Depuis un arrêté du 30 juillet 2025, les jumelles et monoculaires thermiques sont autorisés à la chasse en France, à condition d’être tenus à la main. Restent interdits tous les appareils utilisables sans les mains, les monoculaires équipés d’un adaptateur pour se fixer sur une lunette de tir, les modules « clip-on » et les lunettes de tir thermiques : observer oui, viser non. Hors dérogations préfectorales ponctuelles, seuls les agents de l’OFB et les lieutenants de louveterie missionnés par le préfet peuvent tirer avec une optique thermique. Côté matériel, comptez de 420 € environ pour un modèle d’entrée à plus de 4 000 € pour le haut de gamme ; la résolution du capteur, la focale et le pas du pixel déterminent la portée.
Ce guide fait le point sur ce que la loi autorise vraiment, sur la façon de lire la fiche technique d’une caméra thermique, sur les modèles et les prix du marché français, et sur les limites de cette technologie.
Ce que dit la loi depuis 2025
L’article 7 de l’arrêté du 1er août 1986 dresse la liste limitative des aides électroniques permises pour la chasse et la destruction des ESOD. Il autorisait déjà les appareils à intensification de lumière tenus à la main. L’arrêté du 30 juillet 2025, publié au Journal officiel du 2 août, y ajoute « les appareils monoculaires ou binoculaires thermiques, à l’exclusion des appareils qui peuvent être mis en œuvre sans l’aide des mains dont les monoculaires équipés d’un adaptateur leur permettant d’être fixé sur une lunette de tir ». Concrètement :
- autorisés : jumelles et monoculaires thermiques tenus à la main, pour observer, repérer, compter ou suivre un animal ;
- interdits : tout appareil fixé sur l’arme, le casque ou un support qui libère les mains, les monoculaires avec adaptateur de lunette, les modules thermiques placés devant une lunette de jour, dits « clip-on », et les lunettes de tir thermiques.
Le même arrêté autorise les petites caméras vidéo placées sous le canon et déclenchées par la détonation, d’une longueur de 15 cm au plus.
Une réponse ministérielle du 23 juin 2026 à un député est venue le confirmer pour le tir : « L’interdiction couvre donc bien le cas des lunettes de tir dites « thermiques » », le ministère réservant ces dispositifs aux agents de l’OFB et aux lieutenants de louveterie. Dans cette réponse, il souligne aussi que « certains rideaux de végétation, en faisant écran à la vision thermique peuvent ainsi créer une confusion d’identification du gibier ». Rédigée de façon très générale, cette réponse vise manifestement l’usage au tir ; l’arrêté de 2025, lui, autorise clairement l’observation à la main.
Les exceptions
- les lieutenants de louveterie, lors des opérations administratives ordonnées par le préfet, ne sont pas soumis à ces restrictions ;
- pour le loup, l’arrêté du 23 février 2026, qui a remplacé le 1er avril 2026 celui du 21 février 2024 (AIDA), réserve les lunettes de tir à intensification de lumière ou à infrarouge passif aux agents de l’OFB et aux lieutenants de louveterie missionnés par le préfet ;
- depuis la loi du 18 août 2026 d’urgence agricole, son article 39 permet aux éleveurs et à leurs mandataires titulaires du permis de chasser d’utiliser, aux seules fins d’améliorer les tirs de défense contre le loup, des dispositifs de repérage thermiques ou à amplification de lumière, à l’exception des appareils utilisables sans les mains et de ceux qui se fixent sur une lunette de tir : du repérage, pas de la visée ;
- des préfets ont accordé des dérogations temporaires et locales pour des tirs de nuit du sanglier à l’optique thermique, comme la Moselle à titre expérimental en 2024, avec des tirs fichants à courte distance depuis un mirador : elles ne valent que pour leurs bénéficiaires et pour leur durée, et ne créent aucun droit ailleurs.
Rappelons enfin que la chasse de nuit reste interdite, hors gibier d’eau depuis un poste fixe dans les départements où elle est traditionnelle, et hors tir du sanglier autorisé par le préfet en Alsace-Moselle : un thermique n’autorise pas à chasser avant l’heure légale. Utiliser un appareil interdit est une contravention de 5e classe, jusqu’à 1 500 € d’amende, avec saisie possible du matériel. La recherche d’un animal blessé par un conducteur de chien de sang, elle, n’est pas un acte de chasse selon l’article L. 420-3. Notre article sur la chasse de nuit détaille ces règles.
