Le .405 Winchester travaille à 2450 bar. Son unique cousin, le .35 Winchester, travaille à 3050. Et pourtant c’est le .405 qui pousse le plus fort : 20 857 newtons contre 19 450. Six cents bars de moins, et 1 407 newtons de plus.
Ce n’est pas un paradoxe, c’est de l’arithmétique : la force qui pousse une ogive vaut la pression multipliée par la section du canon, et le .405 a 33 % de section en plus. Voici ce que disent les deux fiches, et pourquoi cette cote-là n’est publiée nulle part.
Deux cartouches sur un bourrelet, et deux seulement
Nous avons relevé les 145 fiches françaises du tableau II de la C.I.P., celui des cartouches à bourrelet. Deux seulement portent un bourrelet de 13,79 mm : le .35 Winchester et le .405 Winchester. Elles ont la même fiche d’origine, le 14 juin 1984, révisée le 15 mai 2002 pour les deux.
Et elles partagent une seconde cote, plus parlante encore. Leur longueur hors tout vaut 80,64 mm pour l’une et 80,65 pour l’autre. Un centième d’écart. Ce n’est pas une coïncidence : les deux ont été dessinées pour la même arme, le Winchester Model 1895, un fusil à levier à magasin à boîte. Le boîtier fixe la longueur, la culasse fixe le bourrelet, et tout le reste est libre.
| Cote C.I.P. | 405 Winchester | 35 Winchester |
|---|---|---|
| Bourrelet | 13,79 mm | 13,79 mm |
| Longueur hors tout | 80,64 mm | 80,65 mm |
| Corps d’étui | 11,73 mm | 11,72 mm |
| Forme | paroi droite | à épaulement, cône de 30°38′ |
| Longueur d’étui | 65,61 mm | 61,34 mm |
| Ogive maximale | 10,45 mm | 9,12 mm |
| Âme du canon | 10,29 mm | 8,89 mm |
| Section d’âme | 85,13 mm² | 63,77 mm² |
| Pression maximale | 2450 bar | 3050 bar |
| Énergie retenue | 4490 J | 4145 J |
| Pas de rayure | 356,00 mm | 355,00 mm |
Deux lignes surlignées en haut disent la contrainte commune, deux lignes surlignées en bas disent le choix qui les sépare. Le .35 Winchester a pris la voie de la pression, le .405 celle de la section. Le premier rétreint son étui sur une ogive de 9,12 mm et monte à 3050 bar ; le second garde une paroi droite jusqu’à la bouche, ouvre son âme à 10,29 mm et se contente de 2450.
La pression n’est pas la force
Voici le calcul, et il tient en une ligne. Un bar vaut cent mille pascals, un millimètre carré un millionième de mètre carré. La force en newtons vaut donc la pression en bars, multipliée par la section en millimètres carrés, divisée par dix.
- 405 Winchester : 2450 × 85,13 ÷ 10 = 20 857 newtons
- 35 Winchester : 3050 × 63,77 ÷ 10 = 19 450 newtons
C’est le même principe qu’un vérin hydraulique : on obtient la même poussée avec peu de pression sur un gros piston qu’avec beaucoup de pression sur un petit. Une cartouche de levier est un gros piston à basse pression. Elle ne cherche pas la vitesse, elle cherche la poussée sur un projectile lourd, et elle évite au passage de solliciter une boîte de culasse à verrouillage modeste.
La cote de section, notée Q sur la fiche, est la seule de tout le document qui soit déjà une surface. La C.I.P. la publie pour chaque calibre, et personne ne s’en sert. Multipliée par la pression, elle dit ce qui pousse réellement l’ogive, et elle explique pourquoi une cartouche à 2450 bar peut faire mieux qu’une cartouche à 3800.
Le comparateur de poussée
L’outil applique la même formule à dix cartouches à bourrelet du tableau II, et les compare au .405 Winchester. Lisez d’abord la colonne pression, puis la force : les deux ne vont pas dans le même sens.
Comparer au .405 Winchester
Ce que cet outil ne fait pas : il lit des fiches et applique une multiplication. Il ne dit jamais ce qui se chambre dans quoi, et la force au culot n’est pas une performance sur le gibier : elle ne dit rien de la vitesse, de la trajectoire ni du comportement de l’ogive. Seul le marquage du canon fait foi. Les onze jeux de cotes viennent des fiches TDCC publiques du tableau II, relevées le 15 septembre 2026. L’énergie retenue n’est pas une performance mesurée : c’est la valeur attachée à la cartouche telle qu’elle a été déposée.
