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La .38 Special : quatre fiches C.I.P., et un +P que la C.I.P. ne connaît pas

Une douzaine de cartouches de .38 Special à ogive ronde en plomb, debout et couchées sur le tapis d'un comptoir d'armurerie

La .38 Special est la seule cartouche du tableau IV de la C.I.P. à porter quatre fiches : la cartouche ordinaire à 1500 bar, la wadcutter de match à 1200 bar, la .38 AMU à demi-bourrelet à 1250 bar, et une fiche de chambre de carabine. La norme américaine SAAMI en publie trois autres, dont la fameuse +P. Mises côte à côte, elles disent une chose que presque personne n’écrit : converti en bar, le +P américain reste sous le plafond européen de la .38 Special ordinaire.

Le calibre 38 spécial est une cartouche que beaucoup de tireurs français croisent au stand : celle du tir de précision à 25 mètres, des revolvers d’occasion et des boîtes de 50 à moins de 25 euros. Les pages qui la présentent répètent à peu près la même fiche technique. Celle-ci part des textes : les fiches publiques de la C.I.P., la norme ANSI/SAAMI Z299.3-2022 et l’article du code de la sécurité intérieure qui la cite. Elle dit ce que signifient les marquages d’une boîte, ce que coûte la munition en France au 30 septembre 2026, et comment la recharger sans jamais lire une charge ailleurs que dans la table du fabricant de poudre.

Ce que dit la fiche C.I.P. de la .38 Special

La cartouche figure au tableau IV de la C.I.P., celui des cartouches de revolver et de pistolet. Sa fiche est datée du 14 juin 1984 et révisée le 7 juin 2000, pays d’origine les États-Unis. Elle est publique, comme les quatre-vingt-quinze autres du tableau, sur l’index du tableau IV.

L’étui mesure 29,34 mm au maximum, la cartouche 39,37 mm hors tout. Le bourrelet fait 11,18 mm de diamètre sur 1,50 mm d’épaisseur, le corps 9,63 mm, et l’ogive ne doit pas dépasser 9,12 mm. Côté canon, la fiche décrit une âme de 8,79 mm, un fond de rayure de 9,02 mm et six rayures de 2,67 mm de large, au pas de 476 mm, soit un tour en 18,75 pouces.

La pression maximale est de 1500 bar, et la pression d’épreuve de 1950 bar : c’est le niveau que les bancs d’épreuve des pays de la C.I.P. appliquent à une arme avant de la poinçonner. Tout ce qui suit dans cet article se mesure à ces deux chiffres.

Deux cotes méritent déjà un arrêt. La première est le diamètre de l’ogive, 9,12 mm, quand le nom « .38 » promet 9,652 mm : nous y revenons plus bas. La seconde est la longueur hors tout, 39,37 mm : c’est elle qui distingue la cartouche ordinaire des autres fiches du même nom.

Quatre fiches C.I.P., trois désignations SAAMI

Le tableau IV compte quatre-vingt-seize fiches. Six cartouches y en ont deux : la .357 Magnum, la .44 Special, la .44 Magnum, le .45 Colt et le .45 Schofield, avec une version carabine, et la .32 S&W Long, avec une version wadcutter. La .38 Special est la seule à en avoir quatre. La norme américaine, elle, lui consacre trois désignations sur deux dessins.

NomNormeÉtuiHors tout maxiBourreletPression maximale
38 SpecialC.I.P., fiche du 14 juin 198429,34 mm39,37 mm11,18 mm1500 bar
38 Spl. Wad Cut.C.I.P., fiche du 14 juin 198429,34 mm30,35 mm11,18 mm1200 bar
38 Spl. AMUC.I.P., révisée le 23 septembre 200829,34 mm30,23 mm10,31 mm, demi-bourrelet1250 bar
38 Special (carb)C.I.P., révisée le 10 mai 1995chambre seulenon publiéechambre 11,28 mm1500 bar
38 SpecialSAAMI, dessin du 29 mai 197929,34 mm39,37 mm11,18 mm17 000 psi, environ 1172 bar
38 Special +PSAAMI, même dessin29,34 mm39,37 mm11,18 mm20 000 psi, environ 1379 bar
38 Special MatchSAAMI, dessin du 29 mai 197929,34 mm30,35 mm11,18 mm17 000 psi, environ 1172 bar

