Au ball-trap, la lunette n’est pas un accessoire de confort : la Fédération française de ball-trap impose la protection oculaire sur toutes ses disciplines et pour toutes les pratiques, loisir compris. Le vrai sujet est donc ailleurs, dans la teinte du verre, parce que c’est elle qui décide du contraste entre un plateau orange et le fond sur lequel il file. Voici comment lire le marquage d’un verre, quelle teinte prendre selon le fond, et comment s’équiper quand on porte une correction.
Une obligation fédérale, pas une recommandation
La FFBT l’écrit sans détour dans ses informations aux clubs : « le port des lunettes de protection visuelle et les protections auditives est obligatoire pour l’ensemble des disciplines et pour toutes les pratiques (loisir, entraînement et compétition) ». Ce n’est donc pas une affaire de compétiteur équipé : un tireur qui vient casser cinquante plateaux un dimanche est concerné au même titre que celui qui dispute un championnat.
La raison est mécanique. Un plateau qui se brise à vingt ou trente mètres ne disparaît pas, il explose en éclats d’argile cuite qui retombent, et le vent en ramène une partie vers le pas de tir. En parcours de chasse et en Compak Sporting, où les trajectoires passent près des postes, ces éclats arrivent parfois de côté. S’y ajoutent la poussière du terrain, les résidus de bourre et, sur les plateformes de lancement, tout ce qu’une machine en fonctionnement peut projeter : le guide du lanceur de ball-trap détaille pourquoi les fragments sont le danger qu’on ne voit pas venir.
Une paire de lunettes de vue classique n’est pas conçue pour ça. Un verre organique de correction n’est soumis à aucun des essais d’impact d’un équipement de protection individuelle, et sa monture n’est pas retenue pour encaisser un choc sans céder. C’est exactement le rôle du polycarbonate d’une lunette de tir, et c’est ce que garantit son marquage.
Lire la norme et le marquage avant de regarder la couleur
Mise à jour 2026 : la norme EN ISO 16321 succède à l’EN 166 depuis novembre 2025. Les produits EN 166 déjà certifiés peuvent rester commercialisés selon la validité de leur certification. Vérifiez la déclaration UE de conformité et la notice du modèle : les codes des deux normes ne sont pas interchangeables. Explications du fabricant uvex.
La norme européenne EN 166 encadre les protecteurs de l’œil. Elle ne dit rien de la performance sportive, elle dit ce que le verre encaisse et ce qu’il déforme. Deux informations comptent avant tout : la classe optique et le symbole de résistance mécanique. Les valeurs ci-dessous sont celles de la norme, telles que le fabricant uvex les publie.
| Symbole | Essai | Lecture du marquage EN 166 |
|---|---|---|
| S | Bille de 43 g et 22 mm à 5,1 m/s | Solidité renforcée ; ne remplace pas une certification adaptée aux risques de la pratique |
| F | Bille d’acier de 0,86 g et 6 mm à 45 m/s | Niveau F de l’ancienne norme EN 166 |
| B | Même bille à 120 m/s | Lunettes-masques ou écrans ; pas une certification courante des lunettes à branches |
| A | Même bille à 190 m/s | Écrans faciaux ; pas des lunettes à branches |
| T | Essai validé de -5 °C à +55 °C | Résistance mécanique testée aux températures extrêmes prévues par cette norme |
Dans le marquage EN 166, la classe optique 1 correspond au port continu, la classe 2 au port intermittent et la classe 3 à un usage bref. La teinte porte un code distinct, notamment 2- pour certains filtres ultraviolets et 5- pour des filtres solaires. Ces codes s’interprètent avec la notice et la déclaration de conformité du modèle ; ils ne constituent pas à eux seuls une recommandation adaptée à chaque personne.
Sur les modèles importés des États-Unis, vous croiserez plutôt la norme américaine ANSI Z87.1, dont le marquage Z87+ signale la tenue aux impacts à grande vitesse. Ce seul marquage ne remplace pas les exigences européennes applicables aux EPI ni la déclaration UE de conformité du modèle.
