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Chasser de nuit : la hutte, les tirs administratifs, et ce qui reste interdit

Chasse de nuit : hutte de chasse au gibier d'eau éclairée au crépuscule au bord d'un marais, un vol de canards dans le ciel

En France, la chasse se pratique de jour : le Code de l’environnement fait commencer le jour une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département, et le fait finir une heure après son coucher. La chasse de nuit est interdite, avec deux exceptions : le gibier d’eau, chassé depuis des huttes, tonnes ou gabions qui existaient au 1er janvier 2000, dans 27 départements, et le sanglier en Alsace-Moselle, où le préfet peut autoriser son tir de nuit à l’affût ou à l’approche (article L. 429-19). Ailleurs, les tirs de nuit du sanglier ou du renard relèvent d’opérations administratives ordonnées par le préfet, menées notamment par les lieutenants de louveterie. Chasser la nuit hors de ces cas est une contravention de 5e classe, et devient un délit quand d’autres circonstances s’y ajoutent.

Cet article détaille où s’arrête le jour légal, comment fonctionne la chasse de nuit du gibier d’eau, ce que sont les tirs administratifs, ce que permettent les optiques nocturnes et thermiques, et ce que l’on risque. Un calculateur, plus bas, donne les heures légales de chasse du jour dans votre département.

Où finit le jour légal de chasse

L’article L.424-4 du Code de l’environnement pose la règle. L’OFB la résume ainsi : « Le jour s’entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher. » Trois précisions comptent :

  • l’heure de référence est celle du chef-lieu, pas celle du territoire où l’on chasse : dans un grand département, l’écart avec le lever réel peut atteindre quelques minutes ;
  • le jour de l’ouverture, l’arrêté préfectoral fixe souvent une heure de départ plus tardive, 7 h, 8 h ou 9 h selon les départements ;
  • pour le gibier d’eau, la passée est permise deux heures avant le lever du soleil et deux heures après son coucher, dans les seuls lieux prévus par la loi (domaine maritime, marais non asséchés, plans et cours d’eau, articles L. 424-4 et L. 424-6), précise la Fédération nationale des chasseurs (FNC) sur sa page consacrée à la réglementation de la chasse.

Entre la fin du jour légal et le début du suivant, toute action de chasse est interdite, hors des exceptions présentées plus bas. Cela vaut pour l’affût du sanglier comme pour le renard : un animal qui sort du bois à la nuit noire ne se tire pas, même s’il est visible dans un monoculaire thermique.

Jusqu’à quelle heure puis-je chasser aujourd’hui ?

Lever du soleil au chef-lieu : ; coucher :

Chasse autorisée de à

Passée au gibier d’eau : de à

Ce que cet outil ne fait pas : il calcule le lever et le coucher du soleil au chef-lieu par une formule astronomique standard, précise à une ou deux minutes près, puis applique la règle de l’article L.424-4 et la passée de deux heures. Il ne tient pas compte des heures fixées par l’arrêté préfectoral pour le jour de l’ouverture ou de la fermeture, ni des restrictions de votre schéma départemental. Paris, sans chasse, n’y figure pas.

Dans la Somme, sélectionnée par défaut, le 1er novembre, le soleil se lève vers 7 h 40 à Amiens et se couche vers 17 h 29 : la chasse y est donc permise d’environ 6 h 40 à 18 h 29, et la passée au gibier d’eau d’environ 5 h 40 à 19 h 29. Au-delà, seul le gibier d’eau peut encore être chassé, depuis une installation déclarée.

La chasse de nuit au gibier d’eau

L’article L.424-5 du Code de l’environnement autorise la chasse du gibier d’eau la nuit, à une double condition. Elle se pratique depuis des installations fixes, huttes, tonnes ou gabions, qui existaient au 1er janvier 2000. Et seulement dans les départements où elle est traditionnelle, que la loi énumère. La FNC en donne la liste : l’Aisne, les Ardennes, l’Aube, l’Aude, les Bouches-du-Rhône, le Calvados, la Charente-Maritime, les Côtes-d’Armor, l’Eure, le Finistère, la Haute-Garonne, la Gironde, l’Hérault, l’Ille-et-Vilaine, les Landes, la Manche, la Marne, la Meuse, le Nord, l’Oise, l’Orne, le Pas-de-Calais, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, la Seine-Maritime, la Seine-et-Marne et la Somme.

L’OFB résume : la chasse de nuit « n’est légale que dans 27 départements, surtout côtiers mais également dans quelques départements de l’intérieur ». Les installations sont déclarées, numérotées, et le poste fixe est défini comme « un poste matérialisé, construit de la main de l’homme ». On ne crée donc pas de hutte nouvelle pour chasser la nuit : le nombre d’installations est figé depuis 2000.