Fiches TDCC du tableau IV de la C.I.P. et norme ANSI/SAAMI Z299.3-2022 (dessins révisés le 8 juillet 2021), relevées le 30 septembre 2026. Pressions SAAMI : pression maximale moyenne au capteur, convertie à 1 psi = 0,068 947 57 bar. Les deux organismes ne mesurent pas de la même façon.

Trois lignes de ce tableau vont occuper la suite. La .38 Special +P, qui n’a aucune fiche C.I.P. La wadcutter, qui a la sienne en Europe et partage le chiffre de la cartouche ordinaire aux États-Unis. Et la .38 AMU, une cartouche que presque personne n’a tenue en main mais que la C.I.P. tient toujours à jour.

Une précision sur la longueur hors tout. Le dessin SAAMI de la .38 Special ordinaire ne fixe pas qu’un maximum de 39,37 mm, il donne aussi un minimum de 32,39 mm : entre les deux tiennent toutes les formes d’ogive du commerce, de la ronde en plomb à la pointe creuse. La wadcutter, elle, a son propre dessin.

Le +P : même dessin, autre chiffre

La mention +P sur une boîte de .38 Special renvoie à une désignation de la norme SAAMI, et à elle seule. La norme décrit la .38 Special et la .38 Special +P sur le même dessin, daté du 29 mai 1979 : même étui, même bourrelet, même ogive, même longueur hors tout. Une seule ligne change, la pression maximale moyenne, qui passe de 17 000 à 20 000 psi, soit 17,6 % de plus. On lit souvent 17 500 psi pour la cartouche ordinaire, jusque sur des pages d’armuriers français : la norme en vigueur, celle de 2022, publie 17 000.

La norme ajoute deux précisions. Le marquage +P figure sur le culot de l’étui, et ces cartouches ne se tirent que dans les armes conçues pour elles et recommandées comme telles par leur fabricant. Rien dans les cotes ne distingue une +P d’une cartouche ordinaire : une +P entre dans toute chambre de .38 Special. C’est précisément pour cela que la question se règle sur le marquage et dans la notice, pas au chambrage.

Côté C.I.P., la réponse est plus courte. Aucune fiche ne porte de marquage +P : ni dans les noms des onze tableaux publics, ni dans les champs « marquage alternatif », ni dans le texte des 496 fiches des tableaux I à IV que nous avons dépouillées. En Europe, la cartouche ordinaire n’a qu’un plafond, 1500 bar, et le marquage +P n’y correspond à aucune fiche.

Ce que dit votre boîte de .38 : la norme derrière le marquage

Ce que cet outil ne fait pas : il lit un marquage et restitue ce que les normes publient pour lui. Il ne dit jamais ce qu’une arme accepte : seuls le marquage du canon et la notice du fabricant de l’arme en décident, et la question se pose à un armurier. Cotes et pressions C.I.P. : fiches TDCC publiques du tableau IV, relevées le 30 septembre 2026. Pressions SAAMI : norme ANSI/SAAMI Z299.3-2022, pression maximale moyenne au capteur piézoélectrique. Conversion : 1 psi = 0,068 947 57 bar. Les deux organismes ne mesurent pas la pression de la même manière : leurs chiffres se comparent en ordre de grandeur, pas au bar près.

Reste le +P+, qu’on lit sur certaines boîtes de munitions de défense américaines. Il n’appartient à aucune norme : la norme SAAMI de 2022 ne le contient pas, la C.I.P. non plus. Le marquage ne renvoie qu’au cahier des charges du fabricant de la munition, et il n’engage aucun plafond publié.