Ce que donne la munition d’usine
La fiche retient 4490 joules. La munition américaine la plus répandue, à ogive à pointe souple de 300 grains, est annoncée par son fabricant à 2200 pieds par seconde et 3224 pieds-livres dans un canon d’essai de 24 pouces, soit 671 m/s et 4 371 joules. La fiche est 2,7 % au-dessus, ce qui est le rôle d’un plafond.
Le même fabricant publie 2380 pieds-livres à 100 yards et 1730 à 200, soit 3 227 joules à 91 mètres et 2 345 à 183. La cartouche conserve 74 % de son énergie sur les cent premiers mètres, ce qui est remarquable pour une ogive de ce diamètre, et elle passe encore le seuil des 1 000 joules bien au-delà de 300 mètres. Ce n’est pas la trajectoire qui limite le .405, c’est l’arme : une hausse de levier et un canon de 1904 ne se tirent pas à 300 mètres.
Le nom qui tombe juste
Un détail mérite d’être noté, parce qu’il est rare. Le .405 annoncé vaut 10,287 mm. L’âme du canon, cote F de la fiche, vaut 10,29 mm. Le nom tombe sur la cote au centième près.
C’est l’exception plutôt que la règle, comme le montre notre dossier sur les diamètres réels d’une .44 Special, où aucune des trois cotes publiées ne correspond au nom. Ici, le .405 désigne l’âme, pas le projectile : l’ogive maximale fait 10,45 mm et le fond de rayure 10,49. Ce qui donne une curiosité de plus : l’ogive est 0,04 mm plus fine que le fond de rayure de son propre canon, ce qui n’a rien d’unique au tableau II, où dix-sept fiches sur cent quarante-quatre sont dans ce cas.
Prix et disponibilité du .405 Winchester en France
Comme pour le .375 Winchester, la filière française tient à un seul chargeur. Relevé du 15 septembre 2026 :
- 159,20 € la boîte chez un détaillant en ligne, pour une ogive à nez rond de 19,4 g, soit 300 grains, chargée par une maison française.
- Aucune autre référence trouvée chez les détaillants français consultés ; un second revendeur annonce bien la catégorie, mais son site était en maintenance au moment du relevé.
La fiche produit ne publie pas le nombre de cartouches par boîte, ce qui empêche de calculer un prix au coup honnête. C’est le prix le plus élevé de tous les calibres de levier que nous avons relevés, et il s’explique : une ogive de 19,4 g coûte cher en plomb et en cuivre, et une série courte coûte cher à lancer.
Quelle arme en .405 Winchester
Le calibre naît en 1904 pour le Winchester Model 1895, un levier à magasin à boîte et non à tube, donc capable d’avaler des ogives pointues et de gros étuis. Theodore Roosevelt l’emporte en Afrique de l’Est et le décrit dans African Game Trails (1910) comme son « medicine gun » pour le lion, formule qui a fait le surnom de la cartouche.
Le calibre disparaît des catalogues au milieu du siècle, puis revient en 2001 avec la réédition du Model 1895, fabriquée au Japon pour Winchester, et avec le Ruger N° 1 Tropical, un monocoup à bloc tombant. Les deux ont depuis quitté la production courante.
En pratique, en France, c’est un calibre d’occasion : les Model 1895 d’origine, les rééditions de 2001 et quelques express européens. Sur une arme d’origine, le contrôle d’armurier n’est pas une précaution mais un préalable, et il porte d’abord sur la chambre et le marquage.

Recharger le .405 Winchester
La fiche donne les cotes utiles : ogive de 10,45 mm au maximum, fond de rayure 10,49, âme 10,29, six rayures de 3,23 mm, pas de 356,00 mm soit un tour en quatorze pouces, section d’âme 85,13 mm², étui de 65,61 mm, longueur hors tout 80,64 mm.
Le point de vigilance est le plafond, et il est bas : 2450 bar. La pression individuelle maximale est de 2818 bar et la pression d’épreuve de 3060. Un étui à paroi droite de 65,61 mm de long invite à remplir, et c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire : ce calibre tire sa poussée de sa section, pas de sa pression, et les armes qui le chambrent sont dimensionnées pour 2450 bar.
Pour la méthode, voir notre dossier sur la composition d’une cartouche, notre article sur la balistique du rechargement et la lecture d’une table de rechargement.
En France : catégorie C, et le piège de l’arme ancienne
Une carabine à canon rayé en .405 Winchester, à répétition manuelle et de onze coups au plus, relève de la catégorie C : acquisition sur permis de chasser validé de l’année ou licence de tir en cours de validité, puis déclaration. L’ogive de 10,45 mm est très loin du seuil de 20 mm de la catégorie A1.