Pour choisir, vérifiez la protection certifiée de l’ensemble monture et oculaire, sa couverture et son adéquation aux risques avec le club et le fabricant. Dans l’ancienne EN 166, une monture à branches est limitée au niveau F ; le niveau B concerne les lunettes-masques et écrans. Si la monture et le verre diffèrent, le niveau le plus faible s’applique. Un essai contre les particules ne constitue pas une protection garantie contre un tir d’arme à feu.
Décodez un ancien marquage EN 166
Recopiez la suite de lettres et de chiffres gravée sur la branche ou sur le verre (exemples : 1 F T, 5-2,5 1 B).
Ce que cet outil fait : il traduit les symboles publiés dans la norme EN 166. Ce qu’il ne fait pas : il ne vérifie pas qu’une paire est conforme, ne mesure rien et ne remplace pas la notice du fabricant. Table des symboles reprise de la documentation uvex citée plus haut.
Les teintes, fond par fond
Un plateau standard est orange. Un verre teinté ne rend pas la scène plus lumineuse, il retire des longueurs d’onde : en coupant le bleu et le vert, il laisse l’orange ressortir du décor. C’est toute la logique des teintes de tir, et elle explique pourquoi le même verre qui rend un plateau éclatant sur ciel bleu le noie dans un rideau d’arbres.
| Situation | Teinte | Pourquoi |
|---|---|---|
| Ciel bleu, fosse, journée franche | Orange, vermillon | Peut accentuer le contraste de certaines couleurs ; résultat variable selon le filtre et le fond |
| Ciel couvert, crachin, fin de journée | Jaune | Certains filtres sont proposés pour faible luminosité ; vérifier surtout la transmission lumineuse |
| Fond d’arbres, talus enherbé, parcours | Rose, parme, violet | Certains modèles atténuent une partie du vert ; effet variable selon le filtre et le décor |
| Plein soleil d’été, réverbération | Brun, gris | Réduit la luminosité ; le gris est généralement plus neutre, le brun peut modifier les couleurs |
| Stand couvert, nuit tombante | Transparent | Transmission généralement élevée ; elle n’est pas nécessairement de 100 % |
La catégorie de filtre, le chiffre que les étiquettes de tir oublient
Les verres solaires se rangent en cinq catégories, de 0 à 4, selon la part de lumière qu’ils arrêtent. Un opticien les résume ainsi : la catégorie 1 filtre 20 à 56 % de la lumière visible, donc en laisse passer 44 à 80 % ; la catégorie 3 en filtre 82 à 92 %, il n’en passe plus que 8 à 18 %. La teinte seule ne permet pas de connaître cette catégorie : consultez la transmission lumineuse annoncée pour la référence exacte. La catégorie 4, prévue pour la haute montagne, n’a rien à faire sur un stand : elle assombrit trop pour suivre un plateau à l’ombre d’un bosquet, et elle est interdite au volant pour rentrer.
Deux détails que les tableaux du web oublient. D’abord, le plateau n’est pas toujours orange : en compétition on croise du noir, du blanc et des plateaux flash, et un plateau noir sur fond de bois reste difficile quelle que soit la teinte, c’est la silhouette qu’on suit, pas la couleur. Ensuite, la discipline commande. En skeet comme en fosse, le fond change peu d’un poste à l’autre, un seul verre bien choisi tient la journée. En parcours de chasse, le décor change à chaque poste, et c’est là qu’un jeu de verres interchangeables prend son sens.
Un verre ou un kit : ce qu’il faut vraiment
Le choix dépend de la luminosité, du décor, de la transmission du filtre et de la perception individuelle. Un jeu de verres interchangeables peut être utile lorsque ces conditions varient ; aucune teinte n’est systématiquement la meilleure pour toutes les séances.
Les prix, relevés le 29 septembre 2026 chez Armurerie Meyson, situent les paliers sans ambiguïté : une Browning ON-POINT à 27,90 €, une Pro Shooter à 43,90 €, une Claymaster à 60,90 €, un kit Eagle Browning à 94,90 €, un kit Bollé Fury à trois écrans à 99,90 €, un kit Shoot-Off Master à quatre verres à 199,90 €. Les verres supplémentaires de cette dernière marque tournent autour de 65 à 70 € pièce, ce qui change le calcul : trois verres achetés séparément coûtent plus cher que le kit complet. Le haut de gamme commence ailleurs, chez Pilla, dont les montures Outlaw démarrent à 495 € et dont certains packs dépassent 1 200 € sur les catalogues français.
