Pour casser un plateau, il faut deux gestes répétés à l’identique : un épaulé qui pose la joue au même endroit sur la crosse, et des canons qui passent devant la cible sans s’arrêter quand le coup part. Ce sont les deux piliers de la technique au ball-trap ; la méthode d’avance et le point de prise viennent ensuite. Voici comment les construire, ce que chaque discipline change, et comment les travailler sans vider des cartons de cartouches.
Épauler au ball-trap : avant ou après l’appel ?
Votre fusil est-il déjà à l’épaule quand vous appelez le plateau ? Cela ne dépend pas du goût mais du règlement de chaque discipline.
| Discipline | Fusil au moment de l’appel | Texte |
|---|---|---|
| Fosse universelle | Épaulé avant l’appel | FITASC 2025, art. 4.01 |
| Trap 1 | Épaulé avant l’appel | FITASC 2025, art. 13.1 |
| DTL | Épaulé obligatoire au commandement | FFBT, avril 2026, art. 3.10 |
| Compak Sporting | Libre au commandement, tir toujours épaulé | FITASC 2025, art. 17.4 |
| Parcours de chasse | Fusil bas, haut de la crosse sous un repère du gilet tracé 25 cm sous l’axe de l’épaule, jusqu’à l’apparition du plateau | FITASC 2025, art. 3.1.1 et 3.1.2 |
| Skeet olympique | Arme basse, crosse au corps à hauteur d’un repère du gilet, jusqu’à l’apparition du plateau | notre article skeet |
En fosse, l’épaulé est une position fixe, vérifiée avant chaque appel. En parcours, c’est un mouvement fait pendant que la cible vole, et c’est là qu’il se dérègle. En parcours, épauler à blanc en suivant la trajectoire théorique, avant d’avoir dit « PRÊT », vaut un avertissement puis un zéro (article 8.2) : la répétition se fait chez soi, pas au poste de compétition, comme le rappelle notre guide de la première compétition.
Les pieds et le poids du corps
Pour un droitier, pied gauche devant, pointé vers la zone de casse, pieds écartés de la largeur des épaules. Browning donne des angles pour la fosse : pied gauche à 45° par rapport à la fosse, pied droit à 80°. Le poids porte sur la jambe avant, genou souple : environ 60 % pour Decathlon, les deux tiers pour Browning, « pas plus de 60 % » pour l’instructeur américain Ed Scherer. C’est la rotation du bassin et du buste qui emmène les canons, pas les bras : campé sur les talons, on recule au coup ; en tournant avec les bras, on sort de la ligne.
La crosse au creux de l’épaule, la joue sur le busc
La crosse se loge dans le creux entre la partie externe du grand pectoral et le deltoïde, l’épaule légèrement avancée. Posée trop haut ou sur le bras, elle glisse d’un coup à l’autre et le recul tombe là où il fait mal (voir notre article sur le recul au ball-trap).
La joue se pose sur le busc et y reste jusqu’après le coup. Un fusil n’a pas de hausse : c’est votre œil, posé au-dessus de la bande, qui en tient lieu. Une joue qui se pose un peu plus haut ou plus bas d’un tir à l’autre envoie la gerbe ailleurs. D’où la règle : la crosse monte vers la joue, la tête ne descend pas chercher la crosse. Les coudes restent bas, et aucun geste ne rattrape une crosse mal ajustée : voir notre guide du fusil de ball-trap.
L’avance au ball-trap : trois méthodes pour passer devant
La gerbe met de l’ordre du dixième de seconde à franchir les distances du ball-trap, et pendant ce temps le plateau avance : il faut tirer là où il sera. L’ASCEA ramène l’avance à trois facteurs, la vitesse de la cible, l’angle de sa trajectoire et sa distance : presque rien sur un plateau qui s’éloigne droit devant, le maximum en plein travers. Trois méthodes la placent, selon l’endroit où les canons prennent la cible.
Le balayage (swing-through) : partir derrière
Fusil derrière le plateau, on le rattrape, on le traverse, et le coup part en le dépassant : le « queue, tête, pan » des forums, aussi appelé swing ou méthode Churchill. Marty Fischer, dans un extrait de son livre publié par Gun Digest, note que le rythme y compte plus que l’écart vu, au point que beaucoup de tireurs disent ne voir aucune avance. C’est la méthode instinctive des chasseurs, à l’aise à distance moyenne ; sur un long travers, un balayage trop lent finit derrière.
Le pull-away : partir sur le plateau
Les canons se montent sur la cible, en prennent la vitesse, puis s’en détachent vers l’avant jusqu’à l’écart voulu. Le même auteur la présente comme la méthode officielle de la CPSA britannique et la juge excellente sur les tirs lointains.
L’avance maintenue : partir devant
Cette fois, le guidon part devant, à l’écart estimé, et accompagne la cible à sa vitesse jusqu’au coup ; toute variation de vitesse se lit aussitôt dans l’écart. Elle marche d’autant mieux que le plateau croise, et sert classiquement en parcours sur les « tours » (voir notre article sur le parcours de chasse).