Un dernier chiffre SAAMI éclaire le reste. Dans sa section consacrée aux cartouches d’épreuve, la norme déclare obsolète la cartouche d’épreuve de la .38 Special ordinaire et renvoie à celle de la +P, dont la pression moyenne doit se situer entre 27 000 et 29 500 psi, soit environ 1862 à 2034 bar. La pression d’épreuve de la fiche C.I.P., 1950 bar, tombe exactement dans cette fourchette. À l’épreuve, les deux organismes se rejoignent ; c’est au plafond de service qu’ils divergent.

Un plafond européen au-dessus du +P américain

Convertis, les chiffres se lisent ainsi : 1500 bar pour la .38 Special à la C.I.P., 1172 bar pour la .38 Special au SAAMI, 1379 bar pour la +P. Le plafond européen de la cartouche ordinaire dépasse de 28 % celui de la cartouche américaine, et de 9 % celui de la +P.

La C.I.P. et le SAAMI ne mesurent pas la pression de la même manière, et leurs chiffres ne se comparent qu’en ordre de grandeur. Mais l’ordre de grandeur est connu : sur le 9 mm Luger, que les deux organismes publient, l’écart n’est que de 3 %, comme nous l’avons mesuré dans notre article sur le 9 × 23. Un écart de 28 % ne vient pas de la méthode. On retrouve d’ailleurs un écart du même ordre sur la .357 Magnum, qui partage le canon de la .38 Special : 3000 bar à la C.I.P., 35 000 psi au SAAMI, soit environ 2413 bar.

Les quatre fiches C.I.P. de la .38 Special et la +P américaine Profils à l’échelle vraie de la .38 Special, de la wadcutter, de la .38 AMU à demi-bourrelet et de la chambre de carabine, avec leurs pressions maximales C.I.P. et les pressions SAAMI converties, dont celle de la +P. La .38 Special est la seule cartouche du tableau IV à porter quatre fiches C.I.P. Profils à l’échelle vraie, alignés sur le culot. À droite, la pression maximale de chaque fiche, et les chiffres SAAMI convertis en bar. étui et balle, à l’échelle pression maximale publiée (bar) 0 500 1000 1500 38 Special la cartouche · fiche du 14 juin 1984 hors tout 39,37 bourrelet 11,18 1500 bar 17 000 psi ≈ 1172 bar 38 Spl. Wad Cut. la wadcutter de match hors tout 30,35 bourrelet 11,18 1200 bar 17 000 psi ≈ 1172 bar 38 Spl. AMU demi-bourrelet, pistolets de match hors tout 30,23 bourrelet 10,31 1250 bar 38 Special (carb) une chambre de carabine, sans cartouche colonne « cartouche » vide chambre 29,54 prise de rayures 3,77 1500 bar .38 Special +P SAAMI seul · aucune fiche C.I.P. hors tout 39,37 mêmes cotes 20 000 psi ≈ 1379 bar plafond C.I.P. de la .38 Special : 1500 bar La C.I.P. ne connaît pas le +P. Converti, le +P américain (1379 bar) reste sous le plafond européen de la .38 Special ordinaire (1500 bar). Barres charbon : pression maximale de la fiche C.I.P. Barres rouille : pression maximale moyenne de la norme SAAMI, convertie à 1 psi = 0,068 947 57 bar. Les deux organismes ne mesurent pas de la même façon : les barres se comparent en ordre de grandeur, pas au bar près. La fiche (carb) ne décrit qu’une chambre de carabine et reprend le plafond de la cartouche. Le SAAMI décrit la +P sur le même dessin que la .38 Special (29 mai 1979). Fiches TDCC du tableau IV et norme ANSI/SAAMI Z299.3-2022, relevées le 30 septembre 2026. Ogives dessinées sur leur diamètre maximal, forme de pointe schématique ; les wadcutters affleurent à 1,01 mm (Wad Cut.) et 0,89 mm (AMU).
Les quatre fiches C.I.P. qui portent le nom de la .38 Special, à l’échelle de leurs cotes, et la +P américaine, qui n’a pas de fiche européenne. Les barres SAAMI sont converties en bar et se comparent en ordre de grandeur.

