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Le .700 Nitro Express : la fiche C.I.P., les dix-huit fusils et le paradoxe de la balle de 1000 grains

Cinq grosses cartouches à étui en laiton et ogive ronde cuivrée, deux debout et trois couchées dont une montrant son culot, sur le tapis d'un comptoir d'armurerie

Le .700 Nitro Express tire la deuxième plus grosse ogive des fiches C.I.P. d’armes à canon rayé, 17,78 mm, derrière le seul 4 Bore Rifle. Sa fiche lui reconnaît 14 325 joules, la première énergie du tableau II, avec une pression plus basse que celle des six cartouches qui le devancent tous tableaux confondus. Et pourtant, sa balle de 1000 grains est la moins dense des huit grosses cartouches de chasse que nous avons mises en regard : le .600 Nitro Express, dont il a pris la place dans la commande qui l’a fait naître, porte une ogive plus dense que la sienne.

Presque tout ce qui s’écrit sur le .700 Nitro Express tourne autour de trois chiffres de catalogue : une vitesse, une énergie, un recul. Nous laissons la vitesse de côté, comme toute donnée de chargement. Cet article part de la fiche publique de la C.I.P., la Commission internationale permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives, et de ce que Holland & Holland a publié sur son propre calibre. Il dit ce que mesure réellement cette cartouche, d’où elle vient, ce que coûtent le fusil et la munition, ce qu’en dit le droit français, et pourquoi une balle de 1000 grains peut être moins dense qu’une balle de 500.

La fiche C.I.P. du .700 Nitro Express

La cartouche figure au tableau II de la C.I.P., celui des cartouches à bourrelet pour armes à canon rayé, sous le nom 700 H.& H. Nitro Exp. Sa fiche porte la date du 6 avril 1992 et une révision du 15 mai 2002, pays d’origine le Royaume-Uni. Elle se consulte, comme les autres fiches de la table, sur l’index public du tableau II. La date surprend : la fiche est postérieure de deux ans au premier fusil, achevé en janvier 1990. La norme a suivi l’arme.

Une fiche C.I.P. n’est pas une fiche de catalogue. Elle fixe les cotes maximales de la cartouche et les cotes minimales de la chambre, la pression maximale d’usage et la pression d’épreuve que les bancs des pays membres appliquent avant de poinçonner une arme. Pour un fusil en .700 vendu ou éprouvé en France, c’est ce document, et pas une page de fabricant, qui dit ce que la cartouche a le droit de mesurer. Les pages de présentation, elles, reprennent le plus souvent les cotes de Barnes, arrondies en pouces.

Voici les cotes de la colonne « cartouche maxi », converties en pouces, face à celles de l’ouvrage de référence américain de Frank C. Barnes et Michael L. McPherson, Cartridges of the World (édition de 1997), que reprend Wikipédia en français.

CoteFiche C.I.P.En poucesBarnes, via Wikipédia
Longueur d’étui (L3)88,90 mm3,50088,9 mm
Longueur hors tout (L6)106,68 mm4,200106,68 mm
Diamètre du bourrelet (R1)22,60 mm0,89022,61 mm (au culot)
Épaisseur du bourrelet (R)2,16 mm0,085non donnée
Corps à la base (P1)19,86 mm0,78219,81 mm
Collet (H2)18,54 mm0,73018,49 mm
Ogive maximale (G1)17,78 mm0,70017,78 mm
Âme du canon (F)17,48 mm0,688non donnée
Fond de rayure (Z)17,78 mm0,700non donné
Rayures (N, b, u)8 de 5,23 mm, pas de 737 mmun tour en 29non données
Section d’âme (Q)246,35 mm²
Pression maximale (Pmax)2750 bar
Pression d’épreuve (PE)3440 bar
Énergie retenue (EE)14 325 Jplus de 12 000 J

Fiche TDCC 700 H.& H. Nitro Exp., tableau II, relevée le 30 septembre 2026. Les cotes de canon viennent de la colonne « chambre mini » de la même fiche.