La chasse à la hutte obéit ensuite à des règles précises :

  • un carnet de prélèvement est tenu pour chaque poste fixe, et son bilan, par espèce et par nuit, est renvoyé à la fédération ;
  • le prélèvement est plafonné à 15 oiseaux par nuit et par chasseur, sans dépasser 25 par installation ;
  • les dates sont celles du gibier d’eau, fixées par le ministre et non par le préfet ;
  • la grenaille de plomb est interdite dans les zones humides : on chasse avec des munitions sans plomb.

Ces règles, les espèces et les munitions sont détaillées dans notre guide de la chasse du gibier d’eau et dans notre article sur la grenaille sans plomb.

Chasse de nuit : vue sur un plan d'eau au clair de lune depuis l'ouverture d'une hutte en bois, roseaux au premier plan
Depuis la hutte, la nuit de lune est la plus recherchée : les oiseaux se découpent sur l’eau et le tir reste dirigé vers le plan d’eau.

Les tirs de nuit administratifs

En dehors du gibier d’eau, et hors Alsace-Moselle, les tirs de nuit ne sont pas de la chasse : ce sont des opérations de régulation décidées par l’administration. Elles répondent à des dégâts ou à des risques que la chasse ordinaire ne suffit pas à contenir, surtout ceux du sanglier dans les cultures.

Les lieutenants de louveterie sont au cœur de ce dispositif. Nommés par le préfet, bénévoles et assermentés, ils conduisent les opérations de destruction ordonnées par l’administration, y compris de nuit. L’arrêté du 1er août 1986 sur les procédés de chasse précise d’ailleurs, à son article 12, qu’il ne s’applique pas aux lieutenants de louveterie quand ils mènent ces opérations : c’est ce qui leur permet d’utiliser des sources lumineuses et des optiques interdites aux chasseurs.

Les autorisations préfectorales temporaires vont parfois plus loin. En Moselle, un arrêté du 10 décembre 2025, valable jusqu’au 14 avril 2026, a autorisé des tirs de nuit du sanglier à la lunette thermique, avec l’accord écrit préalable d’un lieutenant de louveterie et des tirs fichants à moins de 100 mètres. Ces autorisations sont limitées dans le temps et dans l’espace, et le tireur doit en respecter chaque condition.

L’Alsace-Moselle a son propre régime. Dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle, le préfet peut autoriser, pendant la période d’ouverture, le tir de nuit du sanglier à l’affût ou à l’approche, sans source lumineuse (articles L. 429-19 et R. 429-3) : c’est alors une action de chasse, dans les conditions fixées par l’arrêté.

Le renard illustre les limites de l’exercice. En 2018, les tribunaux administratifs de Strasbourg et de Nancy ont annulé des arrêtés qui autorisaient son tir de nuit en Moselle et en Meurthe-et-Moselle, faute de preuve de leur efficacité. Les règles de sa régulation sont détaillées dans notre article sur la chasse au renard.

Lampes, vision nocturne et thermique : ce qui est permis

L’arrêté du 1er août 1986 interdit « l’emploi de sources lumineuses et de miroirs de nature à faciliter la capture ou la destruction du gibier », et son article 11 bis interdit de rechercher le gibier avec des sources lumineuses, sauf pour les comptages scientifiques menés par les agents publics. La chasse « au phare » depuis un véhicule, pratique classique du braconnage, est donc interdite à double titre.

Les optiques d’observation, elles, ont été assouplies. Le même arrêté autorise les appareils à intensification de lumière qui se tiennent à la main, et les viseurs à point rouge sans amplificateur d’image ni laser. Depuis un arrêté du 30 juillet 2025, les jumelles et monoculaires thermiques tenus à la main sont également autorisés. En revanche, les lunettes de tir thermiques restent interdites aux chasseurs : une réponse ministérielle du 23 juin 2026 l’a confirmé, en réservant ces dispositifs aux agents de l’OFB et aux lieutenants de louveterie. Ces règles sont détaillées dans notre article sur la caméra thermique de chasse.

Un thermique ne change donc pas l’heure légale. Il sert à observer, à repérer un animal avant de s’approcher, à contrôler la sécurité d’un tir ou à rechercher un animal blessé ; il n’autorise pas à tirer plus tard que l’heure fixée par la loi.

Ce qui reste interdit, et ce qu’on risque

Le tableau ci-dessous résume ce qui est permis et ce qui ne l’est pas.

SituationLa nuitCadre
Gibier d’eau depuis une hutte, tonne ou gabion déclaré, dans un des 27 départementsAutoriséL.424-5, carnet de prélèvement
Passée au gibier d’eau jusqu’à deux heures après le coucher du soleilAutoriséRègle du gibier d’eau
Affût ou approche du sanglier, du chevreuil ou du cerf après l’heure légaleInterditL.424-4
Tir de nuit du sanglier dans le cadre d’une opération administrative ou d’un arrêté préfectoralAutorisé pour les personnes désignéesArrêté préfectoral, lieutenant de louveterie
Recherche du gibier au phare ou avec une lampeInterditArrêté du 1er août 1986, art. 2 et 11 bis
Observation avec des jumelles ou un monoculaire thermique tenus à la mainAutorisé, pendant l’heure légaleArrêté du 30 juillet 2025
Tir avec une lunette thermique ou à vision nocturneInterdit aux chasseursRéponse ministérielle du 23 juin 2026