Mais le Model 1895 pose une question que beaucoup se posent mal. La règle de l’arme ancienne vise le modèle antérieur au 1er janvier 1900, et un modèle 1895 est bien antérieur à 1900. Cela ne suffit pourtant pas à conclure : le même texte porte une liste d’exceptions et une réserve sur l’année de fabrication, que nous détaillons dans notre dossier sur la catégorie D et ses exceptions.
Et surtout, une confusion classique : les munitions ne suivent pas automatiquement l’arme. Le code ne place en catégorie D que des munitions bien particulières, à poudre noire ou fabriquées avant 1900. Une boîte de .405 Winchester chargée aujourd’hui n’en fait pas partie, quel que soit le classement du fusil qui la tire.
Pour quel profil le .405 Winchester a un sens
Il en a un si vous possédez un Model 1895 ou une réédition, que vous chassez le gros gibier à moins de 150 mètres et que vous rechargez. C’est une cartouche qui délivre beaucoup de poussée sans beaucoup de pression, ce qui est exactement ce qu’on demande à un levier ancien.
Il n’en a pas si vous cherchez un calibre à acheter. Aucune arme neuve, un seul chargeur en France, une seule ogive, et la boîte la plus chère de sa catégorie. Le .444 Marlin pousse d’ailleurs bien plus fort, 32 845 newtons, avec une filière en place.
Et il mérite d’être compris par qui lit des fiches, parce qu’il démonte une idée reçue tenace. Entre deux cartouches, celle qui affiche la plus forte pression n’est pas nécessairement celle qui pousse le plus. La pression est une contrainte imposée au métal ; la force, elle, se calcule.
À lire aussi : le .375 Winchester, le .444 Marlin, et la .30-30 Winchester.
Questions fréquentes
Quelle est la pression maximale du .405 Winchester ?
2450 bar selon la fiche C.I.P. du 14 juin 1984 révisée le 15 mai 2002, pour une pression individuelle maximale de 2818 bar et une pression d’épreuve de 3060. C’est une des pressions les plus basses du tableau II, dont la médiane est à 3050 bar.
Comment une cartouche à 2450 bar peut-elle pousser plus fort qu’une à 3050 ?
Parce que la force vaut la pression multipliée par la section du canon. Le .405 Winchester travaille à 2450 bar sur 85,13 mm², soit 20 857 newtons. Le .35 Winchester travaille à 3050 bar sur 63,77 mm², soit 19 450 newtons. Trente-trois pour cent de section en plus compensent largement vingt pour cent de pression en moins.
Quelle énergie développe un .405 Winchester ?
La fiche C.I.P. retient 4490 joules. La munition d’usine la plus répandue, à ogive de 300 grains annoncée à 671 m/s, développe 4 371 joules à la bouche, 3 227 à 91 mètres et 2 345 à 183 mètres, selon les chiffres de son fabricant en canon d’essai de 24 pouces.
Quelle différence entre .405 Winchester et .35 Winchester ?
Même bourrelet de 13,79 mm, même longueur hors tout au centième près, 80,64 contre 80,65 mm, parce que les deux ont été dessinées pour le Winchester Model 1895. Le .35 est à épaulement, travaille à 3050 bar sur une ogive de 9,12 mm ; le .405 est à paroi droite, travaille à 2450 bar sur une ogive de 10,45 mm.
Trouve-t-on des munitions .405 Winchester en France ?
D’une seule source. Relevé du 15 septembre 2026 : une référence à ogive à nez rond de 19,4 g, soit 300 grains, chargée par une maison française, à 159,20 € la boîte chez un détaillant en ligne. Le nombre de cartouches par boîte n’est pas publié sur la fiche.
Quelle carabine en .405 Winchester ?
Le Winchester Model 1895 d’origine, sa réédition de 2001 fabriquée au Japon, et le Ruger N° 1 Tropical. Les trois ont quitté la production courante : c’est un calibre d’occasion.
Un Winchester Model 1895 est-il en catégorie D ?
La règle vise le modèle antérieur au 1er janvier 1900, et un modèle 1895 l’est. Mais le même texte porte une liste d’exceptions et une réserve sur l’année de fabrication qu’il faut vérifier au cas par cas. Et les munitions ne suivent pas l’arme : une boîte de .405 Winchester chargée aujourd’hui n’est pas en catégorie D.
Que veut dire le .405 du nom ?
C’est l’âme du canon, et pour une fois le nom tombe juste : .405 pouce vaut 10,287 mm, et la fiche donne une âme de 10,29 mm. L’ogive, elle, mesure 10,45 mm au maximum, et le fond de rayure 10,49.