Un conseil de bon sens avant de dépenser : une lunette à 30 € portée à chaque séance protège infiniment mieux qu’une lunette à 500 € restée dans la voiture parce qu’elle serre.
Pour compléter votre équipement, notre guide du gilet de ball-trap explique les points à vérifier selon la discipline.
Monture, branches et cohabitation avec le casque
C’est le point que personne ne regarde en achetant, et celui qui fait abandonner une paire au bout de trois séances. La branche de la lunette passe sous le coussinet du casque antibruit. Une branche épaisse crée un canal d’air sous la coquille et fait chuter l’atténuation réelle, un effet que nous détaillons dans le guide des protections auditives au tir. Cherchez donc des branches fines, plates et droites, ou le système de branches doubles que proposent certaines marques de tir.
Le reste se juge en quelques secondes en magasin : un verre suffisamment haut pour que le regard ne sorte pas du champ quand vous montez le fusil sur un plateau haut, une monture qui ne coupe pas le haut du champ visuel en position de tir, des plaquettes de nez réglables, et une ventilation suffisante pour que la buée ne s’installe pas entre deux postes. Montez votre fusil dans la boutique, lunettes sur le nez, avant de payer.

Tirer avec une correction : trois solutions
Au ball-trap, l’œil accroche le plateau, jamais le guidon. C’est donc la vision de loin qui compte, et une correction mal réglée coûte des plateaux avant de coûter du confort. Trois montages tiennent la route, et ils correspondent à trois fréquences de pratique.
Les lunettes OTG, conçues pour se porter par dessus une paire de vue, sont la solution du tireur occasionnel. On perd un peu de champ latéral et la buée est plus difficile à gérer, mais l’investissement est minimal et la protection réelle.
L’insert correcteur est le bon compromis dès qu’on tire tous les quinze jours. Un porte-verres se clipse derrière l’écran de protection et reçoit votre correction. Chez ESS, l’insert seul se trouve autour de 36 € et le pack monté avec verres correcteurs autour de 110 € ; chez Pilla, les inserts optiques sont affichés entre 150 et 155 €. Faites contrôler votre correction et renouvelez les verres selon l’avis du professionnel de la vue et leur état.
Les lentilles de contact sont une possibilité de correction, avec les lunettes correctrices compatibles et les inserts. Leur adéquation dépend de la correction, de la tolérance et des conseils du professionnel de la vue. Elles ne remplacent jamais la protection oculaire requise au stand.
Un dernier cas mérite d’être nommé : la dominance oculaire croisée, ce tireur droitier dont l’œil directeur est le gauche. La correction passe par une occultation partielle du verre côté œil non directeur, une pastille dépolie de quelques millimètres qui force le bon œil à prendre la main, et certaines marques vendent des montures pensées pour ça. Avant d’acheter quoi que ce soit, faites le test de l’œil directeur, il prend dix secondes et change parfois toute une saison.
Pour chaque profil, la bonne lunette
Pour la découverte et le tir de loisir, une monture enveloppante marquée classe optique 1 et F, un verre orange, entre 28 et 45 € : c’est le prix d’une première paire conçue pour le tir. Une simple paire de protection, qui n’est pas pensée pour le tir, coûte moins, de 10,99 à 25 €, et peut suffire pour une initiation. Dans les deux cas, l’équipement doit être conforme et accepté par le club. Le budget complet du ball-trap est détaillé dans notre article sur le prix du ball-trap.
Pour le tireur de club régulier, un kit à deux ou trois verres entre 95 et 200 €, avec des branches compatibles casque et un étui rigide. C’est le meilleur rapport entre le confort, la protection et le nombre de situations couvertes.
Pour le compétiteur, une monture haut de gamme à verres interchangeables et, le cas échéant, un insert correcteur à la bonne distance sommet. Le budget démarre autour de 500 € et la protection doit être comparée sur les certifications du modèle ; les autres différences concernent la finesse optique et la rapidité du changement de verre entre deux planches.