Deux écarts avec Barnes, de 0,05 mm chacun, sur le corps et le collet de la douille : c’est l’ordre de grandeur d’une tolérance, et pour une arme éprouvée dans un pays de la C.I.P., c’est la fiche qui fait foi. Le reste concorde au centième.

Un nom qui tombe sur la balle, et sur le canon

Nous avons montré sur le .577 Nitro Express que les noms en pouces des cartouches anglaises désignent le canon, l’âme ou le fond de rayure, et qu’aucun ne mesure la balle seule. Le .700 le confirme d’une façon curieuse. Converti, .700 pouce vaut exactement 17,78 mm, et la fiche publie 17,78 mm à deux endroits : le diamètre maximal de l’ogive et le fond de rayure. La balle a le diamètre du fond des rayures, au centième, et le nom tombe sur les deux à la fois. L’étui est aussi rond que le nom : 3,5 pouces font 88,90 mm, et la cartouche entière 4,2 pouces, soit 106,68 mm.

Autre coïncidence qui n’en est pas une : 17,78 mm, c’est aussi, au centième, le diamètre du corps d’étui du .600 Nitro Express à sa base, sur sa propre fiche. La balle du .700 a la largeur de l’étui du .600. La cartouche a bien été pensée comme un .600 agrandi, mais sur un étui neuf, plus long d’un demi-pouce : 88,90 mm contre 76,20.

Dernier détail de la fiche, et il n’est pas anodin : huit rayures. Sur les 477 fiches des tableaux I à IV qui publient un nombre de rayures, treize seulement en ont huit. Or six des sept plus fortes énergies du corpus sortent d’un canon à huit rayures : le 12,7 × 108, le 10 × 100 BWA, le 50 Browning, le 500 TLD, le 510 DTC et le .700. Seul le 460 Steyr, parmi elles, en a six. Un nombre pair a un avantage pratique, que nous avons détaillé sur le .505 Gibbs : les rayures se font face, et un pied à coulisse posé à la bouche du canon lit directement le fond de rayure.

Une balle de 1000 grains, moins dense que celle du .600

C’est le paradoxe du .700, et il se calcule. La densité sectionnelle rapporte la masse d’une ogive à la surface de sa section : masse en livres divisée par le carré du diamètre en pouces. À construction égale, elle compare la capacité de deux balles à s’enfoncer. Elle ne dit rien seule d’un chargement réel, et c’est pourquoi la littérature de chasse s’en sert pour comparer des balles, pas des cartouches.

Le calculateur ci-dessous fait le calcul pour huit cartouches de gros gibier, au poids d’ogive courant de chacune, avec le diamètre maximal lu sur sa fiche C.I.P. Changez le poids pour voir ce qu’il faudrait à une balle de .700 pour rattraper les autres.

Densité sectionnelle : le poids de l’ogive contre son diamètre

Ce que cet outil ne fait pas : il divise une masse par le carré d’un diamètre, rien de plus. Il ne tient compte ni de la construction de l’ogive (pleine, blindée, à pointe tendre), ni de sa vitesse, et ne dit rien d’un chargement ni d’une arme. Diamètre : ogive maximale des fiches TDCC publiques de la C.I.P., relevées le 30 septembre 2026. Poids courants : ogives de référence publiées pour chaque cartouche, sources dans l’article. 1 grain = 0,064 798 91 g ; densité sectionnelle = masse en livres divisée par le carré du diamètre en pouces, l’unité de toute la littérature de chasse.

Une ogive de 1000 grains, soit 64,8 g, sur 17,78 mm de diamètre donne 0,292. Le .600 Nitro Express et sa balle de 900 grains, plus légère donc, atteint 0,334, parce que son diamètre est plus petit de 2,03 mm. Quand le diamètre d’une balle double, sa section quadruple : pour garder la même densité sectionnelle, il faudrait qu’elle quadruple aussi de poids. La balle de 1000 grains est lourde. Elle n’est pas assez lourde pour son diamètre.