Lire la fiche technique d’une caméra thermique
- La résolution du capteur, qui transforme la chaleur émise par l’animal en image : 256×192, 384×288, 640×480 ou 640×512, jusqu’à 1280×1024 sur les modèles les plus chers. Pulsar qualifie le 384 de « sweet spot » et le 640 de professionnel.
- Le pas du pixel, en micromètres : 12 µm permet un capteur plus compact et une meilleure portée à focale égale, 17 µm une image souvent plus douce, selon Pulsar.
- La sensibilité thermique (NETD), en millikelvins : moins de 40 mK est une bonne base, moins de 25 mK une nette amélioration, 18 mK et moins le haut de gamme, toujours selon Pulsar. Elle compte surtout par temps humide, quand tout a presque la même température.
- La focale : 10 à 25 mm pour un grand champ en forêt, 35 mm pour le meilleur compromis, 50 mm et plus pour la plaine et la longue distance.
- La portée de détection annoncée : la distance à laquelle on voit qu’il y a « quelque chose de chaud » de la taille d’un grand animal. Les fabricants la calculent sur une cible de 1,7 à 1,8 mètre sur 0,5 mètre, selon les critères de Johnson. Pulsar conseille de la diviser par cinq environ pour obtenir une distance d’identification pratique pour un gibier moyen.
L’outil ci-dessous calcule ces valeurs à partir de trois caractéristiques, comme notre calculateur balistique le fait pour la trajectoire d’une balle.
Champ de vision et portée d’une caméra thermique
Champ de vision horizontal : °, soit m de large à 100 m.
Détection d’un grand animal : environ m
Identification pratique d’un gibier moyen : environ m.
Ce que cet outil ne fait pas : il calcule le champ à partir de la largeur du capteur et de la focale, et la détection en retenant 1,5 pixel sur la dimension caractéristique d’une cible de 1,8 m sur 0,5 m, ce qui retrouve à 10 % près les portées publiées par Guide, HikMicro, Pulsar et InfiRay pour leurs modèles courants. L’identification applique la règle de Pulsar (détection divisée par 5). Il ignore la sensibilité (NETD), la qualité de l’optique et du traitement d’image, la météo et le zoom numérique, qui ne crée pas de détail.
Avec les valeurs par défaut, un capteur 640 à 12 µm derrière une optique de 35 mm, le champ fait 12,5° et couvre 22 mètres à 100 mètres ; un grand animal est détecté vers 1 840 mètres et identifiable vers 370. C’est l’ordre de grandeur annoncé par HikMicro et Pulsar pour leurs modèles de cette configuration, autour de 1 750 à 1 800 mètres de détection.
Les modèles et leurs prix
| Modèle | Capteur, focale | Détection annoncée | Prix relevé |
|---|---|---|---|
| Guide TE211 | 256×192, 12 µm, 10 mm | environ 500 m | 419 € |
| HikMicro Lynx LH15 3.0 | 320×240, 15 mm | 750 m | 899 € |
| Pulsar Axion XQ19 Compact | 384×288, 17 µm, 19 mm | 750 m | 980 € |
| HikMicro Lynx LH19 3.0 | 384×288, 12 µm, 19 mm | 900 m | 1 049 € |
| HikMicro Lynx LQ35 3.0 | 640×512, 35 mm | 1 800 m | 1 699 € |
| Pulsar Axion XG35 Compact | 640×480, 12 µm, 35 mm | 1 750 m | 1 890 € |
| HikMicro Falcon FQ35 2.0 (monoculaire) | 640×512, 35 mm | 1 800 m | 2 459 € |
| Pulsar Telos XP50 | 640×480, 17 µm, 50 mm | 1 800 m | 2 690 € |
| HikMicro Condor CQ35L 2.0 (monoculaire, télémètre) | 640×512, 35 mm | 1 800 m | 2 749 € |
| Pulsar Telos LRF XT50 (télémètre) | 1280×1024, 50 mm | 2 300 m | 4 190 € |
Caractéristiques des fiches fabricant ; prix relevés le 21 septembre 2026 sur le site de Pulsar France et chez des revendeurs français (Royal Chasse, LDLC, Frankonia), promotions comprises.
Pour la battue et la forêt, un monoculaire de 15 à 25 mm, léger et à grand champ, suffit à repérer un animal à 100 ou 200 mètres. Pour la plaine, l’affût de nuit du gibier d’eau ou le comptage, une focale de 35 à 50 mm et un capteur 640 changent la donne. Les jumelles thermiques, à deux oculaires, fatiguent moins les yeux lors des longues observations.