Ce que ces chiffres ne disent pas mérite d’être écrit aussi clairement. Un plafond de norme n’est pas une autorisation de tir. Il dit ce que la cartouche peut développer au maximum dans un canon d’essai, et à quel niveau la C.I.P. éprouve les armes. Il ne dit rien d’un revolver précis, de son âge, de son acier ou de sa carcasse. Les fabricants d’armes eux-mêmes restreignent l’usage de la +P sur certains modèles, anciens ou à carcasse légère : la notice de l’arme fait foi, et en cas de doute, la question se pose à un armurier, pas à une norme.

La wadcutter : une fiche à elle, et 1,01 mm de plomb

La wadcutter est la cartouche des tireurs de précision. Son ogive cylindrique, à face plate, découpe dans la cible un trou net que l’arbitre compte sans hésiter. La C.I.P. lui consacre une fiche distincte, 38 Spl. Wad Cut., datée du 14 juin 1984 comme la cartouche ordinaire. L’étui, le bourrelet, la chambre et les cotes du canon y sont identiques. Trois chiffres changent.

Le premier est la longueur hors tout : 30,35 mm, contre 39,37 mm. Pour un étui de 29,34 mm, cela laisse 1,01 mm de plomb au-dessus de la bouche : l’ogive affleure. Le dessin SAAMI de la « 38 Special Match » descend même à 29,08 mm hors tout au minimum, sous la longueur de l’étui : l’ogive peut finir légèrement enfoncée. Le deuxième est le diamètre de l’ogive, 9,14 mm au maximum contre 9,12 mm. Le troisième est la pression : 1200 bar, 20 % sous la cartouche ordinaire, avec une pression d’épreuve de 1560 bar.

Le SAAMI ne fait pas cette distinction de pression. Sa .38 Special Match reste à 17 000 psi, comme la cartouche ordinaire, et il ne prévoit pour elle aucune cartouche d’épreuve spécifique : il renvoie, là encore, à celle de la +P.

Le calibre doit sa place au stand à un chiffre de règlement. L’ISSF, la fédération internationale de tir sportif, admet au pistolet percussion centrale à 25 mètres les armes de 7,62 à 9,65 mm, soit de .30 à .38. La .38 Special, dont le nom converti vaut 9,652 mm, en marque exactement la borne supérieure. Elle y partage l’épreuve avec la .32 S&W Long wadcutter, plus douce au recul, dont nous avons décrit la famille dans notre article sur le .32 S&W et ses faux amis.

« Le calibre 38 Spécial », par la chaîne Cyril CTS : un tireur répond à la question qu’on lui pose le plus, faut-il acheter un revolver dans ce calibre.

La .38 AMU et la fiche de carabine

La troisième fiche porte un nom que presque aucun tireur français n’a lu : 38 Spl. AMU. AMU, c’est l’Army Marksmanship Unit, l’unité de tir de l’armée américaine. Dans les années 1950, elle fait modifier des pistolets 1911 pour tirer une .38 Special à ogive wadcutter affleurante, sur un étui dont le bourrelet est réduit à un demi-bourrelet.

La fiche C.I.P., révisée le 23 septembre 2008, en garde la trace au centième. L’étui mesure les mêmes 29,34 mm que la .38 Special, mais le culot ne fait plus que 10,31 mm pour un corps de 9,63 mm, avec une gorge d’extraction de 8,76 mm, et une note précise que la cartouche se cale sur ce demi-bourrelet. Or 10,31 mm sur 1,27 mm d’épaisseur, c’est exactement le culot du .38 Super, la cartouche de pistolet de la même époque. La .38 AMU est une .38 Special montée sur une tête de .38 Super, pour une pression maximale de 1250 bar.