Au poids courant, le .700 est dernier des huit, juste derrière le .505 Gibbs et ses 525 grains, à 0,294. Le plus dense est le .458 Lott et sa balle de 500 grains, à 0,339 : pour l’égaler, une ogive de .700 devrait peser 1163 grains, soit 75,4 g. Le .470 Nitro Express manque au tableau pour une raison de rigueur : sa fiche publie une ogive maximale de 12,04 mm quand les balles du commerce se vendent en .483 pouce, soit 12,27 mm. Tant que l’écart n’est pas expliqué, nous ne publions pas de calcul dessus.

Faut-il en conclure que le .700 s’enfonce moins ? Pas avec ce seul chiffre. La densité sectionnelle compare des balles de même construction : une balle pleine et une pointe molle ne travaillent pas de la même manière, et la vitesse d’impact change tout. Elle montre en revanche une chose sûre : ce que le .700 gagne sur le .600, c’est du diamètre et de la masse, pas de la densité.

Sections et densités sectionnelles de huit gros calibres, .700 Nitro Express compris Sections d’ogive à l’échelle vraie de huit cartouches de gros gibier et leur densité sectionnelle au poids courant : le .700 Nitro Express a la plus grosse ogive et la plus faible densité. La plus grosse ogive des express n’est pas la plus dense Sections d’ogive à l’échelle vraie (ogive maximale des fiches C.I.P.), puis densité sectionnelle au poids courant de chaque cartouche. .700 N.E. 17,78 mm 1000 grains .600 N.E. 15,75 mm 900 grains .577 N.E. 3″ 14,83 mm 750 grains .500 N.E. 3″ 12,95 mm 570 grains .505 Gibbs 12,83 mm 525 grains .458 Lott 11,66 mm 500 grains .416 Rigby 10,57 mm 400 grains .375 H&H Mag. 9,55 mm 300 grains 0,28 0,29 0,30 0,31 0,32 0,33 0,34 0,35 densité sectionnelle (livre par pouce carré), au poids courant de chaque ogive .700 N.E. 0,292 .505 Gibbs 0,294 .375 H&H Mag. 0,303 .500 N.E. 3″ 0,313 .577 N.E. 3″ 0,314 .416 Rigby 0,330 .600 N.E. 0,334 .458 Lott 0,339 À 1000 grains, l’ogive du .700 a la plus faible densité des huit. Il lui en faudrait 1163 pour égaler la .458 Lott. Densité sectionnelle = masse de l’ogive en livres, divisée par le carré de son diamètre en pouces. À construction égale, elle compare la capacité de deux ogives à s’enfoncer ; elle ne dit rien seule d’un chargement réel. Diamètres : ogive maximale des fiches TDCC de la C.I.P., relevées le 30 septembre 2026. Poids courants : 1000 grains (.700), 900 (.600), 750 (.577), 570 (.500), 525 (.505 Gibbs), 500 (.458 Lott), 400 (.416 Rigby), 300 (.375 H&H), sources dans l’article. Le .470 Nitro Express est écarté : sa fiche et les ogives du commerce ne donnent pas le même diamètre.
Les sections d’ogive de huit cartouches de gros gibier, à l’échelle de leurs fiches C.I.P., et leur densité sectionnelle au poids d’ogive courant. Le .700 Nitro Express a la plus grosse ogive des huit et la plus faible densité.

Né d’un refus : l’histoire du .700 Nitro Express

L’histoire est racontée par Holland & Holland elle-même, dans un article de son site daté du 26 septembre 2023, et par l’American Rifleman en juillet 2022. En 1985, un homme d’affaires de Beverly Hills, William Feldstein, commande à la maison londonienne une batterie d’express de gros calibre, dont un .600 Nitro Express. Holland & Holland refuse le .600 : elle a fait son dernier en 1975, en garantissant à son acheteur qu’il n’y en aurait pas d’autre. La réponse de Feldstein est restée dans l’histoire de la maison : si vous ne me faites pas un .600, faites-moi un .700.

