Vendre une arme entre particuliers reste parfaitement légal en France. Ce qui a disparu, c’est la vente de la main à la main. Depuis 2018, la transaction doit être opérée en présence d’un armurier ou constatée par un courtier agréé, sans exception pour les armes de catégorie C.
Le point que presque personne n’explique au vendeur, c’est que l’article R314-20 du code de la sécurité intérieure met trois obligations à sa charge, dont une qui l’engage pendant cinq ans après la cession. Voici la procédure exacte, catégorie par catégorie, et ce que vous devez garder dans vos dossiers.

La vente directe n’existe plus
La phrase est dans le texte, et elle ne souffre aucune interprétation. L’article R314-20 se termine ainsi : « Cette vente est opérée en présence d’un armurier ou constatée par un courtier agréé. »
Côté acquéreur, l’article R312-56 dit la même chose dans l’autre sens : celui qui acquiert une arme de catégorie C « auprès d’un armurier, ou d’un particulier en présence d’un armurier ou par l’intermédiaire d’un courtier agréé » procède à une déclaration, qu’il remet au professionnel, lequel la transmet au préfet de son département de domicile.
Autrement dit, les deux bouts de la chaîne pointent vers le même tiers, et la vente d’armes entre particuliers devient une opération à trois. Une poignée de main sur un parking, un virement et une remise de l’arme : c’est une cession irrégulière, quelle que soit la bonne foi des deux parties.
Cette règle vaut pour toutes les armes soumises à déclaration ou à autorisation, sans distinction de valeur ni d’ancienneté. Une voie plus simple reste néanmoins ouverte : vendre directement à un armurier. Vous n’avez alors pas d’acheteur particulier à vérifier, l’armurier s’occupe de tout, et le prix est évidemment inférieur à celui d’une vente de gré à gré.
Les trois obligations du vendeur
C’est le cœur du sujet, et la partie que la plupart des explications escamotent. L’article R314-20 énumère ce que « tout particulier qui transfère à un autre particulier la propriété d’une arme ou d’un élément d’arme de la catégorie C » doit faire.
| Obligation | Ce que cela veut dire concrètement |
|---|---|
| 1° S’assurer de l’identité de l’acquéreur et se faire présenter les documents nécessaires | Pièce d’identité en cours de validité, et le titre qui ouvre l’acquisition : permis de chasser validé, licence de tir, ball-trap ou biathlon, ou carte de collectionneur |
| 2° Adresser au préfet le récépissé de sa déclaration rayé de la mention « vendu » | Votre propre récépissé de détention, barré, envoyé au préfet de votre lieu de domicile dans les conditions de l’article R312-56 |
| 3° Conserver cinq ans copie des documents présentés par l’acquéreur | Une copie de sa pièce d’identité et de son titre, gardée par vos soins pendant cinq années après la vente |
La troisième est celle qu’on oublie systématiquement. Cinq ans de conservation, à la charge d’un particulier, sur des copies de documents d’identité d’un tiers. Prenez-en une photo au moment de la transaction et rangez-la avec vos papiers d’armes, parce que vous ne la retrouverez pas trois ans plus tard.
Notez aussi ce que le 2° implique : votre récépissé ne disparaît pas, il remonte au préfet barré. C’est ce geste qui vous sort officiellement de la chaîne de détention. Sans lui, vous restez le détenteur déclaré d’une arme que vous n’avez plus, et c’est vous que l’administration viendra chercher.
Ce que le professionnel fait, et pourquoi il est là
L’armurier ou le courtier agréé n’est pas un tampon. Le code lui confie un rôle de vérification qui explique à la fois sa présence obligatoire et le prix de son intervention.
Il s’assure de l’identité des deux parties, se fait présenter les documents nécessaires à l’acquisition ainsi que l’arme elle-même, et consulte le FINIADA, le fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes. Ce dernier point est décisif : le FINIADA n’est pas consultable par les particuliers, et aucun vendeur n’a donc le moyen de savoir seul si son acheteur y figure. C’est très exactement la raison d’être de l’intermédiaire.
Pour la catégorie C, l’article R314-19 précise le circuit administratif : le vendeur remplit une déclaration sur le cerfa prévu par l’arrêté de l’article R311-6, et c’est l’armurier ou le courtier agréé qui la transmet au préfet du département du domicile du déclarant. Vous ne postez rien vous-même. Le cerfa se remplit au comptoir et n’a rien de sorcier. Le détail du formulaire et du récépissé est dans déclarer une arme de catégorie C, et votre compte SIA reflète ensuite le mouvement dans votre râtelier numérique. Si l’arme vendue y reste malgré tout, la marche à suivre est dans une arme que je ne possède pas figure dans mon râtelier.