La formule n’a pas résisté au temps. Colt et Smith & Wesson ont préféré chambrer leurs pistolets de match pour la wadcutter à bourrelet ordinaire, avec le Colt National Match .38 Special Mid-Range et le Smith & Wesson Model 52. La fiche AMU, elle, est restée au tableau.

La quatrième fiche, 38 Special (carb), révisée le 10 mai 1995, ne décrit aucune cartouche : sa colonne « cartouche maxi » est vide. Elle cote une chambre de carabine, et ce qui change tient dans l’entrée du canon. Le barillet d’un revolver reçoit la balle dans un couloir de 9,09 mm de diamètre et 13,72 mm de long, qui rattrape l’alignement au saut du barillet vers le canon. La chambre de carabine ouvre à 9,65 mm sur 3,77 mm seulement. Particularité par rapport à ses cousines : là où les fiches de carabine de la .357 Magnum et de la .44 Special ne publient aucune pression, celle de la .38 Special reprend ses 1500 bar.

Prix de la munition et du revolver .38 Special en France

La .38 Special se trouve à moins de 25 € la boîte de 50. Relevés du 30 septembre 2026 chez deux armuriers en ligne : la boîte de 50 cartouches Geco à ogive blindée de 158 grains à 21,90 €, la wadcutter Geco à 22,50 € et la wadcutter Fiocchi de 148 grains entre 22,90 € et 23,50 € selon l’enseigne. La Winchester Target à ogive blindée de 130 grains se vend par 100, à 59,90 €, soit 0,60 € le coup. En boîte de 1000, la wadcutter Fiocchi revient à 415,95 €, soit 0,42 € le coup, et la cartouche blindée Sellier & Bellot à 499,95 €, soit 0,50 €.

Chez le second armurier, la .357 Magnum la moins chère s’affichait le même jour à 27,95 € la boîte de 50. L’écart par boîte est modeste, mais il se cumule vite pour un tireur qui brûle plusieurs centaines de cartouches par mois. Les munitions de défense à pointe creuse, dont certaines sont annoncées +P, montent nettement plus haut : 45,90 € la boîte de 50 pour l’une d’elles au même relevé.

Revolver compact à carcasse noire et chien intégré posé sur un tapis de comptoir d'armurerie, devant cinq cartouches à ogive ronde en plomb
Un revolver compact à chien intégré et cinq cartouches à ogive ronde en plomb. Sur ce type d’arme légère, c’est la notice du fabricant qui dit si la +P est admise, pas la cote de la chambre.

Pour l’arme, une grande place de marché française affichait ce jour-là 224 annonces de revolvers en .38 Special. Sur la première page, les vingt-trois revolvers d’occasion affichant un prix allaient de 299 € à plus de 7000 €, avec une médiane autour de 550 € et neuf annonces sous la barre des 500 €. Les moins chers étaient des Taurus Model 82 autour de 325 €, un Weihrauch HW 38 à 449 €, un Smith & Wesson Model 10 et un Rossi 87 à 490 €. On voit aussi passer des revolvers réformés de police municipale.

Un revolver bon marché n’est pas forcément une bonne affaire. Sur une arme d’occasion, l’armurier vérifie l’indexation du barillet, son jeu, l’entrefer entre le barillet et le canon et l’état du cône de raccordement : ces points coûtent plus cher à reprendre que la différence de prix entre deux annonces.

D’où vient le « 38 » : l’escalier des .38

Smith & Wesson lance la .38 Special au tournant du siècle, en 1898 selon les uns, en 1902 selon les autres, pour ses revolvers de la lignée Military & Police et Hand Ejector. Elle est d’abord chargée à la poudre noire, et passe très vite à la poudre sans fumée. Son point de départ est la .38 Long Colt de l’armée américaine, dont elle allonge l’étui pour loger davantage de poudre.