Wikipédia en français raconte l’épisode avec deux erreurs. Elle date la demande de Feldstein de 1988, quand Holland & Holland la situe en 1985, et prête à la maison « six cents exemplaires » de .600. Holland & Holland estimait en 2009 qu’une centaine de .600 seulement avaient vu le jour, toutes maisons confondues, comme nous l’avons rapporté dans notre article sur le .600 Nitro Express. Il n’y a jamais eu de série de six cents fusils.

La maison accepte, à ses conditions. Le dessin de la cartouche, sa fabrication en quantité suffisante pour régler les canons et les canons prototypes sont à la charge de Feldstein. Il s’adresse à Jim Bell, alors président de Brass Extrusion Laboratories, B.E.L.L., pour un étui original, qui n’est la transformation d’aucune cartouche existante. Les balles viennent de l’australien Woodleigh, qui en fabrique un premier lot de 5000 : 3000 pleines, à chemise de cupronickel sur noyau de plomb, et 2000 à pointe molle. Les ouvrages de référence datent la cartouche de 1988 : le .700 est un calibre de la fin des années 1980, pas de l’âge d’or des Nitro Express d’avant 1914.

Personne ne savait alors si l’arme serait tirable. Holland & Holland consulte des médecins avant le premier coup. En octobre 1989, trois fusils sont prêts au réglage à Londres, et Feldstein tire lui-même 55 cartouches en quatre jours pour régler les canons. En janvier 1990, un prototype Royal de Luxe à platines, gravé et monté sur un noyer de premier choix, est achevé. En mars, Feldstein l’emporte en Éthiopie, dans la région de Gambela, pour une chasse de vingt et un jours, et y tire un éléphant : la balle de 1000 grains l’atteint au cœur, rapporte l’American Rifleman.

La suite a déjoué les pronostics. Les 5000 premières cartouches, jugées excessives au départ, se vendent en dix-huit mois, surtout à des collectionneurs. La production des fusils s’installe : le carnet de commandes tient jusqu’en 2007, rapporte Wikipédia en anglais, et Holland & Holland a depuis relancé la fabrication de fusils en .600 Nitro Express. Le calibre qu’elle avait juré de ne plus faire est revenu par la porte de celui qui devait le remplacer.

Dix-huit fusils Holland & Holland, et un express français

Les sources disponibles comptent dix-huit fusils Holland & Holland en .700 : dix-sept déjà construits en juillet 2022 selon l’American Rifleman, le dix-huitième achevé et vendu en 2024 selon Wikipédia en anglais. Ce sont des express à deux canons, faits un à un. Selon l’American Rifleman, un .700 Royal de Luxe à platines pèse 18 livres, soit 8,2 kg, pour des canons de 26 pouces, 66 cm. La maison garde en collection un exemplaire d’exposition gravé par Philippe Grifnee, disparu en mai 2012 à 59 ans : des bêtes fabuleuses taillées en relief et rehaussées d’or. L’arme voyage encore de salon en salon.

« Un calibre d’exception ! (700 NE) », par la chaîne Verney-Carron : l’annonce de l’émission de Seasons du 13 octobre 2017 consacrée à un express Azur Safari Impérial en .700 NE de l’Atelier Verney-Carron.

Parce que la cartouche a une fiche C.I.P., un armurier de n’importe quel pays membre peut la chambrer et faire éprouver l’arme sur ses cotes. Le .700 a ainsi une page française. En 2017, Verney-Carron, l’armurier de Saint-Étienne, a présenté un express Azur Safari Impérial chambré en .700 NE, sorti de son atelier, dans une émission de la chaîne Seasons.