Entretenir un verre qui coûte moins cher qu’un œil
Le polycarbonate protège très bien et se raye très facilement. Un verre essuyé à sec avec un pan de chemise part en micro rayures qui diffusent la lumière, et ce voile se paie en plateaux manqués dès que le soleil est bas. Rincez à l’eau claire avant d’essuyer, uniquement à la microfibre, rangez dans l’étui et non dans une poche de gilet, et remplacez un verre qui a encaissé un impact, même sans marque visible. Les traitements antibuée s’usent, ils ne sont pas éternels, et un verre rayé au point de gêner n’a plus rien à faire sur le nez d’un tireur.
Ce que nous n’avons pas trouvé
L’obligation FFBT citée ici relève du cadre fédéral et des règlements des clubs. Les disciplines olympiques ont aussi leur règlement : l’ISSF 2026 impose les protections oculaires et auditives en tir aux plateaux (article 9.2.7, avec une exception encadrée par le jury pour les lunettes en cas de météo défavorable). Consultez les règles ISSF en vigueur. Enfin, le taux de transmission doit être recherché pour chaque référence de verre : une couleur générique ne suffit pas à l’inférer.
Vous cherchez où essayer tout ça ? Notre carte des stands de tir recense les clubs et les terrains département par département, plateau compris.
À lire aussi : débuter au ball-trap, choisir un lanceur de ball-trap, bien choisir ses cartouches de ball-trap et connaître les règles de sécurité au ball-trap.
Questions fréquentes
Les lunettes de protection sont-elles obligatoires au ball-trap ?
Oui. La FFBT impose la protection visuelle et auditive sur l’ensemble de ses disciplines et pour toutes les pratiques, loisir, entraînement et compétition. Les clubs l’appliquent au pas de tir, y compris lors d’une séance d’initiation.
Quelle teinte de verre choisir pour débuter au ball-trap ?
Un orange ou un vermillon peut être une piste, mais aucune couleur n’est universellement la plus polyvalente. Vérifiez la transmission annoncée et essayez le filtre selon la lumière, le fond et votre perception, sans négliger la conformité de la protection.
Des lunettes de soleil ordinaires suffisent-elles ?
Non. Une paire de soleil n’est pas soumise aux essais d’impact de la norme EN 166 et sa monture n’est pas prévue pour encaisser un éclat. Choisissez un EPI dont la monture et les oculaires sont certifiés pour les risques concernés, avec une notice et une déclaration UE de conformité ; EN 166 et EN ISO 16321 coexistent pendant la transition.
Que signifie la lettre F gravée sur des lunettes de tir ?
Elle certifie la résistance aux impacts à faible énergie : une bille d’acier de 0,86 g et 6 mm de diamètre projetée à 45 m/s. Le symbole B correspond à la même bille à 120 m/s, le A à 190 m/s.
Quel budget prévoir pour des lunettes de ball-trap ?
De 28 à 45 € pour une première paire conçue pour le tir, à un verre, de 95 à 200 € pour un kit à plusieurs verres, au delà de 495 € pour le haut de gamme. Prix relevés chez des revendeurs français en septembre 2026. Une simple paire de protection, non conçue pour le tir, coûte de 10,99 à 25 €.
Peut-on tirer au ball-trap avec ses lunettes de vue ?
Pas seules. Trois montages existent : une lunette OTG portée par dessus, un insert correcteur clipsé derrière l’écran de protection, ou des lentilles journalières avec une lunette de tir teintée par dessus.
Quelle teinte contre un fond d’arbres en parcours de chasse ?
Certains filtres roses, parmes ou violets sont conçus pour modifier le contraste devant un fond végétal. Leur effet dépend du modèle, de la lumière et de la perception : la teinte seule ne garantit pas le résultat.
Comment éviter la buée sur des lunettes de tir ?
Choisissez une monture ventilée, écartée du visage, et un verre à traitement antibuée. Ne l’essuyez jamais à sec, le traitement part avec les micro rayures. Entre deux séries, laissez la lunette respirer hors de l’étui.