Les fiches C.I.P. permettent de monter l’escalier marche par marche, à bourrelet constant de 11,18 mm : la .38 Short Colt à 19,43 mm d’étui, la .38 Long Colt à 26,29 mm, la .38 Special à 29,34 mm, la .357 Magnum à 32,77 mm et la .357 Maximum à 40,77 mm. Les plafonds suivent : 900 bar pour les deux Colt, 1500 pour la Special, 3000 pour la Magnum, 3100 pour la Maximum. C’est la logique de la famille des .32, transposée d’un cran plus haut.

Le nom, lui, ne mesure rien. .38 pouce vaut 9,652 mm, et aucune cote de la fiche ne s’en approche : l’ogive plafonne à 9,12 mm, le fond de rayure à 9,02 mm. Le « 38 » décrit l’étui de l’époque des balles à talon, quand le projectile faisait le diamètre de la douille. La .357 Magnum, qui tire exactement la même ogive dans exactement le même canon, porte un nom qui tombe à 0,05 mm du fond de rayure. Un demi-millimètre d’écart de nom pour zéro millimètre d’écart de cote : la règle est détaillée dans notre article sur la .44 Special, qui en est l’exemple le plus parlant.

.38 Special ou .357 Magnum : ce que les fiches ajoutent

La compatibilité entre les deux cartouches, dans quel sens elle fonctionne et ce que l’usage mixte fait à l’avant des chambres, est traitée dans notre dossier sur la .357 Magnum, et nous n’y revenons pas. Les fiches ajoutent trois chiffres. Même canon, âme de 8,79 mm et fond de rayure de 9,02 mm. Même ogive maximale, 9,12 mm. Et deux différences : un étui plus long de 3,43 mm sur la Magnum, et une pression maximale doublée, 3000 bar contre 1500.

La longueur hors tout raconte la même histoire en plus discret. La .357 Magnum ne dépasse la .38 Special que de 1,02 mm hors tout, 40,39 contre 39,37 mm, alors que son étui est plus long de 3,43 mm : l’ogive de la Magnum dépasse moins de l’étui, 7,62 mm au plus contre 10,03 mm. C’est le même phénomène que sur le couple .44 Special et .44 Magnum.

Les faux amis du « 38 »

La .38 S&W, que la C.I.P. connaît aussi sous le nom de 38 Colt New Police, est le piège classique. Elle n’est pas une .38 Special raccourcie : son étui mesure 19,69 mm, son ogive 9,17 mm et son canon a un fond de rayure de 9,13 mm, contre 9,12 et 9,02 mm pour la .38 Special. C’est une autre cartouche, pour un autre canon, plafonnée à 1200 bar.

Le .38 Super n’a rien d’un revolver : c’est une cartouche de pistolet à demi-bourrelet, étui de 22,86 mm, 2300 bar. Il fait partie des quatre cartouches qu’on appelle « 9 × 23 ». Les 380 Long et 380 Short sont d’anciennes cartouches britanniques du même tableau, à 770 et 680 bar. La 38-40 Win. et la 38-55 Win. sont des cartouches de carabine, rangées au tableau II. Et le tableau VI, celui des cartouches à but industriel, porte une « 38 SP (9 x 29) » : un culot de .38 Special, 11,17 mm, sur un étui de 23,50 mm, sans aucun projectile, à 3600 bar. Ce n’est pas une munition d’arme.

Le 9 mm Luger, enfin, partage le fond de rayure de 9,02 mm, et son ogive plafonne à 9,03 mm, neuf centièmes sous celle de la .38 Special. Le reste n’a rien à voir : étui de 19,15 mm, sans bourrelet, 2350 bar. Tout ce qu’il faut savoir de lui est dans notre dossier sur le 9 mm Parabellum.