Une fiche européenne ne fait pas pour autant un calibre courant. Avec dix-huit fusils chez son créateur en plus de trente ans, le .700 reste une affaire de commande, de collection et de vitrine.

Septième énergie sur 397, avec moins de pression que les six premières

La fiche retient pour le .700 une énergie de 14 325 joules. C’est la première du tableau II : sur les 143 fiches de cartouches à bourrelet qui publient une énergie, la deuxième, le 4 Bore Rifle, s’arrête à 10 500 joules, et le .600 Nitro Express à 10 323. Tous tableaux confondus, le .700 est septième des 397 fiches qui publient cette valeur.

Les six qui le devancent sont toutes au tableau I, celui des étuis sans bourrelet, et toutes tirent une ogive de 10,32 à 13,01 mm : le 12,7 × 108 avec 19 200 joules, puis le 10 × 100 BWA, le 50 Browning, le 500 TLD et le 460 Steyr à 15 000, et le 510 DTC à 14 870. Deux d’entre elles, le 12,7 × 108 et le 50 Browning, sont des cartouches de mitrailleuse lourde. Elles y arrivent avec une pression maximale de 3050 à 3700 bar. Le .700 s’arrête à 2750, sous la médiane du tableau II, qui est de 3050 bar.

Wikipédia en français se contredit à son sujet : la page le présente à la fois comme la cartouche de chasse la plus puissante qui existe et comme dépassée par une « .750 Nitro Express ». La C.I.P., elle, ne connaît aucune .750 : aucun des 664 noms de cartouches de ses onze tableaux publics ne porte ce nombre.

Reste la poussée au culot, qui dit mieux ce que subit l’arme : la pression maximale multipliée par la section d’âme, divisée par dix, en newtons. Avec 246,35 mm² de section, deuxième du corpus derrière le 4 Bore Rifle, le .700 pousse à 67 746 newtons. C’est la deuxième valeur des 490 fiches qui publient les deux cotes, 41 % de plus que le 50 Browning et le 500 TLD, troisièmes à égalité. Nous avions montré sur le .577 que la pression n’est pas la puissance ; le .700 pousse la logique un cran plus loin, et notre article sur le .405 Winchester explique comment se lit cette poussée. Le rapport de l’énergie à la pression, que nous avions calculé pour le .600, place d’ailleurs le .700 en tête de son comparateur, avec 5,21 joules par bar.

Prix du .700 Nitro Express : le fusil et la cartouche

Le fusil d’abord. Holland & Holland le vendait 115 000 dollars en 1990. L’American Rifleman écrivait en 2022 qu’il faut compter 400 000 dollars et plus pour un .700 de base, selon les options demandées. Il n’existe pas de tarif public : c’est une arme de commande, et le prix se discute avec la maison.

Express juxtaposé à platines gravées rehaussées d'or et crosse en noyer ronceux, posé sur un tapis vert dans une salle d'armes, avec trois cartouches à ogive ronde
Un express juxtaposé à platines gravées et trois cartouches à ogive ronde. C’est pour ce type d’arme, faite une à une et réglée canon par canon, que le .700 a été dessiné.

La cartouche ensuite. Le premier lot de 5000 s’est vendu 100 dollars pièce, et le chiffre a peu bougé : Wikipédia en anglais cite toujours 100 dollars la cartouche d’usine. Sur le forum québécois extreme-precision.com, en 2013, un membre connaissait deux acheteurs qui l’avaient payée entre 100 et 150 dollars, quand un vendeur de salon en demandait 220. Aux enchères, un coffret Holland & Holland de cinq cartouches à pointe molle de 1000 grains, marquées au culot HOLLAND&HOLLAND 700, était estimé de 400 à 600 dollars chez Rock Island Auction en décembre 2015.