Chasser la nuit dans des conditions autres que celles autorisées est une contravention de 5e classe, jusqu’à 1 500 € d’amende, selon l’article R.428-8 du Code de l’environnement. Elle devient un délit dans les circonstances aggravantes prévues par les articles L.428-4 à L.428-5-1, et la peine la plus lourde, quand sont réunies toutes les circonstances énumérées par l’article L.428-5-1, dont la nuit ou le temps prohibé, atteint quatre ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende. Le tribunal peut aussi prononcer le retrait du permis de chasser. Les agents qui contrôlent ces infractions sont présentés dans notre article sur le contrôle à la chasse.

L’affût du soir, en pratique

Pour le chasseur de grand gibier, la question se pose surtout à l’affût du soir, quand le sanglier sort des bois au moment où la lumière baisse. Une heure après le coucher du soleil, il fait déjà sombre, et c’est souvent le moment où l’animal se présente. C’est aussi celui où les erreurs d’identification se multiplient : le bilan des accidents de l’OFB compte chaque saison des tirs sur un animal mal identifié.

La règle de prudence est simple : on ne tire que ce que l’on identifie formellement, en tir fichant, avec un arrière-plan contrôlé, et on renonce quand la lumière ne le permet plus, même si l’heure légale n’est pas atteinte. Une bonne lunette de chasse lumineuse, un grossissement modéré, un télémètre laser pour connaître la distance avant que la lumière baisse, et un monoculaire thermique pour observer aident à décider, pas à tirer plus tard. Nos guides sur la chasse à l’approche et à l’affût et sur la chasse au sanglier reviennent sur le choix du poste et du moment.

BlackOpe est un média de tir. Les règles présentées sont celles du Code de l’environnement et de l’arrêté du 1er août 1986 ; les autorisations de tir de nuit relèvent d’arrêtés préfectoraux propres à chaque département et limités dans le temps. En cas de doute, la fédération départementale des chasseurs et la direction départementale des territoires renseignent sur ce qui s’applique chez vous.

À lire aussi : la réglementation de la chasse, les dates d’ouverture par département, les règles de sécurité à la chasse et le choix des jumelles de chasse.

Questions fréquentes

Est-ce que les chasseurs peuvent chasser la nuit ?

Non, sauf le gibier d’eau, depuis une hutte, une tonne ou un gabion existant au 1er janvier 2000, dans 27 départements. Les autres tirs de nuit relèvent d’opérations administratives ordonnées par le préfet.

Quelles sont les heures pour chasser ?

D’une heure avant le lever du soleil à une heure après son coucher, à l’heure du chef-lieu du département. La passée au gibier d’eau s’étend de deux heures avant le lever à deux heures après le coucher, sur le domaine maritime, dans les marais non asséchés et sur les plans et cours d’eau.

Dans quels départements la chasse de nuit est-elle autorisée ?

Pour le gibier d’eau, dans 27 départements, surtout côtiers : de la Somme au Nord, de la Manche à la Gironde et aux Landes, de l’Hérault aux Bouches-du-Rhône, et quelques départements de l’intérieur comme la Marne, l’Aube ou la Meuse. En Alsace-Moselle, le préfet peut en outre autoriser le tir de nuit du sanglier.

Peut-on chasser le sanglier la nuit ?

Pas en action de chasse, sauf en Alsace-Moselle, où le préfet peut l’autoriser à l’affût ou à l’approche (article L. 429-19). Ailleurs, le sanglier ne se tire la nuit que dans le cadre d’opérations administratives, menées par les lieutenants de louveterie ou autorisées temporairement par le préfet, avec des conditions strictes.

Peut-on utiliser une caméra thermique la nuit à la chasse ?

Pour observer, oui, depuis l’arrêté du 30 juillet 2025, si elle est tenue à la main. Mais elle ne permet pas de chasser après l’heure légale, et les lunettes de tir thermiques restent interdites aux chasseurs.

Que risque-t-on à chasser la nuit ?

Une contravention de 5e classe, jusqu’à 1 500 € d’amende. Quand la nuit se cumule avec les autres circonstances aggravantes prévues par la loi, la peine peut atteindre quatre ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende, et le retrait du permis peut être prononcé.

Quand les chasseurs n’ont-ils pas le droit de chasser ?

La nuit, hors des exceptions, en dehors des périodes d’ouverture fixées pour chaque espèce, et les jours ou sur les territoires où le schéma départemental ou le règlement de chasse l’interdit.

Qu’est-ce qu’une hutte de chasse ?

Un poste fixe construit au bord d’un plan d’eau, d’où l’on tire le gibier d’eau posé ou en vol, souvent attiré par des appelants. Pour chasser de nuit, la hutte doit avoir existé au 1er janvier 2000 et être déclarée.