Le fusil juxtaposé, dont les deux canons sont placés côte à côte, garde l’avantage à la chasse devant soi et derrière un chien d’arrêt : bécasse en sous-bois, perdreau, faisan, lièvre. Il est court et léger pour son calibre, monte vite à l’épaule, offre deux chokes différents pour deux distances, et reste sûr à porter ouvert. Pour le ball-trap, le tir de la passée à longue distance ou la battue, le superposé ou le semi-automatique font en général mieux. Neuf, un juxtaposé de fabrication française comme le Chapuis Progress commence autour de 3 700 €, les modèles d’importation d’entrée de gamme étant moins chers ; d’occasion, les vieux fusils de Manufrance se trouvent pour bien moins, à condition de vérifier leur épreuve.
Cet article explique comment fonctionne un juxtaposé, ce qui le distingue d’un superposé, pour quelles chasses il reste le meilleur choix, comment choisir calibre, canons et chokes, et ce qu’il faut vérifier sur une arme d’occasion. Un outil, plus bas, propose des chokes selon votre chasse.
Comment fonctionne un juxtaposé
Un juxtaposé est un fusil basculant : on l’ouvre en pivotant les canons vers le bas autour d’une charnière, pour charger deux cartouches dans les chambres. Sous cette architecture commune, deux grandes familles de mécanismes coexistent.
- La bascule Anson & Deeley, un système inventé en 1875 au Royaume-Uni par deux employés de Westley Richards, intègre la mécanique dans le corps de la bascule. Elle est simple, robuste, et équipe la plupart des juxtaposés de série. On parle de « boxlock ».
- Le fusil à platines porte son mécanisme de percussion sur une plaque de métal logée sur chaque flanc de la bascule. C’est la construction des fusils fins, souvent démontables à la main depuis un brevet de Holland & Holland de 1908. Certains fusils à bascule portent des contre-platines décoratives, qui en imitent l’allure.
Deux autres choix structurent l’offre. Les extracteurs soulèvent les douilles à l’ouverture, qu’on retire à la main ; les éjecteurs expulsent les douilles tirées, ce qui accélère le rechargement mais les disperse au sol. Et la double détente, historique, commande un canon par détente, là où la monodétente sélective tire les deux coups avec la même détente, dans l’ordre choisi par un sélecteur.
Avec une double détente, la détente avant tire en général le canon droit, qui porte le choke le plus ouvert, et la détente arrière le canon gauche, plus serré. Le chasseur choisit donc son canon en choisissant sa détente, sans manipulation : c’est un des charmes du juxtaposé derrière un chien d’arrêt, quand un oiseau part loin ou près.
Juxtaposé ou superposé
| Critère | Juxtaposé | Superposé |
|---|---|---|
| Plan de visée | Large, deux canons vus côte à côte | Étroit, un seul canon visible |
| Ouverture | Angle faible, rechargement rapide | Angle plus grand pour dégager le canon inférieur |
| Poids et port | Souvent plus léger, confortable à porter longtemps | Plus lourd en général, plus stable au tir |
| Recul | Plus sensible sur un fusil léger avec des charges lourdes | Mieux absorbé, second coup plus rapide |
| Prix à finition égale | Souvent plus cher | Offre de série plus large et moins chère |
| Terrain de prédilection | Chasse devant soi, chien d’arrêt, bécasse | Ball-trap, parcours de chasse, passée, poste |
Le plan de visée large est ce qui divise le plus. Pour un tir instinctif, au coup d’épaule, en sous-bois, il ne gêne pas, et beaucoup de chasseurs le trouvent naturel. Pour un tir précis à distance, sur un pigeon ou un plateau qui file, le canon unique du superposé aide. Wikipédia résume l’avis courant : le juxtaposé est souvent plus cher et peut demander plus d’entraînement pour viser efficacement qu’un superposé. Les deux restent des armes à un coup par canon, en catégorie C.
Les chasses où il garde l’avantage
La bécasse et le sous-bois. C’est son terrain historique : un fusil court et léger, qui monte vite et pointe naturellement, pour un tir au coup d’épaule entre deux troncs. La tradition française de la bécasse est celle du juxtaposé léger, souvent en calibre 16 ou 20, comme nous l’expliquons dans notre article sur la chasse de la bécasse.