En France, au 30 septembre 2026, nos recherches n’ont fait remonter aucune boîte de .700 en vente chez un armurier en ligne. La cartouche se commande, se cherche en bourse aux armes ou aux enchères, et une bonne partie des exemplaires en circulation ne sera jamais tirée : Wikipédia en français note qu’elle se vend autant comme objet de collection que comme munition.

Le .700 Nitro Express en France : catégorie C, à 2,22 mm de la ligne

Rien n’interdit le .700 Nitro Express en France. L’article R311-2 du code de la sécurité intérieure, dans sa version en vigueur depuis le 7 septembre 2025, ne classe une arme à canon rayé par son diamètre qu’à un seul seuil : quand son projectile atteint ou dépasse 20 mm, elle tombe en catégorie A1, interdite à l’acquisition et à la détention. Avec 17,78 mm d’ogive, le .700 reste 2,22 mm en dessous.

Sur les fiches C.I.P. d’armes à canon rayé, une seule franchit la ligne : le 4 Bore Rifle et ses 25,40 mm, que nous avons décrit avec le calibre 4. Le .950 JDJ, qui n’a pas de fiche, y tombe avec 24,13 mm. Le .700 porte donc la plus grosse ogive des fiches C.I.P. d’armes à canon rayé restées sous la ligne : la seule fiche plus grosse que lui est interdite.

Un express juxtaposé en .700 est une arme d’épaule à un coup par canon : il relève de la catégorie C, comme un .600 ou un .577, et se déclare sur permis de chasser validé ou licence de tir. Les munitions suivent le régime de l’arme. Nous avons détaillé ce régime dans notre dossier sur les armes de catégorie C, et la catégorie A dans un dossier à part. Un classement se vérifie toujours au moment de l’achat : les ministres peuvent le modifier par arrêté.

Recharger le .700 Nitro Express

La question se pose peu : la plupart des cartouches en circulation ne seront jamais tirées. Pour qui possède l’arme, le principe ne change pas avec le diamètre. Les données de rechargement se lisent dans la table publiée d’un fabricant de poudre pour ce calibre, jamais sur un forum ni dans un article de blog, celui-ci compris. Quand aucune table publiée ne couvre la cartouche, on ne recharge pas, ou on confie le travail à un professionnel.

Trois cotes de la fiche servent au rechargeur sans rien dire d’un chargement. L’ogive ne dépasse pas 17,78 mm, qui est aussi le fond de rayure : une balle mesurée plus grosse sort de la norme. L’étui ne dépasse pas 88,90 mm, et une douille qui a tiré s’allonge. Et l’arme est éprouvée à 3440 bar pour un plafond d’usage de 2750 : c’est la marge que la norme se garde, pas une réserve à consommer.

Surtout, le .700 se tire dans un express à deux canons réglés ensemble, avec une munition donnée. Changer de balle ou de chargement peut défaire ce réglage, et le reprendre est un travail d’atelier. Pour la méthode générale, voir notre dossier sur la balistique et le rechargement.

Le .700 Nitro Express, pour qui ?

Pour le collectionneur de cartouches, c’est la pièce qui ferme une série de Nitro Express. Une cartouche d’usine au culot Holland & Holland se paie autour de 100 dollars, davantage en coffret, et les cartouches neutralisées, sans poudre ni amorce active, circulent aussi.

Pour l’amateur d’armes fines, le .700 se regarde plus qu’il ne se tire : dix-huit express à deux canons chez Holland & Holland, un autre chez Verney-Carron, des gravures de premier ordre. L’arme se commande, et son prix se compte en centaines de milliers de dollars.

Pour le chasseur d’éléphant ou de buffle, ce n’est pas l’outil rationnel. Un fusil de plus de 8 kg, un recul que Holland & Holland chiffre à 160 pieds-livres, environ 220 joules, et une balle moins dense que celle d’un .458 Lott : un .505 Gibbs, un .458 Lott ou un .577 Nitro Express font le même travail pour une fraction du prix, avec une arme plus légère.