Le fusil qui s’arrête, la faute commune aux trois
Quelle que soit la méthode, le coup part pendant que les canons bougent au moins aussi vite que la cible. S’ils ralentissent au moment de presser la détente, la gerbe passe derrière. Un tireur du forum Passion Ball-Trap en fait la première cause de raté, avec ce conseil : « apprenez-vous à rater devant ». L’origine est presque toujours la même : on « photographie » le plateau pour vérifier l’image. La correction consiste à prolonger le geste après le coup, joue sur la crosse, comme pour suivre les morceaux.
Faut-il compter l’avance en mètres ?
Non. L’ASCEA calcule environ 1,16 m pour un plateau en plein travers à 60 km/h et à 25 mètres, mais son calcul suppose des plombs à vitesse constante et une distance connue, et l’écart vu change avec la méthode. Ces chiffres expliquent pourquoi l’avance varie, sans la régler ; le Blog du Ball-Trap y consacre une vidéo, « Avance au ball-trap: pourquoi vous vous y prenez sans doute mal ».
Point de prise et point de regard : où attendre le plateau
En pratique, avant l’appel, la zone de casse oriente les pieds. Le point de prise est l’endroit où les canons attendent, sur la trajectoire ou juste dessous, entre la sortie et la zone de casse : trop près de la machine, on court après une cible encore rapide ; trop loin, elle arrive avant le mouvement. Le point de regard, plus près de la sortie, permet de voir le plateau net dès qu’il paraît ; Ed Scherer, au skeet, le fixait à mi-chemin entre le bout des canons et la fenêtre de la cabane. Le regard lui-même est traité dans la position des yeux au ball-trap et le test de l’œil directeur.
En vidéo, une leçon de vingt minutes mise en ligne il y a environ huit ans avec celui qui entraînait alors l’équipe de France :
Fosse, DTL, skeet, parcours : ce que la discipline change
Fosse : une cible qui s’éloigne, un angle à lire
En fosse universelle, les cinq postes sont à 15 mètres de la fosse et les grilles officielles de la FITASC envoient le plateau à 60 à 75 mètres, jusqu’à 45° de part et d’autre, à une hauteur de 1,50 m à 3,50 m mesurée à 10 mètres du lanceur. La cible s’éloigne en montant, d’où la bande haute des fusils de fosse, qui fait tirer au-dessus du point visé (voir fosse olympique et fosse universelle). Le geste est court et tout se joue dans la lecture de l’angle : fusil déjà à l’épaule, on part avec le buste sur le plateau vu, ni à l’appel, ni avec les seuls yeux, les deux erreurs que relève Browning.
DTL : un plateau « droit » différent à chaque poste
Le règlement DTL de la FFBT place les postes sur un arc de 14,63 m de rayon ; le lanceur unique envoie la cible au hasard dans 22° de part et d’autre de l’axe, sur 45,7 à 50,3 mètres, et le fusil est épaulé au commandement. Repère utile : l’extrême gauche paraît partir droit vu du poste 5, l’extrême droit vu du poste 1. Chaque poste a donc son plateau « droit », à repérer avant de placer ses pieds. Comparaison avec le Trap 1 : notre article DTL, Trap 1 et Hélice.

Skeet : des croisés, des avances longues au centre de l’arc
Deux cabanes à 40 mètres l’une de l’autre lancent des plateaux croisés devant huit postes. Aux postes 3, 4 et 5, au milieu de l’arc, la cible passe presque en plein travers et l’avance est la plus longue. Ed Scherer décrivait dans un article republié par la NSSA une avance maintenue perçue de 2,5 à 3 pieds anglais (75 à 90 cm) au poste 4, contre 2 pieds (60 cm) au poste 3 haut : des valeurs de skeet américain et de perception, pas des mesures à reporter. En skeet olympique, l’arme reste basse jusqu’à l’apparition du plateau, lancé avec un délai de 0 à 3 secondes (voir notre article sur le skeet).
Parcours et Compak : fusil bas, méthodes mêlées
Le parcours est la discipline où les trois méthodes servent le plus, car les trajectoires changent à chaque poste : rentrants, fuyants, croisés, « tours », rabbits qui roulent au sol et se tirent épaulé comme les autres (article 3.1.2). L’épaulé part fusil bas, les canons montant dans la trajectoire pendant que la crosse vient à la joue. Le Compak Sporting reprend ces cibles sur un terrain normalisé mais laisse le fusil libre au commandement. La cible mobile à la carabine relève d’une autre logique, traitée dans notre article sur le sanglier courant.
Lire ses ratés : dessus, dessous, devant, derrière
Un plateau ne se manque que de quatre façons, rappelle l’ASCEA. Derrière, c’est le plus souvent le fusil qui a ralenti. Dessus arrive sur une cible qui redescendait déjà : se représenter une ligne droite à l’endroit de la casse montre si le plateau y monte ou y descend. Dessous ou à côté, regardez la joue : si elle a décollé, votre « hausse » a bougé. Mieux vaut noter : la grille ci-dessous compte une série de 25 plateaux sur cinq postes (fosse universelle, DTL, Compak).