Le petit gibier derrière un chien d’arrêt. Perdreau, faisan, lièvre : on marche des heures, arme ouverte à l’approche des haies et des clôtures, et le tir se décide au moment où l’oiseau part. Le poids réduit et la double détente font la différence. Notre guide de la chasse du petit gibier détaille ces chasses.
Là où il est moins à l’aise. En battue au grand gibier, où l’on tire à balle un animal qui court, le semi-automatique, le fusil à canon rayé ou l’express offrent plus de tension ou de coups. À la passée et au poste, où les oiseaux arrivent haut et loin, un superposé à canons longs, ou un semi-automatique, se tient mieux. Et le gibier d’eau, qui impose la grenaille sans plomb, pose la question de l’épreuve, abordée plus bas. Nos articles sur le fusil semi-automatique et sur l’express, le mixte et le drilling présentent ces alternatives.

Calibre, canons et chokes
Le calibre. Le calibre 12 reste le plus polyvalent, mais le juxtaposé est aussi l’arme des petits calibres : 16, 20, 28 et .410. À modèle égal, le poids baisse avec le calibre : la fiche du Chapuis Progress RP indique 3,2 kg en calibre 12 et 2,6 kg en calibre 28. Pour la bécasse et la perdrix, un 20 ou un 16 suffit largement ; pour le lièvre ou le faisan à distance, le 12 garde de la marge. Nos fiches sur le calibre 12, le calibre 16, le calibre 20 et le calibre 28 détaillent chacun.
Les canons. Les juxtaposés de chasse se font le plus souvent avec des canons de 68 à 71 cm ; FAIR propose par exemple son Iside en 68, 71 ou 76 cm. Des canons courts favorisent le sous-bois, des canons longs le tir à distance.
Les chokes. Beaucoup de juxtaposés gardent des chokes fixes : Chapuis propose par exemple le couple « lisse et demi » ou « quart et demi » sur son Progress RP, ou des chokes interchangeables. Le premier canon, plus ouvert, sert au tir proche, le second, plus serré, au tir plus lointain. Les distances de référence de Browning France, reprises dans notre guide du choke de fusil, donnent environ 15 mètres pour le cylindrique, 20 pour le quart, 25 pour le demi, 30 pour le trois-quarts et 35 pour le full.
Quels chokes pour les deux canons de mon juxtaposé ?
Premier coup :
Second coup :
Ce que cet outil ne fait pas : il propose un couple de chokes à partir des distances de prédilection publiées par Browning France et de la règle de panachage selon que le gibier s’éloigne ou approche. Il ne remplace pas un essai de gerbe sur papier, qui seul montre ce que donne votre fusil avec votre cartouche.
Ce que coûte un juxtaposé neuf
Le juxtaposé est aujourd’hui un fusil de niche, et son prix s’en ressent. Voici des prix relevés chez deux fabricants qui publient leurs tarifs.
| Modèle | Construction | Prix relevé |
|---|---|---|
| Chapuis Progress UGP | Extracteurs | 3 670 € en cal. 12, 3 915 € en 20, 4 690 € en 28 |
| Chapuis Progress RGP | Éjecteurs | 4 180 € en cal. 12, 4 425 € en 20, 5 200 € en 28 |
| Chapuis Progress RP | Éjecteurs, contre-platines | 5 850 € en cal. 12, 6 095 € en 20, 6 870 € en 28 |
| AyA XXV BL | Bascule (boxlock) | 10 479 € |
| AyA N°2 et N°1 | Platines | 10 605 € et 21 792 € |
Sources : tarif indicatif TTC 2026 de Chapuis, site d’AyA en septembre 2026. D’autres fabricants, comme FAIR avec son Iside ou Beretta avec son 486 Parallelo, n’affichent pas leur prix : il faut le demander à un armurier. À ces niveaux de prix, le juxtaposé s’achète pour longtemps, et le réglage de la crosse à la morphologie du tireur compte autant que la marque.
