle, à l’ère de la poudre noire. Les armes tiraient une balle de 1 882 grains, soit 122 g, et jusqu’à 2 000 grains, 130 g, sur les chargements les plus lourds.
Peut-on recharger le calibre 4 ?
Seulement en atelier spécialisé. Les douilles laiton se fabriquent sur mesure, les bourres au diamètre se découpent, et une arme d’époque impose la poudre noire. Les charges se lisent dans la table du fabricant, et un armurier doit voir l’arme avant le premier coup.