Notez votre série de 25 plateaux, poste par poste
Touchez une case pour la faire défiler : 1 cassé du premier coup, 2 du second, X manqué. Une case vide ne compte pas ; avec un seul coup par plateau, n’utilisez que 1 et X.
Ce que fait cet outil : il compte les cases notées et calcule des pourcentages exacts, arrondis à l’unité. Ce qu’il ne fait pas : dire pourquoi un plateau est manqué, ni remplacer le regard d’un moniteur. Il suppose 25 plateaux, cinq par poste (article 17.1 du règlement Compak Sporting). Rien n’est enregistré.
S’entraîner : à sec chez soi, en séries ciblées au club
Sécurité d’abord. Arme ouverte (culasse bloquée en arrière sur un semi-automatique), chambres et magasin vérifiés vides à l’œil et au doigt, aucune cartouche dans la pièce ; on ne referme l’arme qu’ensuite, pour l’exercice, canons vers un mur plein, personne dans l’axe, loin des fenêtres. L’exercice porte sur la montée, pas sur la détente : pour la travailler, utilisez des douilles amortisseurs selon la notice du fabricant. L’arme regagne son coffre dès la fin. Les règles du pas de tir sont dans notre article sur la sécurité au ball-trap.
Les montées de fusil à sec
Face à un miroir, fixez votre œil directeur et montez l’arme : en fin de montée, cet œil doit apparaître juste au-dessus de la bande, dans l’axe. Sinon, l’épaulé ou la crosse est en cause. Faites ensuite glisser le guidon le long de la ligne où le mur rejoint le plafond, lentement puis à vitesse réelle, en tournant avec le buste ; Browning conseille ce travail à vide sur des trajectoires imaginaires. Quelques minutes plusieurs fois par semaine valent mieux qu’une longue séance d’entraînement ; arrêtez quand la joue ne retombe plus au même endroit.
Les séries ciblées au club
À l’entraînement, partez de la grille : si un poste coûte l’essentiel des points, demandez au club s’il est possible de travailler ce plateau en répétition. Regardez passer deux ou trois cibles sans fusil pour fixer la zone de casse, gardez une seule méthode par séance, et faites-vous observer de dos par un tireur confirmé ou le moniteur du club : il voit la tête qui décolle et le fusil qui s’arrête. Chaque série a un coût (le prix du ball-trap) : qu’elle serve à corriger quelque chose.
Quelle méthode choisir selon votre profil
Pour le débutant en fosse, choisir la routine
Fusil à l’épaule, joue posée, regard placé, puis l’appel : en fosse, cette régularité pèse plus que le nom de la technique.
Pour le chasseur qui découvre le parcours, choisir le balayage
Il prolonge le geste de chasse ; ajoutez ensuite l’avance maintenue sur les « tours », le pull-away sur les tirs lointains.
Pour le tireur qui plafonne, choisir l’analyse
Notez trois séries, repérez le poste qui coûte le plus, consacrez-lui une séance : on progresse en tirant plus juste, pas davantage.
Un épaulé se corrige plus vite sous l’œil d’un moniteur : trouvez un club où le travailler sur notre carte des stands de tir.
À lire aussi : les règles de sécurité au pas de tir, réduire le recul à l’épaule, où poser le regard et débuter au ball-trap.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure méthode d’avance pour débuter au ball-trap ?
Aucune dans l’absolu. Le balayage est le plus naturel pour un chasseur, le pull-away sert aux tirs lointains, l’avance maintenue aux croisés. Commencez par une seule, appliquée à chaque tir.
Faut-il épauler avant d’appeler le plateau ?
En fosse universelle, en Trap 1 et en DTL, oui : le règlement l’impose. En Compak Sporting, c’est libre. En parcours de chasse, non : le fusil reste bas jusqu’à l’apparition du plateau.
Combien d’avance faut-il mettre devant un plateau ?
Aucun chiffre ne vaut partout : l’avance dépend de la vitesse, de l’angle et de la distance du plateau, et l’écart perçu change avec la méthode. Elle s’apprend en répétant.
Pourquoi est-ce que je rate mes plateaux derrière ?
Le plus souvent parce que le fusil ralentit ou s’arrête au moment de presser la détente : la gerbe part derrière un plateau qui, lui, continue. Prolongez le mouvement après le coup.
Comment s’entraîner à épauler chez soi sans danger ?
Arme vérifiée vide à l’œil et au doigt, aucune cartouche dans la pièce, puis refermée seulement pour l’exercice, canons vers un mur plein et personne dans l’axe. Montées lentes face à un miroir, quelques minutes, puis l’arme retourne au coffre.
Quelle technique adopter en DTL ?
Fusil épaulé au commandement (article 3.10 du règlement FFBT). Le plateau part dans un angle aléatoire de 22° de chaque côté : lisez l’angle dès la sortie et bougez avec le buste.