En France : catégorie B, et un calibre que la loi cite deux fois

Un revolver chambré en .38 Special est une arme de poing : il relève de la catégorie B, soumise à autorisation préfectorale, avec licence de tir en cours de validité, avis favorable de la fédération et enregistrement au système d’information sur les armes. Le parcours complet est décrit dans notre guide de l’arme de catégorie B. Une carabine à levier chambrée en .357 Magnum, qui tire aussi la .38 Special si son fabricant l’admet, suit un autre régime, celui des armes d’épaule.

La .38 Special a aussi une particularité juridique. L’article R511-12 du code de la sécurité intérieure, qui fixe l’armement des policiers municipaux, la nomme deux fois dans la même phrase, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2021 : il autorise les « revolvers chambrés pour le calibre 38 Spécial » avec des munitions de service à projectile expansif, puis les revolvers chambrés en .357 Magnum, à condition de n’y tirer que des munitions de .38 Spécial. C’est le seul calibre que l’article nomme deux fois ; pour les autres armes de poing, il cite le 7,65 mm et le 9 × 19.

Un revolver dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900 peut relever de la catégorie D, mais la règle se lit modèle par modèle, avec ses listes d’exceptions, et elle est détaillée dans notre article sur les armes d’avant 1900. La .38 Special datant du tournant du siècle, le cas est rare et se vérifie avec un armurier avant tout achat.

Recharger la .38 Special : composants et points de vigilance

La .38 Special est la cartouche sur laquelle beaucoup de tireurs apprennent à recharger. Le revolver garde ses étuis dans le barillet, la pression est modérée et les étuis durent longtemps. Aucune charge ne figure dans cet article : elles se lisent dans la table en vigueur du fabricant de poudre, pour l’ogive et l’étui exacts, en partant de la charge de départ, et notre article sur la lecture d’une table de rechargement explique comment.

Les étuis. Ils se trouvent neufs sans difficulté. La longueur d’étui maximale est de 29,34 mm, avec une tolérance SAAMI de 0,51 mm vers le bas : un étui qui s’allonge au-delà du maximum se recoupe. Un étui de .38 S&W, plus court et d’un autre diamètre, n’a rien à faire dans le même lot.

Les amorces sont des petit pistolet, les poudres des poudres vives de pistolet et de revolver, chez Vectan comme chez Vihtavuori. Les ogives se prennent au diamètre de la fiche : le dessin SAAMI donne 9,093 mm pour une ogive blindée et 9,119 mm pour une ogive en plomb, que la C.I.P. plafonne à 9,12 mm, et les deux normes cotent l’entrée du barillet à 9,09 mm au minimum. Pour le plomb coulé, le diamètre se choisit d’après celui des sorties de chambres de l’arme.

La double charge est le risque propre à ce calibre. L’étui est volumineux au regard des petites charges de wadcutter, et une double charge peut y tenir sans déborder. La seule parade est un contrôle visuel systématique de chaque étui, sous une bonne lumière, avant de poser l’ogive.

Le sertissage, enfin, dépend de l’ogive. La wadcutter affleure et se sertit légèrement, juste assez pour tenir. Une ogive à gorge de sertissage demande un sertissage franc, qui empêche les balles des chambres voisines d’avancer sous le recul et de bloquer le barillet. Notre article sur le sertisseur de cartouches détaille les deux gestes.

Pour chaque tireur, la bonne .38 Special

Pour le tir de précision à 25 mètres, la wadcutter, dans un revolver à canon long et visée réglable : c’est la cartouche que la C.I.P. décrit à 1200 bar, et celle qui découpe dans le papier un trou net. La référence qui groupe le mieux dépend de l’arme, et se trouve en comparant plusieurs lots sur appui.

Pour l’entraînement et le loisir, l’ogive blindée ou en plomb de 158 grains, parmi les moins chères du rayon, autour de 0,42 à 0,50 € le coup en boîte de 1000. Dans un revolver en .357 Magnum, c’est aussi la munition d’entraînement naturelle.

Pour un revolver ancien ou léger, la cartouche ordinaire, jamais une +P tant que la notice du fabricant ne permet pas de l’utiliser sur ce modèle. Un plafond de norme ne dit rien de l’état d’une arme de soixante ans.