Acheter d’occasion : ce qu’il faut vérifier
Le marché de l’occasion est immense, parce que la France a longtemps été un pays de juxtaposés. Le Robust de Manufrance, lancé en 1913 sur une bascule de type Anson & Deeley, s’est vendu à quelque 800 000 exemplaires jusqu’en 1970 ; l’Idéal, lancé en 1887, a été commercialisé jusqu’en 1980. Ces fusils se trouvent encore partout, à des prix sans rapport avec le neuf. Avant d’acheter, quelques points s’imposent :
- L’épreuve. Depuis 1960, l’épreuve au Banc national de Saint-Étienne est obligatoire pour toute arme à feu civile, rappelle le banc d’épreuve. Le banc impose une réépreuve après une réparation sur une pièce de sécurité, et la recommande après 30 ans.
- La chambre. Beaucoup de fusils anciens sont chambrés en 65 ou 70 mm : on n’y tire pas de cartouches de 76 mm.
- La grenaille sans plomb. Les cartouches d’acier haute performance exigent un canon éprouvé billes d’acier, marqué d’une fleur de lys. Sur un vieux juxtaposé à canons fins, ou à canons damas, on tire du bismuth. Notre guide de la grenaille sans plomb fait le point.
- L’état mécanique. Jeu de bascule, fermeture franche, canons sans bosse ni piqûre profonde, détentes nettes : un armurier le vérifie en quelques minutes.
- La déclaration. Un juxtaposé est une arme de catégorie C, à un coup par canon : sa détention doit être déclarée, y compris pour un vieux fusil de famille, comme l’explique notre article sur la déclaration d’un vieux fusil de chasse. Notre guide de l’arme de catégorie C détaille les règles d’achat.
BlackOpe est un média de tir. Les prix cités sont ceux publiés par les fabricants au moment de la rédaction et peuvent changer. Avant d’acheter un juxtaposé, surtout d’occasion, faites-le examiner par un armurier et essayez-le à l’épaule : un fusil mal adapté à votre morphologie ne se rattrape pas au tir.
À lire aussi : le numéro de plomb selon le gibier, l’équipement du chasseur, le fusil à canon rayé et débuter la chasse.
Questions fréquentes
C’est quoi un fusil juxtaposé ?
Un fusil de chasse basculant à deux canons placés côte à côte, par opposition au superposé, dont les canons sont l’un au-dessus de l’autre. Chaque canon tire un coup, avec souvent un choke différent.
Quel est le premier coup sur un fusil juxtaposé ?
Avec une double détente, la détente avant tire en général le canon droit, le plus ouvert, et la détente arrière le canon gauche, plus serré. Avec une monodétente sélective, l’ordre se choisit au sélecteur.
Juxtaposé ou superposé, lequel choisir ?
Le juxtaposé pour la chasse devant soi, le chien d’arrêt et la bécasse, grâce à sa légèreté et à sa prise en main. Le superposé pour le ball-trap, le parcours et les tirs plus longs, grâce à son plan de visée étroit et à sa stabilité.
Quel calibre pour un fusil juxtaposé ?
Le 12 reste le plus polyvalent. Le 16 et le 20 allègent le fusil pour la bécasse et la perdrix, et le 28 convient aux tirs courts. Chapuis indique ainsi 3,2 kg en calibre 12 et 2,6 kg en calibre 28 pour le même modèle.
Combien coûte un fusil juxtaposé neuf ?
Autour de 3 700 € pour un Chapuis Progress UGP en calibre 12, 5 850 € pour la version RP à contre-platines, plus de 10 000 € pour un AyA espagnol de haut de gamme.
Peut-on tirer de l’acier dans un vieux juxtaposé ?
Les cartouches d’acier haute performance exigent un canon éprouvé billes d’acier, marqué d’une fleur de lys. Sur un fusil ancien, à canons fins ou damas, le bismuth est l’alternative sûre.
Un juxtaposé est-il une arme à déclarer ?
Oui. C’est une arme de catégorie C, à un coup par canon : sa détention doit être déclarée, et son achat exige un permis de chasser validé ou une licence de tir.
Quelle différence entre extracteurs et éjecteurs ?
Les extracteurs soulèvent les douilles à l’ouverture et on les retire à la main. Les éjecteurs expulsent les douilles tirées, pour un rechargement plus rapide, mais il faut ensuite les ramasser.