Catégorie B : une autre procédure, plus lourde
Le régime change complètement dès que l’arme est soumise à autorisation. L’article R314-16 impose au cédant de déclarer le transfert au préfet qui lui a accordé l’autorisation, et pas à celui de son domicile actuel s’il a déménagé.
| Point | Catégorie C | Catégorie B |
|---|---|---|
| Tiers obligatoire | Armurier présent ou courtier agréé | Commerçant autorisé présent ou courtier agréé |
| Ce que l’acquéreur doit avoir | Un des titres du R312-53 | Une autorisation en règle et un quota disponible |
| Destinataire de la déclaration | Celui du domicile du déclarant | Préfet qui a délivré l’autorisation |
| Formalité du professionnel | Transmet la déclaration | Porte la cession sur l’autorisation, complète les volets 1 et 2 |
Cette vente d’armes de catégorie B est donc plus encadrée à chaque étape. Le mécanisme des deux volets mérite un mot. Le professionnel complète le volet n° 1, qu’il remet à l’acquéreur, et le volet n° 2, qu’il transmet au préfet. Le premier est la preuve immédiate de l’acheteur, le second est ce qui met l’administration à jour. Les conditions de l’autorisation elle-même sont détaillées dans l’arme de catégorie B.
Combien ça coûte
Aucun texte ne fixe de tarif. Le passage chez l’armurier ou le recours à un courtier agréé relève d’une prestation commerciale libre, et les pratiques varient d’un professionnel à l’autre comme d’une région à l’autre.
Ce que vous payez, en revanche, se comprend : le professionnel engage sa responsabilité sur l’identité des parties, consulte un fichier auquel vous n’avez pas accès, inscrit l’opération sur son registre et transmet la déclaration au préfet. Il n’y a pas de raison que cela soit gratuit, et un intermédiaire qui accepte de « signer sans regarder » vous expose bien plus qu’il ne vous économise.

Munitions, éléments d’arme et râtelier SIA
Une vente d’armes se limite rarement à l’arme seule, et les accessoires ne suivent pas automatiquement. Les munitions qui restent dans vos placards relèvent de leur propre régime : l’article R312-60 subordonne leur acquisition à un permis de chasser validé ou à une licence en cours de validité. Votre acheteur doit donc présenter son titre pour les reprendre, exactement comme pour les armes.
Si vous les gardez, surveillez le plafond. L’article R312-63 interdit de détenir plus de 500 munitions des 6°, 7° et 8° de la catégorie C sans détenir l’arme correspondante. Beaucoup de vendeurs franchissent cette ligne sans le savoir, le jour même où ils cèdent leur carabine.
Les éléments d’arme, eux, suivent le même circuit que les armes : les articles R314-19 et R314-20 visent expressément « une arme ou un élément d’arme ». Une carcasse vendue séparément passe donc par le professionnel comme le reste.
Reste le SIA. Le SIA et le FINIADA ne se parlent pas au bénéfice du vendeur : le premier dit ce que vous détenez, le second ce que l’acheteur n’a pas le droit d’acquérir. Votre compte doit refléter la sortie : c’est là que l’administration lit qui détient quoi, et un râtelier non mis à jour est la source la plus fréquente des courriers de préfecture. Vérifiez-le dans les semaines qui suivent la transaction, et relancez l’armurier si la ligne est toujours là.
Ce que vous risquez à vendre sans intermédiaire
Céder des armes de catégorie C sans déclaration expose à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, peines portées à sept ans et 100 000 euros en bande organisée. S’y ajoutent des peines complémentaires : interdiction de détenir des armes soumises à autorisation pendant cinq ans au plus, confiscation, retrait du permis de chasser.
Mais le risque le plus probable n’est pas pénal, il est administratif et il dure. Sans le récépissé barré remonté au préfet, vous restez le détenteur officiel de l’arme. Si elle réapparaît un jour dans une procédure, c’est votre nom qui sort du fichier. Les sanctions pénales immédiates sont rares ; l’inscription qui traîne, elle, est systématique, et ce sont ces sanctions administratives que l’on rencontre vraiment.
Et si vous voulez seulement vous en séparer
La vente n’est pas la seule sortie. L’article R312-74 énumère les modalités du dessaisissement, et elles valent aussi quand la démarche est volontaire.
Vous pouvez vendre à un armurier ou à un particulier dans les conditions ci-dessus. Vous pouvez faire détruire l’arme par un armurier. Vous pouvez la remettre à l’État aux fins de destruction ou de valorisation. Vous pouvez enfin la déposer auprès d’un armurier désigné par l’État, agissant sous son contrôle. Dans les quatre cas, la trace écrite existe, et c’est elle qui vous protège.