À quoi sert vraiment un thermique à la chasse
- Repérer avant de s’engager : à l’aube, à l’approche ou à l’affût, localiser les animaux dans une plaine ou une lisière avant qu’il fasse assez jour pour les identifier aux jumelles.
- Suivre un animal tiré : Pulsar souligne que les traces de sang et la chaleur du corps restent visibles juste après le tir. Pour une recherche au sang, le chien et son conducteur restent indispensables : notre article sur la chasse à l’approche et à l’affût rappelle la conduite à tenir après le tir.
- Vérifier l’arrière-plan, selon la logique de sécurité qui s’impose à tout tir : voir qu’un promeneur, un chien ou un autre chasseur se trouve dans la direction d’un tir, en complément, jamais en remplacement, de l’observation directe.
- Compter les animaux : les fédérations d’Occitanie et l’OFB ont testé les jumelles thermiques pour les comptages, en concluant qu’elles n’étaient pas adaptées à toutes les situations.
Les limites à connaître
Un thermique ne voit pas à travers une vitre : le verre bloque le rayonnement infrarouge qu’il capte, rappelle Pulsar. Il ne voit pas non plus derrière un tronc, et la végétation dense fait écran, comme le souligne le ministère. La pluie refroidit la végétation et le sol jusqu’à des températures proches de celle du gibier, le brouillard réduit la portée, et à l’aube et au crépuscule, le « crossover » thermique, quand tout passe par la même température, brouille l’image. Surtout, un thermique montre une silhouette chaude, pas une espèce, un sexe ou un âge : l’identification avant le tir se fait aux jumelles, comme l’expliquent notre guide des jumelles de chasse et notre article sur la réglementation de la chasse. L’OFB, citée par So Chasse en février 2026, s’inquiète d’ailleurs d’un usage qui pourrait sortir du cadre légal et devenir plus difficile à contrôler.

BlackOpe est un média de tir. Aucun lien de cet article n’est un lien d’affiliation. Le cadre réglementaire des optiques thermiques a changé en 2025 et reste discuté : avant d’acheter un appareil, vérifiez qu’il ne dispose d’aucun système de fixation sur une arme ou une lunette, et renseignez-vous auprès de votre fédération départementale.
À lire aussi : le télémètre laser, la lunette de tir, la chasse au renard et la chasse au gibier d’eau.
Questions fréquentes
La caméra thermique est-elle autorisée à la chasse ?
Oui, pour observer, depuis l’arrêté du 30 juillet 2025 : les jumelles et monoculaires thermiques tenus à la main sont autorisés. Les appareils utilisables sans les mains, fixables sur une lunette ou utilisés pour viser restent interdits.
La lunette de tir thermique est-elle autorisée ?
Non pour le chasseur. Le ministère a confirmé en juin 2026 que l’interdiction couvre les lunettes de tir thermiques, réservées aux agents de l’OFB et aux lieutenants de louveterie. Des préfets ont accordé des dérogations temporaires et locales pour des tirs de nuit du sanglier.
Un clip-on thermique est-il autorisé ?
Non. Un module placé devant une lunette de jour transforme l’arme en arme à visée thermique, et l’arrêté exclut expressément les monoculaires équipés d’un adaptateur pour lunette de tir.
Quelle caméra thermique choisir pour la chasse ?
Un capteur de 384 pixels au moins, une sensibilité inférieure à 25 mK, et une focale de 15 à 25 mm pour la forêt ou de 35 mm pour un usage polyvalent. Comptez 900 à 1 900 € pour un bon modèle de ce type.
Quelle est la portée d’une caméra thermique de chasse ?
De 500 à plus de 2 000 mètres de détection selon le capteur et la focale, pour une cible de la taille d’un grand animal. L’identification pratique d’un gibier moyen se fait environ cinq fois plus près, selon Pulsar.
Peut-on chasser la nuit avec une caméra thermique ?
Non. La chasse de nuit reste interdite, sauf pour le gibier d’eau depuis un poste fixe dans 27 départements et pour le sanglier en Alsace-Moselle, sur autorisation préfectorale. Le thermique ne change pas les horaires de chasse.
Une caméra thermique voit-elle à travers les feuilles ?
Non. Elle ne voit ni à travers une vitre, ni derrière un tronc, et la végétation dense fait écran. C’est aussi pour cela que le ministère met en garde contre les erreurs d’identification.
Que risque-t-on avec un appareil thermique interdit ?
Une contravention de 5e classe, jusqu’à 1 500 € d’amende, avec saisie possible du matériel. Tirer de nuit ou braconner avec un tel appareil expose à des sanctions bien plus lourdes.