Pour le collectionneur, les boîtes de wadcutter anciennes, les .38 AMU et les .38 Long Colt se gardent en vitrine. Leur fiche C.I.P. existe, leur intérêt tient surtout dans ce qu’elles racontent de l’histoire du tir de match.

À lire aussi : la .357 Magnum, la .44 Special, le .32 S&W et ses faux amis, et le choix d’une presse de rechargement.

Questions fréquentes

Quelle différence entre la .38 Special et la .357 Magnum ?

Elles partagent le canon, l’ogive maximale de 9,12 mm et le bourrelet de 11,18 mm. La .357 Magnum a un étui plus long de 3,43 mm, 32,77 contre 29,34 mm, et une pression maximale doublée à la C.I.P. : 3000 bar contre 1500.

Que veut dire +P sur une boîte de .38 Special ?

C’est une désignation de la norme américaine SAAMI : même dessin que la .38 Special, pression maximale portée de 17 000 à 20 000 psi. La norme la réserve aux armes conçues pour elle et recommandées par leur fabricant. La C.I.P. n’a aucune fiche +P.

Quelle est la pression maximale de la .38 Special ?

1500 bar à la C.I.P., avec une pression d’épreuve de 1950 bar. Le SAAMI publie 17 000 psi, environ 1172 bar, et 20 000 psi pour la +P. Les deux organismes ne mesurent pas de la même façon : les chiffres se comparent en ordre de grandeur.

Peut-on tirer de la .38 Special +P dans n’importe quel revolver ?

La norme ne répond pas à cette question : la +P a les mêmes cotes que la cartouche ordinaire et entre dans toute chambre de .38 Special. C’est la notice du fabricant de l’arme qui dit si elle est admise, et sur un revolver ancien ou léger, la question se pose à un armurier.

Qu’est-ce qu’une .38 Special wadcutter ?

La cartouche du tir de précision : une ogive cylindrique à face plate qui affleure l’étui, 30,35 mm hors tout au maximum. La C.I.P. lui consacre une fiche à part, plafonnée à 1200 bar, soit 20 % sous la cartouche ordinaire.

Pourquoi s’appelle-t-elle .38 alors que la balle fait 9 mm ?

Parce que le nom décrit l’étui de l’époque des balles à talon, pas le canon. .38 pouce vaut 9,652 mm, quand la fiche C.I.P. plafonne l’ogive à 9,12 mm et le fond de rayure à 9,02 mm. La .357 Magnum, qui tire la même ogive, porte un nom juste.

La .38 S&W et la .38 Special sont-elles la même cartouche ?

Non. La .38 S&W, aussi appelée 38 Colt New Police, a un étui de 19,69 mm, une ogive de 9,17 mm et un canon au fond de rayure de 9,13 mm, contre 29,34, 9,12 et 9,02 mm pour la .38 Special. Ce sont deux cartouches et deux canons différents.

Combien coûte une boîte de .38 Special en France ?

Au relevé du 30 septembre 2026, de 21,90 € à 23,50 € la boîte de 50 pour les moins chères, en ogive blindée ou en wadcutter. En boîte de 1000, le coup revient de 0,42 à 0,50 €. Une munition de défense annoncée +P atteignait 45,90 € la boîte de 50.

Un revolver en .38 Special est-il en catégorie B ?

Oui, comme toute arme de poing moderne : autorisation préfectorale, licence de tir en cours de validité et enregistrement au SIA. C’est aussi l’un des calibres autorisés aux policiers municipaux par l’article R511-12 du code de la sécurité intérieure.

Quel est le calibre réel de la .38 Special en millimètres ?

La fiche C.I.P. donne une ogive de 9,12 mm au maximum, un canon de 8,79 mm à l’âme et de 9,02 mm au fond de rayure. Le dessin SAAMI donne 9,093 mm pour une ogive blindée et 9,119 mm pour une ogive en plomb.