Pour le curieux de balistique, c’est un cas d’école : la preuve que l’énergie et la poussée viennent du diamètre, et qu’un gros diamètre se paie en densité. Le calculateur plus haut le montre en deux clics.

À lire aussi : le .600 Nitro Express, le .577 Nitro Express, le .950 JDJ et le calibre 4.

Questions fréquentes

Quelles sont les dimensions du .700 Nitro Express ?

Sa fiche C.I.P., 700 H.& H. Nitro Exp. au tableau II, donne un étui de 88,90 mm (3,5 pouces), une cartouche de 106,68 mm hors tout, un bourrelet de 22,60 mm sur 2,16 mm, un corps de 19,86 mm, un collet de 18,54 mm et une ogive de 17,78 mm au maximum. Le canon a une âme de 17,48 mm, un fond de rayure de 17,78 mm et huit rayures.

Qui a créé le .700 Nitro Express ?

William Feldstein, un homme d’affaires américain, après le refus de Holland & Holland de lui construire un .600 Nitro Express en 1985. Il a fait dessiner l’étui avec Jim Bell, de Brass Extrusion Laboratories, et financé le développement. La cartouche est datée de 1988, et le premier fusil a été achevé en janvier 1990.

Combien de fusils en .700 Nitro Express ont été fabriqués ?

Holland & Holland en avait construit dix-sept en juillet 2022 selon l’American Rifleman, et le dix-huitième a été achevé et vendu en 2024 selon Wikipédia en anglais. Le calibre a aussi été chambré ailleurs, par exemple chez Verney-Carron, qui a présenté en 2017 un express Azur Safari Impérial en .700 NE.

Le .700 Nitro Express est-il la cartouche la plus puissante du monde ?

Pas selon la C.I.P. Sa fiche lui accorde 14 325 joules : c’est la première énergie du tableau II, mais la septième des 397 fiches qui publient cette valeur. Les six premières sont des cartouches sans bourrelet de 10 à 13 mm d’ogive, dont le 12,7 × 108 à 19 200 joules. Aucune .750 Nitro Express n’a de fiche C.I.P.

Combien coûte une cartouche de .700 Nitro Express ?

Autour de 100 dollars pièce depuis 1990 : c’est le prix du premier lot de 5000 cartouches, et celui que cite encore Wikipédia en anglais. Des acheteurs québécois ont payé de 100 à 150 dollars en 2013, et un coffret de cinq cartouches Holland & Holland était estimé de 400 à 600 dollars aux enchères en 2015.

Combien coûte un fusil en .700 Nitro Express ?

115 000 dollars chez Holland & Holland en 1990, et 400 000 dollars et plus en 2022 pour un fusil de base, selon l’American Rifleman. C’est une arme de commande, sans tarif public.

Le .700 Nitro Express est-il légal en France ?

Oui. L’article R311-2 du code de la sécurité intérieure ne classe en catégorie A1 que les armes à canon rayé dont le projectile atteint ou dépasse 20 mm, et le .700 tire 17,78 mm. Un express juxtaposé dans ce calibre relève de la catégorie C et se déclare sur permis de chasser validé ou licence de tir.

Quelle différence entre le .700 et le .600 Nitro Express ?

Le .700 a une ogive de 17,78 mm contre 15,75, un étui de 88,90 mm contre 76,20, et une fiche à 2750 bar et 14 325 joules contre 2450 bar et 10 323. Mais sa balle de 1000 grains est moins dense que celle de 900 grains du .600 : 0,292 contre 0,334 de densité sectionnelle.

Quel est le recul du .700 Nitro Express ?

Holland & Holland le chiffre à 160 pieds-livres, environ 220 joules, pour un fusil qui pèse 18 livres, soit 8,2 kg. La maison a consulté des médecins avant le premier tir, et l’American Rifleman compare ce recul à celui d’une .500 Jeffery tirée dans une carabine à verrou de 10 livres.