Un détenteur sans titre valide peut parfaitement vendre : le droit de céder ne dépend pas d’une licence en cours. Le point est développé dans garder ses armes de catégorie C sans licence.
Votre vente : par où elle doit passer
L’outil applique les articles R312-56, R312-74, R314-16, R314-17, R314-19 et R314-20.
Cet outil traite la cession entre particuliers majeurs en France metropolitaine. Il ne couvre ni les transferts vers l’etranger, ni les regimes professionnels, ni les armes de categorie A. Il ne remplace ni votre armurier ni le bureau des armes de votre prefecture. Sources : code de la securite interieure, articles R312-56, R312-74, R314-16, R314-17, R314-19 et R314-20, consultes sur Legifrance le 15 septembre 2026.
À lire aussi
Le régime complet dans notre dossier sur l’arme de catégorie C, le classement dans les catégories d’armes en France, et la régularisation d’une arme jamais déclarée dans déclarer une arme non déclarée. Pour des armes reçues en héritage, voyez j’ai hérité d’une arme et, pour les modèles anciens, les armes antérieures à 1900.
Questions fréquentes
Peut-on encore vendre une arme entre particuliers ?
Oui, mais plus en direct. L’article R314-20 impose que la vente soit opérée en présence d’un armurier ou constatée par un courtier agréé. La transaction de la main à la main, sans professionnel, est irrégulière même entre deux détenteurs parfaitement en règle.
Quelles sont les obligations du vendeur ?
Trois, fixées par l’article R314-20 : s’assurer de l’identité de l’acquéreur et se faire présenter les documents nécessaires, adresser au préfet son récépissé rayé de la mention « vendu », et conserver pendant cinq ans copie des documents présentés par l’acheteur.
Combien de temps faut-il garder les papiers de l’acheteur ?
Cinq ans à compter de la cession. C’est le 3° de l’article R314-20, et c’est l’obligation la plus souvent ignorée. Une copie de la pièce d’identité et du titre présentés suffit, rangée avec vos documents d’armes.
Faut-il un titre valide pour vendre son arme ?
Non. Le code subordonne l’acquisition à la présentation d’un titre, jamais la cession. Un ancien licencié ou un chasseur qui n’a pas revalidé son permis peut vendre sans difficulté, par les mêmes voies que les autres.
Que devient mon récépissé après la vente ?
Vous le rayez de la mention « vendu » et vous l’adressez au préfet de votre lieu de domicile, dans les conditions de l’article R312-56. C’est ce geste qui vous sort de la chaîne de détention : sans lui, vous restez le détenteur déclaré d’une arme que vous n’avez plus.
Que fait exactement l’armurier ou le courtier agréé ?
Il s’assure de l’identité des deux parties, se fait présenter les documents nécessaires à l’acquisition ainsi que l’arme, consulte le FINIADA, inscrit l’opération sur son registre et transmet la déclaration au préfet. Un particulier ne peut consulter ni le fichier ni les registres.
Combien coûte le passage par un armurier ?
Aucun tarif n’est fixé par un texte. C’est une prestation commerciale libre, dont le prix varie selon le professionnel et la région. Il rémunère une vérification d’identité, une consultation de fichier, une inscription au registre et une transmission en préfecture.
La procédure est-elle la même en catégorie B ?
Non. La déclaration de transfert va au préfet qui a accordé l’autorisation, l’acquéreur doit déjà être régulièrement autorisé, et le professionnel porte la cession sur l’autorisation puis complète les volets n° 1 et n° 2, l’un pour l’acheteur, l’autre pour la préfecture.
Que risque-t-on à vendre sans passer par un professionnel ?
Deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, portés à sept ans et 100 000 euros en bande organisée, avec des peines complémentaires possibles. Et, plus sûrement, de rester inscrit comme détenteur d’une arme dont vous n’avez plus la maîtrise.
Peut-on vendre une arme sur un site d’annonces ?
La mise en relation est licite, la remise ne l’est pas sans professionnel. Une annonce peut servir à trouver un acheteur, mais la transaction entre particuliers devra ensuite être opérée en présence d’un armurier ou constatée par un courtier agréé.
Que faire si je ne veux pas vendre mais m’en débarrasser ?
L’article R312-74 ouvre quatre voies : vente à un armurier ou à un particulier, destruction par un armurier, remise à l’État aux fins de destruction ou de valorisation, ou dépôt auprès d’un armurier désigné par l’État. Chacune laisse une trace écrite.
Sources officielles : section 3, transfert de propriété, du code de la sécurité intérieure sur Légifrance et la fiche Acquisition et détention d’une arme de catégorie C sur service-public.gouv.fr, consultées le 15 septembre 2026.
